Les journalistes accrédités en manifestation ? Gérald Darmanin déclenche la polémique


Des incidents ont éclaté mardi 17 novembre au soir à Paris entre les forces de l’ordre et des manifestants qui protestaient contre la proposition de loi polémique « Sécurité globale ». Lors de cette soirée, plusieurs journalistes ont accusé les policiers de les avoir empêchés de faire leur travail, tandis qu’au moins deux journalistes, une photographe indépendante et un journaliste de France 3, ont été interpellés.

Pour Hannah Nelson, libérée, les journalistes « se battent pour pouvoir travailler » face à la loi de « sécurité globale »

Interrogé ce mercredi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a affirmé que pour être « protégés », les journalistes souhaitant couvrir des manifestations devaient « se rapprocher des autorités », suscitant l’indignation.

En conférence de presse, Gérald Darmanin a évoqué le cas d’un journaliste, qui a fait savoir publiquement qu’un policier avait menacé de l’interpeller : « Ce journaliste ne s’est pas rapproché de la préfecture de police de Paris, contrairement à certains de ses collègues pour couvrir cette manifestation, a expliqué le ministre.

« Je rappelle donc que si les journalistes couvrent des manifestations, notamment conformément au schéma de maintien de l’ordre que j’ai évoqué, ils doivent se rapprocher des autorités, en l’occurrence au préfet de département, ici le préfet de police de Paris, pour se signaler, pour être protégés également par les forces de l’ordre, pour pouvoir être distingué et rendre compte de son travail de journaliste dans ces manifestations », a-t-il ajouté.« La France est clairement sur la pente d’une dérive autoritaire »

« Retour du ministère de l’information »

Gérald Darmanin faisait vraisemblablement allusion au journaliste indépendant Clément Lanot, qui a écrit dans un tweet mardi soir : « Un policier menace de m’interpeller. Malgré ma carte de presse, caméra : un policier me demande d’arrêter de travailler et quitter la zone sous peine de garde à vue. J’étais en-dehors des tensions à ce moment et identifiable. »

En évoquant la nécessité de se signaler aux autorités, le ministre faisait référence à une disposition du nouveau « schéma national du maintien de l’ordre » à destination des policiers et gendarmes, rendu public par le ministre de l’Intérieur le 17 septembre dernier. Celui-ci établissait la nécessité d’une « meilleure prise en compte de la présence des journalistes au sein des opérations de maintien de l’ordre ».

David Dufresne : « Mon film est un hommage à tous ceux qui ont levé leur smartphone »

Et de préciser qu’« un officier référent peut être utilement désigné au sein des forces et un canal d’échange dédié mis en place, tout au long de la manifestation, avec les journalistes, titulaires d’une carte de presse, accrédités auprès des autorités ».

Néanmoins, le document ne modifie pas le cadre légal et ne présente pas ce « canal » comme obligatoire. Auprès du « Monde », le 23 septembre dernier, le ministère de l’Intérieur démentait d’ailleurs « toute volonté d’imposer une accréditation aux journalistes qui souhaiteraient suivre le déroulé [d’une] manifestation ».

La nouvelle prise de position de Gérald Darmanin a immédiatement fait bondir de nombreux journalistes sur les réseaux sociaux. Le journaliste David Dufresne a critiqué un « retour du ministère de l’information ».

« Non, aucune accréditation n’est nécessaire pour couvrir une manifestation. Nous n’avons pas à nous rapprocher de la préfecture pour faire librement notre travail de journaliste sur le terrain en France en toute indépendance », a de son côté martelé le journaliste de Brut Rémy Buisine, qui affirme également avoir fait l’objet d’une « tentative d’interpellation ». « Sans carte de presse, c’était la garde à vue », a-t-il ajouté.

Face à la fronde, Gérald Darmanin a tenu à préciser ses propos sur Twitter, confirmant que l’accréditation auprès des autorités n’était pas « obligatoire ».

« Oui, pour éviter la confusion au moment d’une opération, le schéma national du maintien de l’ordre que j’ai présenté en septembre prévoit que les journalistes peuvent, sans en avoir l’obligation, prendre contact avec les préfectures en amont des manifestations », écrit le ministre. « L’objectif ? Que chacun puisse faire son travail dans les meilleures conditions possibles. Cela vaut particulièrement en fin de manifestation. Quoi de plus normal ? »

« Empêcher les journalistes de rendre compte des manifestations »

En septembre dernier, ce nouveau schéma du maintien de l’ordre avait été vivement critiqué par quarante sociétés de journalistes, dont celles de « l’Obs », qui estimaient qu’il porte atteinte à la liberté d’informer.

Les rédactions dénonçaient un « feu vert accordé par le ministre de l’Intérieur aux forces de l’ordre pour empêcher les journalistes de rendre pleinement compte des manifestations, y compris de leurs dispersions ou de leurs dérapages ».

« L’exercice de la profession de journaliste, défini dans le Code du travail, ne nécessite pas la possession d’une carte de presse », rappelaient-elles par ailleurs, « tant pour la couverture des manifestations dans l’espace public que pour l’identification » requise pour les équipements de protection.

Couvre-feu : trois hommes interpellés dans la Loire après l’agression d’un policier

Cette nouvelle polémique arrive au milieu de celle créée par la proposition de loi de « sécurité globale », dénoncée par de nombreux journalistes, notamment à cause d’un article proposant de réprimer pénalement l’usage « malveillant » d’images de forces de l’ordre, vu comme une nouvelle atteinte à la liberté d’informer.





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire