Darmanin lance sept flèches contre le vote par correspondance


C’est un débat assez inédit qui s’engage, entre d’un côté le président de la République, Emmanuel Macron, et de l’autre le ministre de l’Intérieur. Dimanche 15 novembre, Le Journal du dimanche a révélé qu’Emmanuel Macron « ne ferme pas la porte » au retour du vote par correspondance (aboli en 1975 pour cause de fraudes). Selon ses partisans, cette solution permettrait de faciliter l’expression des voix des électeurs malgré la crise sanitaire, lors des prochaines régionales. Et plus généralement de lutter contre l’abstention endémique.

Dans son programme, le candidat Macron défendait l’idée d’un un « vote électronique qui élargira la participation, réduira les coûts des élections et modernisera l’image de la politique. »

Le même jour, dimanche, le ministre de l’intérieur Gerald Darmanin a pris la plume pour rédiger une tribune, sur son compte Facebook, titrée en lettres capitales : « LE VOTE PAR CORRESPONDANCE : LA FAUSSE BONNE IDÉE ».Faut-il instaurer le vote par internet aux élections ?

Voici, en résumé ses arguments :

1. Une réforme de circonstance :

Dans ce texte, il commence par mettre en garde contre une réforme qui serait prise « sous le coup de l’événement » et « en express ». Le vote par correspondance, rappelle-t-il, a été maintes fois écarté depuis 1975. Et il met en garde : « La pandémie passera et le changement de notre système électoral restera ».

2. Une réforme qui serait bâclée :

Son ministère « ne sera pas prêt, en quelques semaines ou quelques mois, à offrir aux électeurs un système robuste et assurant une confiance absolue dans le résultat du vote ». Le vote par correspondance nécessite en effet une organisation impeccable, impliquant la Poste.

3. Un risque sanitaire :

Pour voter par recommandé, il faudra se rendre au bureau de poste…

4. L’unicité de la date de l’élection, nécessaire au décompte des voix : « les Français ont l’habitude que l’élection se tienne en une seule journée, ce qui n’est pas compatible avec le vote par correspondance ».

5. L’américanisation : « Je m’interroge d’ailleurs sur les volontés d’américaniser notre système institutionnel, comme s’il fallait toujours copier l’autre côté de l’Atlantique sans défendre les spécificités françaises… »

6. Le risque de fraude. Selon lui, les contestations du résultat seraient nombreuses, la suspicion serait forte. « Nous n’avons pas besoin de cela au moment où la légitimité des élus est attaquée de toute part ».

7. Le risque de pressions. C’est l’argument le plus fort de Darmanin contre le vote à distance, qui ne garantit pas selon lui le choix libre et secret des électeurs :

« Alors que nous savons le poids de la pression communautaire et de l’influence familiale ou sociale, j’ai la conviction que rétablir le vote par correspondance serait un grand recul de la démocratie. Seul l’isoloir, conquête indispensable de la démocratie républicaine, a permis de garantir que les électeurs soient des citoyens libres et égaux en droit, libres de tenir leur vote secret. Le vote, dernier espace d’intimité totale de notre société, moment où la citoyenne ou le citoyen n’a pas à rendre compte à sa femme, son mari, ses parents, ses enfants, son maire, son curé, son imam, ou son président d’association. Le vote, seul dans l’isoloir, moment de conquête absolue de son indépendance et qui garantit que c’est le plus librement possible, qu’une Nation choisit ses représentants ».

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Conclusion du ministre :

« Ce geste, né d’une magnifique conquête républicaine pour le libre arbitre, non traçable et parfaitement indépendant des pressions de toutes sortes, ne saurait être remis en cause sur l’autel du « pratique » pour faire « mode ». L’enjeu est trop important pour céder à cela. »

Le débat devra vite être tranché au sein de l’exécutif. Les polémiques infinies aux Etats-Unis concernant l’élection du 3 novembre apportent de l’eau au moulin des « anti ». Macron n’a pas encore pris position. Selon la source à l’Elysée du JDD, le président « n’a pas du tout l’intention de balayer [cette option] d’un revers de la main. », l’idée étant « de déboucher sur un consensus politique ». Sans l’aval du ministre de l’Intérieur (et sans celui du Premier ministre, Jean Castex, qui serait sceptique), ce consensus n’est pas là.

Un éventuel assouplissement des règles de vote, qui pourrait n’être que transitoire, pourrait être introduit dans le projet de loi prévoyant le report des élections régionales de mars à septembre. Ce report, comme on sait, a été préconisé par l’ancien président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, dans un rapport remis vendredi à Matignon.





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