Darmanin, adepte de la force de l’ordre


Ah, cet article 24 sur la proposition de loi « sécurité globale », quel pataquès il provoque ! Une boîte de Pandore grande ouverte où se mêlent paranoïa, craintes légitimes, mais aussi une incroyable cécité sur les dangers d’une perte de confiance entre l’Etat républicain et sa police.

D’abord, les journalistes. Le texte en débat, hâtivement écrit sans doute, méritait quelque amendement, en particulier sur la question de notre liberté de mouvement sur le terrain, et, par extension, dans nos parutions. Il semble que les députés de la majorité vont rectifier le tir. Si tout rentre dans l’ordre, notre corporation serait autorisée à filmer une scène d’intervention policière dans la rue dans le cadre d’une manifestation ou autre.

Autre usine à doutes : la nécessité d’une éventuelle déclaration de présence auprès des autorités sur des lieux dont on sait les affrontements inévitables. Le bon exemple est, bien sûr, ce que nous avons vécu durant la période des « gilets jaunes ». Or, qu’avons-nous découvert ? Que désormais, chaque citoyen est un journaliste en puissance, que de nombreux black blocs se déguisent en « garants de la liberté de l’information », arborant le bandeau « Presse », tout comme des militants violents, s’infiltrant au plus près des zones en surchauffe. Et, bien sûr, usant de la force de l’image pour manipuler, triturer, arranger le réel à leur sauce. Tous journalistes ?TRIBUNE. Proposition de loi « sécurité globale » : la liberté d’informer attaquée lors du rassemblement pour le droit à l’information

Dans ce contexte, écouter, un peu, le discours de la hiérarchie policière serait-il une marque de servilité à l’encontre de la maréchaussée ? Que nous dit-elle ? Que leur métier devient impossible. La principale raison ? Ils ont perdu la bataille des images. Contraints au silence, même si leurs syndicats les soutiennent dans les médias, ils n’ont pas d’outils pour se défendre sur les réseaux sociaux. Ils sont livrés en pâture au grand public. Les témoignages des familles de policiers contraintes de s’exiler de leur propre quartier, menacées, insultées, parfois lynchées, ou même assassinées, comme dans l’affaire de Magnanville, où un couple de policiers, dont l’adresse a circulé sur les réseaux sociaux, est égorgé devant ses propres enfants. Les exemples de drames, moins tragiques, sont légion. Doit-on les ignorer ?

La gauche et « l’ordre républicain »

Comment comprendre la fermeté de Gérald Darmanin sur ces questions de l’utilisation des images dans le domaine de la défense de l’ordre public. Le « premier flic de France » va au charbon et martèle sur tous les médias qu’il faut protéger ceux qui nous protègent. Les protéger de toutes les manipulations grossières sur les réseaux sociaux, mais surtout de la défiance que les policiers eux-mêmes ont désormais pour ce gouvernement, et donc, par ricochet, du danger de l’effritement lent, mais dangereux, de la notion même d’ordre public.

C’est ce message que transmet le locataire de la place Beauvau à ses troupes. Il s’est attribué le poste difficile d’être leur porte-parole. Demander le floutage des visages des fonctionnaires sur le terrain est une manière de calmer la grogne qui prospère. Les « keufs » ne croiraient plus en leur mission. Ils seraient au bord du « burn-out ». Résumons : un ministre qui veut protéger ceux qui nous protègent pour mieux se protéger. Affirmatif, chef ?

Faut-il interdire de filmer les policiers ?

Dans cette période si douloureuse, si incertaine, si violente, que dit la gauche de gouvernement ? Elle bafouille son lexique républicain, cherchant désespérément un espace unitaire improbable, pour ne pas dire impossible, tant le fossé s’est creusé entre le PS et les autres. Que signifie donc le concept « ordre républicain » ? Oh, le vilain mot ! Il a été inventé par la gauche. Il signifie la protection des plus faibles, des plus démunis, de tous ceux qui sont soumis le plus directement à la violence de rue, au caïdat de quartier, au nouveau pouvoir des tribus, qu’elles soient salafistes ou autres. Il est donc vital, pour tenir cette promesse, de ne pas laisser s’installer une dérive antirépublicaine au sein de la police nationale.

Ce courant, s’il prospère, même à bas bruit, pourrait bien être mortifère pour notre démocratie. Le combat pour une nouvelle communication policière doit s’engager au plus vite. Il passe par un débat approfondi, sans œillères, sans aveuglement idéologique, sur le rôle des images et leur exploitation par les ennemis de la République. Est-ce une bataille de droite ou de gauche ? Dois-je ajouter, pour rassurer les belles âmes, que les brebis galeuses dans la police, les petits cow-boys, les ripoux, les racistes, doivent être sanctionnées sans faiblesse ?





nouvelobs

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