L’exécutif veut mesurer « en temps réel » l’augmentation de la pauvreté


Lancement de la campagne d’hiver des Restos du coeur à Nantes, le 23 novembre 2020 (FRANCK DUBRAY / MAXPPP)

« La crise à venir ? Ça m’empêche de dormir le week-end« , confie un ministre installé à Bercy, au cœur du ministère de l’Economie et des Finances. « Personne n’a vu venir les douze mois de ‘Gilets jaunes’, rappelle le même, mais là il n’est pas incongru de se dire qu’il va se passer quelque chose. »

Quand on interroge l’un de ses collègues sur l’état du pays au printemps prochain, un long silence s’installe. « Si nous avons des Bridgestone en série, ce sera problématique« , souffle ce ministre. Bridgestone, l’usine de pneus à Béthune dans le Pas-de-Calais, qui fermera l’an prochain, laissant 863 salariés sur le carreau.

Le scénario du pire pour l’exécutif ? Des quartiers bouillonnants, dont la colère converge avec celle des nouveaux pauvres. Pour l’éviter, le gouvernement se dote d’une nouvelle boîte à outils, pour mesurer en temps réel la remontée des signaux faibles.

Cela peut être les loyers impayés, les crédits non remboursés, le recours aux banques alimentaires, le nombre de bénéficiaires du RSA ou de la complémentaire santé solidaire, des aides distribuées selon les revenus du foyer.

Sur les impayés de loyers, un observatoire vient d’être installé par la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon, qui sentait une fébrilité du secteur – bailleurs privés, sociaux, agences immobilières, associations. La ministre s’est rendu compte qu’il n’existait pas d’organe qui centralise et consolide toutes les données, pour savoir combien de ménages font défaut.

Le rôle de cet observatoire sera d’établir chaque mois un tableau de bord. Le sujet est central : les impayés d’aujourd’hui, ce sont les expulsions de demain, dès la fin de la trêve hivernale du 31 mars.

Un deuxième outil verra le jour mardi prochain, porté par le Conseil National de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Cet organisme d’Etat doit piloter un 2e tableau de bord, qui rassemble tous les autres indicateurs.

Certes, les associations produisent déjà ces données, l’INSEE aussi. Sauf que leurs études se font sur le temps long. Les chiffres ne sont pas compilés en temps réel, pas croisés avec d’autres données. Le Conseil national de lutte contre la pauvreté va les mettre autour de la table, avec d’autres acteurs du champ social comme les Caisses d’allocations familiales par exemple, pour accélérer la remontée d’information, identifier plus rapidement les « trous dans la raquette et savoir où déployer les filets de sécurité » comme le résume Emmanuelle Wargon.



FranceTVinfo

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