Gérald Darmanin liste les « péchés capitaux » de la police


Après une semaine de rebondissements et de contestations au sujet de la loi sur la « sécurité globale », le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin est entendu ce lundi 30 novembre par les députés de la commission des Lois au sujet des récentes images de violences impliquant les forces de l’ordre.

Les « péchés capitaux »

Face aux députés, le ministre de l’Intérieur défend ardemment les forces de l’ordre, mais dénonce les « péchés capitaux » qu’auraient commis les gouvernements précédents en matière de sécurité. « Dans les coins les plus populaires, […] la protection de l’État est celle que les pauvres ne peuvent pas se payer », affirme-t-il.

Selon le ministre, le premier péché est « le peu de formation que nous offrons à nos policiers » : « Un policier a 12 heures de formation par an à faire. Seul 20 % des policiers les font. »

Deuxième péché capital, selon le ministre de l’Intérieur : l’encadrement. « Il n’y a pas assez de chefs, de sous-chefs, de sous-officiers présents dans la rue avec les femmes et les hommes qui nous servent. » Gérald Darmanin estime qu’il faut « créer un corps intermédiaire d’encadrement » au sein de la police, qui soit davantage présent sur le terrain avec les forces de l’ordre.

Caméras piétons généralisées

Le ministre reconnaît un manque criant de matériel neuf au sein de la profession – troisième péché capital. Quatrième péché : les images : « si la brigade qui était intervenue dans le 17e arrondissement avait été dotée de caméras piétons », peut-être que le tabassage de Michel Zecler aurait pu être évité, dit Gérald Darmanin, qui annonce que les caméras piétons seront généralisées au 1er juillet prochain. « Les policiers, d’après le préfet de police, ont fait des faux pour expliquer quelles étaient les conditions de l’intervention », rappelle-t-il.

Cinquième péché capital : l’inspection. Gérald Darmanin estime que l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) peut évoluer. « Il y a beaucoup de débats » autour de l’IGPN, constate-t-il. Est-il normal que cette Inspection générale de la Police nationale dépende du ministère de l’Intérieur ? « Tout corps de ministère a une inspection », répond le ministre.

« Toute institution peut évoluer », a-t-il toutefois reconnu. « Je suis prêt à tout étudier », a-t-il ajouté. « Il faut évidemment contraindre le ministre de l’Intérieur à prendre les sanctions que préconise l’IGPN. »

« S’il y a une réforme à faire, il me semble que ce n’est pas de la tuyauterie administrative qu’il faut faire mais bien de l’application des préconisations […] ou des sanctions demandées par l’IGPN parce que malheureusement, le pouvoir exécutif n’est pas lié aux propositions de l’IGPN. »

« Pas de divorce »

Gérald Darmanin ne croit pas au dernier péché capital, celui d’un divorce entre la population et les forces de l’ordre. « Les gardiens de la paix ne sont pas des fils de PDG », dit le ministre de l’Intérieur, qui assure : « Je ne partage pas l’idée d’un divorce entre la police et la population. » Pour lui, les policiers « sont les enfants des classes ouvrières populaires, des artisans, des commerçants. Ils sont issus du peuple. […] Il n’y a pas d’un côté la police et de l’autre côté, la population française. »

Cette audition intervient dans un contexte particulièrement tendu pour le ministre : la diffusion d’images violentes du démantèlement d’un camp de migrants place de la République ou d’agents de police tabassant Michel, un producteur de musique noir dans son studio du 17e arrondissement de Paris, a fini de mettre à mal la crédibilité du « premier flic de France ».

Face à l’impasse, la majorité va « réécrire totalement » le controversé article 24

Lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale réunissant les cadres des partis composant la majorité parlementaire, LREM, MoDem et Agir, Christophe Castaner, chef de file des députés LREM, a en outre annoncé leur volonté de réécrire « totalement » le très controversé article 24 de la loi « sécurité globale » portant sur la diffusion d’images des forces de l’ordre.

Violences policières : « La responsabilité du pouvoir est totale »

Concernant cet article 24, Gérald Darmanin a déclaré qu’il n’était « pas un fétichiste des numéros », sous-entendant que l’esprit de la mesure pouvait être éventuellement repris dans une autre loi. Les policiers « ne sont pas assez protégés, je le répète, je n’ai pas changé de conviction », a martelé le ministre de l’Intérieur.





nouvelobs

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