Le confinement souple écrase l’économie française


Lors de sa radiographie trimestrielle de la conjoncture française et européenne, l’Insee (institut national des statistiques et des études économiques) a estimé que l’activité économique s’est contractée de 13% au mois de novembre, début du second confinement, soit près de moitié moins que lors du premier confinement (30%). 

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« Si l’impact économique de ce deuxième confinement est moins dur que le premier, c’est parce que les mesures mises en place dès le 31 octobre sont plus accommodantes, maintenant la possibilité d’aller au travail, les ouvertures de plus de magasins, la poursuite des chantiers et du travail industriel, et l’ouverture des écoles », souligne Julien Pouget, directeur du département Conjoncture de l’Insee.

Meilleur bilan dans l’industrie

Certains secteurs font donc mieux qu’au premier confinement : l’industrie, dont la perte d’activité au quatrième trimestre est estimée à 6%, résiste mieux qu’au deuxième trimestre (-23,2%). De même pour la construction (-7 au T4, contre -31,2% au T2), et les activités scientifiques et de soutien (-9% au T4 contre -20,5 au T2).

Mais, même dans ces secteurs qui tiennent, et notamment le bâtiment, les entreprises estiment que les normes de sécurité ralentissent sensiblement leur productivité.

Source: Insee

L’activité se dégrade surtout dans les services les plus directement affectés par les mesures de confinement, malgré la relative souplesse de cette deuxième mouture. L’hébergement et la restauration souffrent plus en novembre que cet été (-60% par rapport à l’année dernière, après un mois de septembre déjà marqué par le couvre-feu) ; les activités de loisirs (musées, salles de sport, spectacles annulés) chutent de 42% par rapport au mois de novembre 2019, comme les services et transports (-28%).

Le terme “normal” disparaît

“Après la sidération, les acteurs économiques se sont tant bien que mal adaptés”, observe Julien Pouget. “L’expérience du printemps a produit un apprentissage”, un effet de rodage sur les mesures d’hygiène quotidiennes, les protocoles sanitaires, le télétravail, les chaînes locales d’approvisionnement, de production et de consommation des ménages. 

Résultat, l’Insee estime que le PIB baisserait de 4,5% entre le troisième et le quatrième trimestre 2020, selon le scénario médian (et de 2,5% au mieux, 6% au pire), et entre 9 et 10% entre 2019 et 2020. 

Signe que la crise économique aura des conséquences durables : “on a arrêté de qualifier” la période pré-Covid-19 “de normale”, glisse le chef du département conjoncture à l’Insee. La maison préfère dorénavant l’expression “période d’avant-crise”, remettant en question la notion incertaine de “norme” dans un monde économique où les mesures sanitaires, évoluant au gré de l’épidémie, ballottent l’économie dans tous les sens.

Chute comparable de la consommation

Côté ménages, “nous estimons que la consommation est de 15% en deçà de son niveau du quatrième semestre 2019”, note Olivier Simon, du département Conjoncture de l’Insee. Elle était de -30% pendant le premier confinement. Un indicateur le montre : les transactions par carte bancaire se sont tassées dès la première semaine du reconfinement, à cause de la chute des ventes physiques. Mais le phénomène est moins important qu’en avril.

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Les ménages ont toutefois appris de ce printemps. S’ils ne font plus de stocks de papier toilette, de boîtes de conserve et de carburant, leur consommation baisse moins qu’au premier confinement. Et pour cause, les habitudes de ventes et d’achats en ligne sont reparties à la hausse dès la fin octobre. 

Source: Insee

La France plus touchée

Les biens de consommation les plus atteints sont le carburant, du fait des relatives limites de déplacement, les équipements du foyer, la restauration, les vêtements… Seule l’alimentation et la consommation de produits électriques et électroniques résistent. 

A ce bilan morose s’ajoute un constat interpellant : les mesures de confinement pèseraient plus fortement sur la France que sur nos pays voisins. En Allemagne, le confinement partiel permet aux commerces de demeurer ouverts. Au Royaume-Uni, l’entrée plus tardive en confinement a permis à l’activité économique de perdurer dans son état “naturel” plus longtemps qu’en France. Le gouvernement ne prévoit pas d’altérer les règles du confinement d’ici le 1er décembre : les prévisions de l’Insee pourraient être encore trop optimistes. 

 



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