la députée Martine Wonner (ex-LREM) « assume » sa participation au film complotiste



Elle « assume ». Contactée par « l’Obs », la députée Martine Wonner – élue en 2017 sous la bannière La République En Marche et qui, depuis son exclusion du groupe macroniste à l’Assemblée nationale, siège dans le groupe parlementaire Libertés et Territoires – le dit tout net : contrairement à Philippe Douste-Blazy qui a demandé à en être retiré, l’élue du Bas-Rhin ne regrette pas le moins du monde sa participation au documentaire « Hold Up ». Un film qui, depuis sa mise en ligne le 11 novembre dernier, n’en finit plus de susciter la polémique. Phénomène viral (rien que sur YouTube, la bande-annonce avait été vue ce vendredi près de 600 000 fois), « Hold Up », qui prétend raconter l’histoire secrète du COVID-19, aligne en près de trois heures affirmations approximatives et contre-vérités sur les effets du confinement, les masques, etc. Le tout sur fond de dénonciation d’une supposée manipulation mondiale.

« Le documentaire “Hold-up” rassemble toutes les stars du milieu complotiste »

« Hold Up » verserait dans le complotisme ? Oui, et alors, répond Martine Wonner. Pour cette psychiatre de formation, ardente défenseur de l’hydroxychloroquine prônée par le professeur Raoult et cofondatrice du collectif « Laissons les médecins prescrire », et par ailleurs convaincue de l’inefficacité du port du masque « ce documentaire, on peut en penser ce que l’on veut, mais il a le mérite d’exister. Chaque citoyen peut se faire son opinion et est libre de prendre une partie de ce documentaire et d’en rejeter une autre ». « Une chose est certaine, ajoute-t-elle, le bashing qui accompagne la sortie de ce film est assez significatif de la pensée unique qui règne aujourd’hui ».

Documentaire « délirant », addition de « fake news »… Plusieurs voix, notamment dans les rangs macronistes, ont fait part de leur indignation de voir leur ancienne collègue cautionner un film que la députée Coralie Dubost qualifie de « propagande complotiste à budget blockbuster ». Ancien secrétaire d’État au numérique, Mounir Mahjoubi, a ainsi demandé la démission de Martine Wonner de l’Assemblée nationale.

« Mais qui est donc Mounir Mahjoubi pour m’intimer l’ordre de démissionner ? », s’offusque l’intéressée. « Je fais partie des cinq membres fondateurs de Laissons les médecins prescrire, une association que nous avons créée en mars dernier, et c’est tout simplement à ce titre que le réalisateur du documentaire Pierre Barnérias m’a contactée cet été ». Martine Wonner déplore également la « censure » dont serait victime le film qui a disparu des plates-formes Dailymotion et Viméo, et est aujourd’hui hébergé sur odysee.com.

« Hold-up », le documentaire sur le Covid taxé de complotisme qui échauffe les réseaux sociaux

« Je vois avec ma casquette de psychiatre »

Depuis le printemps, Martine Wonner – qui s’était par le passé opposée à la loi Asile et Immigration et au CETA – fait entendre sa voix sur la gestion du Covid-19 par l’exécutif. Seule marcheuse ayant voté contre le plan de déconfinement proposé par Édouard Philippe (c’est ce qui lui a valu son exclusion du groupe LREM), l’élue de l’Est s’en prend régulièrement à Olivier Véran dans l’Hémicycle et critique vertement la politique « mortifère » du gouvernement. Et d’affirmer :

« Dès que l’on s’écarte de la stratégie gouvernementale, dès que l’on remet en cause la parole d’Olivier Véran, de Jean Castex ou du président de la République, on est immédiatement catégorisé complotiste ou conspirationniste. Je vais vous dire, je suis en train de me dire que ça devient un adjectif de qualité ! Douter, c’est fondamental. Le doute m’a toujours fait avancer ».

Sa position est « simple », prétend-elle. Elle réclame un « temps d’évaluation sanitaire, économique et sociale » : « Aujourd’hui, peut-être que la stratégie gouvernementale est la bonne. Après tout, pourquoi pas. Mais si j’ose la remettre en cause, c’est parce que je vois avec ma casquette de psychiatre l’explosion des suicides dans ma circonscription, je vois les entreprises, qu’elles soient petites, moyennes ou grandes, à deux doigts de mettre la clé sous la porte. Et je me questionne : après, tout est-ce la bonne stratégie ? ». Le 24 octobre, alors qu’elle l’interpellait une fois encore dans l’Hémicycle sur le sujet, le ministre de la Santé Olivier Véran lui répondait avec virulence :

« Quand vous me dites que je laisse mourir les gens en réanimation […], cela me met en colère. Car à travers moi, c’est l’ensemble de la communauté médicale que vous injuriez ».





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire