Valéry Giscard d’Estaing est mort des suites du Covid


20e président de la République française, Valéry Giscard d’Estaing est décédé à l’âge de 94 ans, ce mercredi 2 décembre 2020. « Conformément à sa volonté, ses obsèques se dérouleront dans la plus stricte intimité familiale » a précisé la famille.

Hospitalisé en cardiologie à Tours depuis la mi-novembre, l’ancien chef de l’Etat (1974-1981) avait déjà été hospitalisé à l’hôpital Pompidou à Paris à plusieurs reprises il y a quelques années pour la pose de stents. Il avait également été brièvement hospitalisé mi-septembre à Paris pour une infection aux poumons.

« Valéry Giscard d’Estaing était davantage un homme d’Etat qu’un homme politique »

Plus jeune président de la Ve République à son élection en 1974, à 48 ans, Valéry Giscard d’Estaing prône alors une « société libérale avancée », faisant notamment voter l’abaissement de la majorité civile à 18 ans, la dépénalisation de l’avortement et le divorce par consentement mutuel. Son septennat, qui voit le développement du train à grande vitesse et la relance de l’industrie nucléaire française, est marqué par la fin des « Trente glorieuses » et le contrecoup économique des chocs pétroliers.

La présidence de Valéry Giscard d’Estaing en cinq séquences télévisées cultes :

Hommages

  • François Bayrou a rendu hommage à l’ancien président: « Valéry Giscard d’Estaing dominait par la vivacité de son intelligence et la force de ses intuitions ». « Pour des générations entières, notamment pour ceux qui se sont engagés auprès de lui dans leur jeunesse, il a fait souffler un grand vent de modernité sur la société française et fait naître un immense espoir de dépassement et de rassemblement »
  • Richard Ferrand : « C’est avec émotion que j’apprends le décès du Président Valéry Giscard d’Estaing. L’idéal européen perd l’un de ses fondateurs, la France, un Président qui lui a apporté modernité et audaces: majorité à 18 ans, légalisation de l’IVG… Respectueusement, à sa mémoire »
  • Nicolas Sarkozy : VGE a « réussi à moderniser la vie politique » et « fait honneur à la France »
  • François Hollande : Avec VGE, la France « perd un homme d’État qui a fait le choix de l’ouverture au monde »
  • Roselyne Bachelot : Elle a salué « l’auteur de nombreuses réformes novatrices qui marquent encore aujourd’hui la société française ». Elle a cité comme exemple « le droit à l’avortement, l’abaissement de la majorité civile, le divorce par consentement mutuel, l’élargissement du droit de saisine du conseil constitutionnel et la fin de la tutelle sur la télévision publique et donc de l’ORTF », a-t-elle affimé lors du débat sur le budget.
  • Jean-Pierre Raffarin : « V. Giscard d’Estaing restera le Président de la modernité et de la réforme. Il a soulevé nos espoirs, il a créé notre admiration. Les jeunes et les femmes ont trouvé avec lui une place nouvelle dans la République. La démocratie française s’est affirmée Europeenne…Le cœur gros! »

  • Yannick Jadot : « Saluons pendant son septennat la dépénalisation de l’IVG, le droit de vote à 18 ans, le couple avec Helmut Schmidt au service de l’Europe… Je présente toutes mes condoléances à la famille et aux proches. »

  • Marine Le Pen : « Condoléances aux proches de Valéry Giscard d’Estaing. Président d’une France en crise, il fut l’artisan de nouvelles libertés publiques et un ardent soutien du progrès technologique. En 2018, il confessa que sa plus grande erreur fut d’instaurer le regroupement familial. »

Président académicien

Redevenu député puis président du conseil régional d’Auvergne, il est ensuite élu président du parti centriste UDF. Ce fervent européiste est ensuite élu député européen, avant de se retirer de la vie politique pour siéger au Conseil constitutionnel à partir de 2004. Auteur de plusieurs essais et romans, il avait été élu en 2003 à l’Académie française et était devenu, en 2017, le président de la République française à la plus grande longévité.

Il avait fait l’une de ses dernières apparitions publiques le 30 septembre 2019 lors des obsèques à Paris d’un autre président de la République, Jacques Chirac, qui avait été son premier Premier ministre de 1974 à 1976.

Il avait aussi fait parler de lui en mai dernier, étant visé par une enquête pour agression sexuelle après la plainte d’une journaliste allemande qui l’accusait de lui avoir touché les fesses lors d’une interview plus d’un an plus tôt.

Européen convaincu

Européen convaincu, Valéry Giscard d’Estaing, décédé mercredi, a oeuvré pour la construction européenne durant son septennat, avant de revenir sur le devant de la scène 20 ans plus tard, à la tête de la convention chargée d’élaborer un projet de constitution de l’Union européenne.

