Test Blu-ray : Bio Zombie


Hong Kong : 1998
Titre original : Sang faa sau see
Réalisation : Wilson Yip
Scénario : Matt Chow, Siu Man Sing, Wilson Yip
Acteurs : Jordan Chan, Sam Lee, Angela Tong
Éditeur : Spectrum Films
Durée : 1h35
Genre : Horreur, Comédie
Date de sortie DVD/BR : 18 septembre 2020

Woody l’Invincible et Crazy Bee travaillent dans un magasin de VCD pirates. En ramenant la voiture de leur boss, ils écrasent un militaire et le ramènent au centre commercial pour échapper à la police. Ils ignorent que l’homme a ingurgité un soda coloré contenant des produits bio-chimiques…

Le film

[4/5]

SPL, la tétralogie Ip Man, Flash Point… Depuis une quinzaine d’années, le nom de Wilson Yip semble intimement lié au renouveau du cinéma d’action hongkongais du milieu des années 2000, porté par la personnalité – et les prouesses physiques – de Donnie Yen. Cependant, si le cinéaste a sans aucun doute contribué aux grandes heures de la carrière de Donnie Yen, sa carrière ne se limite pas au polar et au film d’action survolté.

Actif dans le cinéma made in HK depuis 1995, il fait ses débuts avec 01:00 A.M., un film à sketches dont il réalise deux segments sur trois. Puis il réalisera successivement un Category III déjà très porté sur l’action (Daze raper, 1995), un film sur les triades (Mongkok story, 1996), un film d’horreur avec Anthony Wong (Midnight zone, 1997) ainsi qu’une comédie romantique (Teaching sucks, 1997). Après cette série de films marquant clairement la volonté de Wilson Yip de ne pas s’enfermer dans un genre en particulier, il se ferait réellement remarquer à l’international en 1998 avec Bio-Zombie, un des rares films de zomblards réalisés à Hong Kong. Ce dernier lui permettrait de se faire un nom, quelques années avant sa consécration, aussi bien publique que critique, aux côtés de Donnie Yen…

En bon film de zombies qui se respecte, Bio-Zombie entretient volontairement des liens avec le cinéma de George A. Romero, et en particulier avec le chef d’œuvre Zombie. Le parallèle le plus évident entre les deux films se situe du côté du lieu de l’action : une galerie commerciale, utilisée comme un symbole de l’aliénation du monde moderne. Comme dans le film de Romero, entre deux festins de vivants, les zombies de Wilson Yip tentent de se réapproprier leur « vie d’avant », en reproduisant les gestes consuméristes du passé, comme si ces derniers étaient devenus autant de réflexes pavloviens d’outre-tombe. Ainsi, un des morts-vivants de Bio-Zombie s’effondrera – de désespoir ? – de n’être pas parvenu à s’acheter un soda au distributeur…

Si des références à Romero émaillent occasionnellement le récit, pour le reste, bien sûr, Bio-Zombie s’impose comme un film extrêmement moderne, profondément ancré dans son époque de tournage : les deux pieds-nickelés au centre du film tiennent une boutique de VCD, tuent le temps en jouant aux jeux vidéo (et principalement à House of the dead, sorti sur Sega Saturn en 1998), les téléphones portables occupent – déjà – une place importante dans leur vie, etc. L’humour du film est également très vif, très moderne, à l’image du débit de paroles de Jordan Chan (Young and dangerous) et Sam Lee. Bien sûr, l’humour asiatique demeure un Art un peu particulier, mais le fait est que Bio-Zombie s’avère un film souvent amusant, porté par une espèce d’hystérie collective du côté de ses acteurs, qui développent néanmoins une bonne humeur assez communicative.

Prenant le temps, à sa manière très originale et farfelue, de poser ses personnages de losers attachants et son intrigue de contamination zombiesque, Bio-Zombie explose réellement dans son dernier tiers, qui s’avère vraiment très réussi et pas trop « cheap », malgré un budget effets spéciaux réduit à sa portion congrue. Ainsi, dès que notre petit groupe est lâché face à des morts-vivants de plus en plus nombreux, le film de Wilson Yip prend des allures de train fantôme extrêmement réjouissant et fun. Quelques séquences et une poignée de plans dénotent d’un sens du cadre aiguisé, le tout est bien rythmé et le film s’offre même quelques originalités bienvenues, telles que ce zombie amoureux aidant les héros à fuir en leur ouvrant un rideau de fer et en… poussant leur voiture pour les aider à démarrer !

Encore bien trop peu connu en France (malgré les efforts conjoints d’une poignée d’éditeurs en ce qui concerne le cinéma hongkongais, il restait à ce jour inédit en DVD et Blu-ray dans l’hexagone), Bio-Zombie se révèle donc être une excellente (re)découverte, apportant un vent de fraîcheur et des idées folles à un genre – le film de zombies – trop souvent enclin à faire du sur-place. Pour les amateurs, on notera également une apparition rapide de Pou-Soi Cheang lors de la scène prenant place chez le garagiste, au début du film. S’il n’était alors qu’acteur, il deviendrait quelques années plus tard l’un des cinéastes hongkongais les plus importants des années 2000 – il tournerait notamment coup sur coup trois chefs d’œuvres absolus avec Dog bite dog (2006), Coq de combat (2007) et Accident (2009).

