Test Blu-ray : Mafia Inc.


Canada : 2020
Titre original : –
Réalisation : Daniel Grou (PodZ)
Scénario : Sylvain Guy
Acteurs : Marc-André Grondin, Sergio Castellitto, Gilbert Sicotte
Éditeur : Koba Films / L’Atelier d’Images
Durée : 2h23
Genre : Thriller, Policier
Date de sortie DVD/BR : 18 novembre 2020

À Montréal, Les Gamache sont tailleurs de père en fils et habillent la famille mafieuse Paternò depuis trois générations. Vincent « Vince » Gamache travaille pour le compte du parrain Frank et de son fils aîné Giaco. Alors que sa sœur Sofie s’apprête à épouser le fils cadet des Paterno, Vince monte un gros coup pour impressionner le parrain, attisant la jalousie de Giaco. La guerre éclate. Tous doivent choisir leur camp, Paternò ou Gamache. D’un côté comme de l’autre, il y a un prix à payer. Un prix colossal…

Le film

[4/5]

Depuis l’avènement du Parrain en mètre-étalon incontesté du genre en 1972, le « film de Mafia » est toujours resté une spécialité américaine, ou plus précisément italo-américaine. Les plus grands chefs d’œuvres du genre sont en effet américains, réalisés par des cinéastes d’origine italienne : Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Brian De Palma… Autant de grands noms ayant signé de grands films et posé les bases narratives d’un genre qui se voient encore aujourd’hui copiées dans les grandes largeurs par des cinéastes de tous pays et de toutes couleurs. Que cela soit en France, en Italie, au Royaume-Uni, au Danemark ou dans d’autres pays d’Europe, tous les pays semblent avoir tenté d’illustrer l’histoire de leurs mafias locales à travers des polars respectant toujours ce même cahier des charges hérité du Parrain, des Affranchis ou de L’impasse.

Mafia Inc. nous arrive quant à lui du Québec. De la mafia québécoise, on ne connaît rien ou presque, si l’on excepte la série TV des années 90 intitulée Omertà, la loi du silence diffusée il y a une vingtaine d’années sur France 3. Le sujet était donc propice à tous les fantasmes : en lieu et place de la tête de cheval posée sur l’oreiller de John Marley dans Le parrain, le film de Daniel Grou (PodZ) allait-il nous refaire la même avec une tête d’orignal ou de caribou ? Les truands locaux se flinguent-ils en hurlant des « Tabarnak l’maudit calisse de marde » entre deux rasades de sirop d’érable ?

Il est vrai qu’il y a un je-ne-sais-quoi d’exotique à la découverte de Mafia Inc., dont la base scénaristique est tirée d’une très sérieuse enquête signée André Cédilot et André Noël, publiée en 2010 sous le titre « Mafia inc : grandeur et misère du clan sicilien au Québec ». Se déroulant sur une période de quinze ans environ (entre 1980 et 1995), le film de PodZ propose au spectateur une plongée dans une des familles les plus puissantes de Montréal à travers le récit d’initiation de Vince – incarné à l’âge adulte par Marc-André Grondin, la révélation du Premier jour du reste de ta vie en 2008 – de ses premiers pas dans la Mafia jusqu’à son inévitable chute, et les conséquences de celle-ci.

S’il respecte le cahier des charges avec application, Mafia Inc. affiche tout de même une certaine originalité, en proposant des éléments qui pourront occasionnellement surprendre le public. Le premier élément frappant est avant tout verbal, et probablement lié à la nature même du Québec. Mafia Inc n’est ainsi ni tourné intégralement en français, ni en anglais, ni en italien mais bel et bien dans ces trois langues, qui s’avèrent probablement présentes de façon relativement équitable au cœur du film. Tous les personnages changent ainsi de langue au détour d’une phrase, mélangeant les langues sans la moindre gêne, avec le naturel le plus désarmant qui soit. « What the fuck, va fanculo calisse de Tabarnak ! » On notera aussi que dans Mafia Inc, les langues se mélangent lors de soirées de fêtes opulentes, et que les personnages ayant tendance à trop parler finissent – littéralement – par perdre leur langue, qui se retrouvera dans les saucisses de « chez Dino ».

Parallèlement à la trajectoire du personnage de Vince, le film développe également l’histoire de deux familles dont les destins se retrouvent intimement liés par les choix des uns et des autres. De Vince bien sûr, qui quitte sa famille avec perte et fracas pour se trouver un père de substitution en la personne de Frank Paternò alias Don Francesco (Sergio Castellitto, exceptionnel). Mais Mafia Inc. prend également grand soin de développer le personnage de Sophie (Mylène Mackay), la sœur de Vince, elle aussi liée aux Paternò puisqu’elle compte épouser – non pas par amour mais par calcul comme nous l’apprend une séquence du film – le fils de Don Francesco, Patrizio. Malgré les épreuves, celle-ci fera preuve d’une détermination froide et implacable pour arriver à ses fins.

Au-delà de ces aspects, Mafia Inc. suit un chemin très balisé qui ne révolutionnera en rien le genre. L’intrigue prend son temps pour se développer, mais l’enchainement de scènes de violence et de scènes intimistes finit par produire son petit effet, surtout lors des confrontations entre Vince et son père Henri, ou de celle entre Henri et Francesco, vraiment réussies. Peu intéressé par le fait de filmer l’action, PodZ concède tout de même une belle scène de règlements de comptes en plan-séquence, symboliquement placée sous le signe de la réconciliation père / fils.

On notera par ailleurs un clin d’œil final assez percutant de la part de PodZ, qui en terminant son film sur des plans du pont Samuel-De Champlain en construction à Montréal en 2018, sous-entend clairement que les liens entre Mafia et construction sont toujours d’actualité, alors même que les événements relatés dans Mafia Inc. et le projet de la Mafia de blanchir son argent en finançant le pont de Messine remontent à 25 ans. Une prise de position ironique et assez gonflée !

Le Blu-ray

[4/5]

Avec cette édition Blu-ray de Mafia Inc, Koba Films et L’atelier d’images nous livrent une galette Haute-Définition d’excellente qualité. L’encodage est en 1080p et impose un piqué de folie, les couleurs sont éclatantes, les noirs très profonds et la profondeur de champ très satisfaisante : il n’y a rien à redire, il s’agit d’une présentation technique exemplaire. Côté son, la version originale « multilingue » est encodée en DTS-HD Master Audio 5.1, et propose une dynamique extraordinaire qui assurera à coup sûr une immersion parfaite pour le spectateur, surtout lors des passages les plus riches en action. On notera par ailleurs que, peu confiant dans les capacités cognitives des français quand il s’agit de comprendre un québécois en train de parler, l’éditeur a investi dans une « version française » intégrale, diablement efficace en termes de spatialisation et également mixée en DTS-HD Master Audio 5.1, mais nous paraissant, pour être tout à fait honnête, un peu absurde et inutile. Elle s’avère de plus artistiquement très faible.

Rayon suppléments, on trouvera la bande-annonce du film, accompagné du traditionnel « espace découverte » qui nous donnera à découvrir quatre bandes-annonces de films édités par Koba Films et L’atelier d’images (Le témoin, South Wind, L’anglais et War on everyone).



Critique film

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