avec le télétravail, le secteur des distributeurs automatiques alimentaires est en pleine crise


François, 33 ans, approvisionne et entretient les machines des clients. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Terminé les échanges de potins devant la machine à café ou la pause détente entre collègues autour d’une barre chocolatée en fin d’après-midi… Avec l’épidémie de Covid-19, le confinement et le télétravail, les distributeurs de boissons et friandises se retrouvent au chômage technique. Entre 10 000 et 25 000 emplois du secteur de la distribution automatique alimentaire sont ainsi menacés selon la Navsa, la chambre syndicale nationale de vente et services automatiques. 

Cristal est une société familiale située dans la zone industrielle de Seclin, dans la métropole lilloise. L’entreprise compte deux directeurs, 14 salariés et une ambiance conviviale. Depuis 30 ans, l’entreprise vend ou loue et entretient des distributeurs automatiques de boissons et de friandises dans les entreprises du Nord et des Hauts-de-France. Mais avec le Covid-19, les commandes se font plus rares. Beaucoup de clients pensent que ces distributeurs de friandises sont des vecteurs de diffusion du virus et en interdisent l’accès.

Pierre-Yves Thieu, directeur de Cristal, devant ses stocks de produits invendus.
Pierre-Yves Thieu, directeur de Cristal, devant ses stocks de produits invendus. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Il y a aussi des partenaires qui ont tout simplement mis la clé sous la porte, se désespère Pierre-Yves Thieu, le directeur de Cristal : « Il y a des boîtes qui ont déjà déposé le bilan, qui n’étaient, certes, déjà pas en grande forme avant et le Covid les a achevées. Ce sont des clients totalement fermés, où on a récupéré le parc machines. Et puis on a des clients qui ont des craintes et annulent les contrats. » L’entreprise nordiste a perdu un peu moins de 400 000 euros de recettes.

C’est une grosse perte. C’est toute une vie pour nous. On est des indépendants, donc c’est vraiment quelque chose de dur à vivre.

Pierre-Yves Thieu, patron de Cristal

à franceinfo

L’autre crève-cœur, se désole le patron, c’est l’obligation de mettre à la poubelle des kilos de marchandises invendues. Même si la société nordiste fait des dons à des associations, elle se retrouve avec beaucoup de stocks sur les bras. « Il y a toutes les barres chocolatées. On a dû en jeter en quantité importante, regrette Pierre-Yves Thieu. Il faut quand même gérer au mieux pour éviter la perte, qui est déjà très importante. Elle se chiffre, entre le premier confinement et la période actuelle, à plus de 25 000 euros de pertes pour des produits jetés. » 

Pour faire des économies, les patrons de Cristal surveillent tout, au centime près. Les commerciaux ont adapté leur tournée, font attention à l’essence. François, 33 ans, approvisionne et entretient les machines. Ce commercial, un « battant » comme il dit, avale les kilomètres dans son utilitaire gris. « Moi, 2021 me fait peut être plus peur que 2020 parce qu’entre les sociétés qui vont pas se relever et le chômage qui va augmenter, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangés en 2021. C’est compliqué d’avoir tout le temps cette pression avec ce virus. Pour les gens qu’on aime, on est obligés de travailler, on est obligés d’être sur le terrain et on n’est pas à l’abri de ramener cette saloperie à la maison, si je peux me permettre, et que mon enfant soit touché », confie-t-il avec des sanglots dans la voix. 

L'entreprise Cristal est parfois contrainte de venir recherche tout un parc machines lorsqu'un client met la clé sous la porte.
L’entreprise Cristal est parfois contrainte de venir recherche tout un parc machines lorsqu’un client met la clé sous la porte. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Le virus, l’avenir incertain… Bruno, technicien avec 30 ans de maison, est lui aussi inquiet« On marche sur des œufs. Moi, j’ai 57 ans. À mon âge, c’est très compliqué. Si demain, on se retrouve au chômage, je ne suis pas encore, comment dire, assez vieux pour être en retraite et donc c’est compliqué. » 

Cristal a eu recours au chômage partiel mais n’a pas pu bénéficier jusqu’à présent du fonds de solidarité car elle n’est pas éligible. Ce sera possible prochainement, la fédération s’est battue pour ça. Dans leur bureau, les directeurs de la société, avec d’autres patrons de la région, se font coachés par un fiscaliste en visioconférence pour comprendre le système des aides. « C’est un labyrinthe avec des critères cumulatifs compliqués à avoir, explique Pierre-Yves Thieu. Donc, de ce fait, il y a beaucoup d’abandon de notre part. Si on doit remplir un dossier de 26 pages et correspondre à X critères… Souvent, on baisse les bras parce qu’on a plus important à faire pour la survie de notre entreprise »

Dans leur bureau, les directeurs de Cristal se font coachés par un fiscaliste en visioconférence pour comprendre le systèmes des aides.
Dans leur bureau, les directeurs de Cristal se font coachés par un fiscaliste en visioconférence pour comprendre le systèmes des aides. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Avec le reconfinement, les entreprises de la distribution automatique alimentaire, une grande majorité de TPE et PME, devraient connaître une baisse d’activité de 20 à 30% par rapport à 2019. « Ce qui est considérable parce que ces entreprises se rémunèrent uniquement sur les consommations et ont des marges très faibles », indique Yoann Chuffart, délégué général de la Navsa, la fédération du secteur. Depuis le début de la crise, les patrons de Cristal ont limité la casse. Il y a eu trois départs volontaires. Mais ils préviennent, si ça continue, il y aura des licenciements. 



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