Le Blu-ray

[4,5/5]

Pour les plus âgés d’entre nous, qui ont largement découvert les grands noms du cinéma hongkongais des années 90 par le biais de VHS, de Laserdiscs puis de DVD pas très soignés et de VCD qui nous faisaient littéralement saigner les yeux, le transfert proposé par Spectrum Films sur ce Blu-ray de Bio-Zombie tient littéralement du MIRACLE. Encore aujourd’hui, ceux qui se souviennent des transferts hasardeux de tous ces films asiatiques que l’on voulait découvrir à tout prix il y a 25 ans développent toujours une indulgence claire et nette pour les Blu-ray encodés en 1080i, pour l’usage intensif du DNR, pour le rendu extrêmement numérique des films des années 80/90 débarquant en Haute-Définition chez nous. Cette indulgence est tout simplement liée au bond considérable, fracassant, extraordinaire entre ce que l’on avait pu découvrir à l’époque et ce que l’on peut voir aujourd’hui, même quand les Blu-ray en question sont perclus de défauts et ne cassent pas trois pattes à un canard. Hey, pourquoi croyez-vous que les films les plus « cultes » de John Woo, Tsui Hark ou Ringo Lam tournés dans les années 80/90 sont encore inédits en Blu-ray ? Tout simplement parce que les masters disponibles pour ces films ne sont tout simplement pas exploitables en Haute-Définition, pardi…

Le cas de ce Blu-ray de Bio-Zombie en est d’autant plus étonnant et remarquable. On ne peut en effet que tirer notre chapeau aux équipes de Spectrum Films, qui nous livrent ici un master Haute-Définition absolument magnifique : le grain d’origine a été préservé, mais surtout, le film est proposé en 1080p dans un master exempt de toute bidouille numérique superflue. Le piqué est précis, la définition irréprochable, bref, autant dire qu’il s’agit là d’une présentation HD absolument superbe, ce qui s’avère vraiment rarissime dans le cas d’un film tourné à cette époque et dans ce coin du globe. Une vraie tuerie de master donc, qui tendrait à nous faire rêver que d’autres films aient pu bénéficier du même soin concernant leur conservation. Côté son, le film est proposé en VO et DTS-HD Master Audio 2.0, et le mixage s’avère également remarquable de stabilité et de dynamisme acoustique, avec un bon placement des voix et un équilibrage solide entre ces dernières, les effets sonores et la musique. En revanche, comme on l’a souligné un peu plus haut, le débit de parole des deux acteurs principaux étant très soutenu, l’enchaînement des sous-titres se fait également de façon assez rapide, au point d’en être parfois même, peut-être, un peu trop rapide.

Du côté de la section suppléments, Spectrum Films nous a réservé, comme à son habitude, une belle brochette de bonus, tous absolument passionnants. On commencera avec une présentation du film par Arnaud Lanuque (11 minutes), au cœur de laquelle il reviendra rapidement sur la carrière de Wilson Yip, sur la place de Bio-Zombie au cœur de la production cinématographique hongkongaise déclinante de l’époque (genre, casting, influence du jeu vidéo…). Le sujet a par ailleurs été tourné dans la vraie galerie marchande du film, le « New Trend Plaza ». On continuera ensuite avec un entretien avec Wilson Yip (19 minutes), tournée tout spécialement pour cette édition. Après avoir rapidement introduit le film à destination du public français, Wilson Yip reviendra sur ses souvenirs du tournage de Bio-Zombie, évoquant notamment le casting, l’influence du Zombie de George A. Romero ou encore l’importance des galeries marchandes dans la culture hongkongaise de l’époque. Anecdote amusante : il révélera avoir choisi le « New Trend Plaza » pour la possibilité de tourner un faux – et très amusant – effet de split-screen lors de la scène de l’interrogatoire de Jordan Chan et Sam Lee. On continuera ensuite avec un entretien avec Julien Sévéon (18 minutes) qui reviendra, de façon assez passionnante, sur le film de zombies dans le cinéma d’Extrême-Orient. Ce qui est un peu paradoxal en revanche, c’est qu’il reviendra sur les films de zombies en provenance du Japon, de Corée du Sud, des Philippines, de Thaïlande, d’Inde, de Malaisie… Mais pas un mot sur le film de zombies venu de Hong Kong ! On terminera enfin avec une fin alternative (3 minutes) légèrement différente de celle conservée au montage final par Wilson Yip, ainsi qu’avec la traditionnelle bande-annonce.



Critique film

A lire aussi

Laisser un commentaire