Le « non » des Français à ce texte lors du référendum de mai 2005 fut pour lui une immense déception, et il préféra l’imputer à un rejet de la politique intérieure française plutôt qu’au projet lui-même.

Pour relancer l’Union européenne après le vote au Royaume-Uni en faveur du Brexit, en juin 2016, il plaide pour une Europe plus concentrée autour des « pays fondateurs » et de leurs « voisins qui partagent les mêmes idées ».

Dans ses mémoires, « Le Pouvoir et la vie », Valéry Giscard d’Estaing affirme que les deux personnages de la vie politique nationale et internationale qui lui ont fait la plus grande impression sont Charles de Gaulle et Jean Monnet, l’un des pères fondateurs de l’Europe.

Il affirma son engagement européen avant son élection à la présidence de la République en 1974, dès la fin des années 60, souligne l’historienne Elisabeth du Réau dans « Les années Giscard », ouvrage qui rassemble les actes d’une journée d’études sur le sujet en janvier 2004.

Pendant la campagne présidentielle, VGE prône une relance de la construction européenne, proposant l’élection du Parlement de Strasbourg au suffrage universel, qui se concrétisera sous son impulsion en 1979. L’ancien président français écrivait dans ses mémoires:


« Un sujet de satisfaction intense est pour moi de contribuer à la construction de l’Europe politique »

Instauration en 1974 de « conseils européens » réguliers, qui prennent le relais des sommets de chefs d’Etat et de gouvernement, création en 1979 du Système monétaire européen (SME) qui donnera 20 ans plus plus tard naissance à l’euro, et premières élections européennes au suffrage universel constituent les grandes réalisations européennes dont il a pris l’initiative durant son septennat.

« Couple franco-allemand »

Il coopéra étroitement avec le chancelier allemand Helmut Schmidt. La période 1974-81 « reste comme une période particulièrement fructueuse des relations » entre la France et l’Allemagne, selon l’historien Georges-Henri Soutou. C’est de cette époque que date l’apparition de l’expression « couple franco-allemand ».

Il était en revanche contesté au sein de la majorité de droite, notamment par Jacques Chirac qui lança le fameux « appel de Cochin » en 1978 qualifiant l’UDF, trop pro-européenne à ses yeux, de « parti de l’étranger ».

VGE soutient l’adhésion de la Grèce, dont l’acte officiel sera signé en 1979 sous présidence française de l’Europe, et commence à préparer celles de l’Espagne et du Portugal qui seront finalisées après son septennat. Mais il manifestera en 2002 une forte opposition à une entrée éventuelle de la Turquie.

Député européen de 1989 à 1993, l’ancien chef de l’Etat français est nommé fin 2001, à 76 ans, président de la Convention sur l’avenir de l’Europe.

Ce retour sur le devant de la scène européenne suscite des grincements de dents de la part de petits pays, qui ont toujours vu d’un mauvais oeil la prépondérance du couple franco-allemand. D’autant que son arrivée est marquée par une polémique sur ses exigences financières supposées.

En juin 2003, après 16 mois de travaux, il remet aux dirigeants européens un texte de compromis, ayant surmonté bien des oppositions, notamment celle du président de la Commission européenne Romano Prodi.

Ce projet sera cependant rejeté par référendum en France et aux Pays-Bas en 2005, bloquant le processus de ratification dans l’UE.

Les grandes dates de la vie de VGE

  • 2 février 1926: naissance à Coblence (Allemagne), alors occupée par les forces françaises.
  • 1956: élu pour la première fois député (indépendant) du Puy-de-Dôme. Il sera réélu à l’Assemblée de 1958 à 1973, puis de nouveau élu en 1984 et 1993.
  • 1959-1966: secrétaire d’Etat aux Finances (gouvernement Michel Debré), puis ministre des Finances et des Affaires économiques (gouvernements Pompidou).
  • 1966-1974: président de la Fédération nationale des républicains indépendants (RI).
  • 1969-1974: ministre de l’Economie et des Finances dans les gouvernements de Jacques Chaban-Delmas, puis Pierre Messmer.
  • 19 mai 1974: élu président de la République.
  • 10 mai 1981 : candidat à sa réélection, il est battu par François Mitterrand.
  • 1986-2004: président (UDF puis UMP) du conseil régional d’Auvergne.
  • 1989-1993: député européen.
  • 2002-2003: président de la Convention sur l’avenir de l’Europe, en charge du projet de Constitution européenne, qui sera rejeté par les Français lors du référendum de 2005.
  • 2004 : reçu à l’Académie française.
  • 2 décembre 2020: décès à l’âge de 94 ans.





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