À voir sur Amazon Prime Video : Connectés / Embrouille confinée


Connectés

France : 2020
Titre original : –
Réalisation : Romuald Boulanger
Scénario : Romuald Boulanger
Acteurs : Audrey Fleurot, Nadia Farès, Michaël Youn
Distributeur : Amazon Prime Video
Durée : 1h25
Genre : Comédie
Date de sortie : 12 novembre 2020

Un samedi soir pendant le confinement, un groupe de très bons amis se connecte en ligne pour partager un apéritif virtuel. Soudain, l’un d’entre eux est agressé et séquestré en direct par un inconnu sous les yeux de ses amis qui assistent à la scène, impuissants derrière leurs écrans. Ils ne vont pas tarder à découvrir que ce mystérieux inconnu connaît parfaitement tous leurs pires secrets, qu’il compte faire éclater au grand jour les uns après les autres…

Dérivé d’Unfriended

Autant évacuer d’entrée de jeu l’épineuse question qui sera, à coup sûr, au centre de tous les débats concernant Connectés. Impossible en effet de ne pas évoquer les similitudes en termes de dispositif technique entre le film français, disponible depuis le 12 novembre sur la plateforme Amazon Prime Video, et le film-concept américain Unfriended sorti en 2015.

En effet, Unfriended était un film d’horreur dérivé du found footage ne proposant qu’un seul angle de caméra durant tout le film, un plan fixe, l’intrigue se déroulant sous les yeux du spectateur via les multiples fenêtres et autres onglets d’un écran d’ordinateur. S’il était dès lors un peu difficile de parler de « mise en scène » ou d’une quelconque recherche dans la réalisation ou l’orchestration de la montée crescendo dans l’horreur, le fait est que cette histoire relayée que par l’utilisation de messageries instantanées et autres outils de l’ère Internet fonctionnait plutôt pas mal.

Le film a d’ailleurs remporté un tel succès à travers le monde qu’une suite – Unfriended : Dark web – a vu le jour en 2018. Le concept a également fait des petits chez les majors puisque Sony Pictures a également distribué en 2018 l’intéressant Searching – Portée disparue, qui développait une enquête sur une disparition sur le même concept.

Trolls, bashing et marketing

Si le français Romuald Boulanger n’est donc pas le premier à avoir « pompé » Unfriended avec Connectés, son film est d’ores et déjà la cible de tous les trolls du Net et des réseaux sociaux ayant une écœurante tendance à ériger le bashing en méthode marketing. Avant même que le film soit disponible sur la plateforme Amazon Prime Video, et maintenant que le Bad Buzz autour de Brutus vs César s’est un peu tassé, on savait pertinemment que Connectés serait le nouveau bouc-émissaire d’une poignée de rageux. De ces haineux qui aiment à enchainer les punchlines foireuses en ornant leurs timelines de « Grosse merde » en lettres clignotantes histoire de s’assurer le plus de buzz possible.

L’idée bien sûr n’est certainement pas de défendre Connectés à tout prix, ni même de lui trouver des qualités qu’il n’a pas afin d’aller à l’encontre de tous ceux qui pissent dans le sens du vent tout en tirant sur l’ambulance. Mais sur critique-film.fr, on part du principe que même un film de Kev Adams mérite d’être vu et apprécié à sa juste valeur, et que ni « comédie populaire » ni « nanar » ne sont à priori des gros mots.

#GrandConfinement

En réalité, s’il fallait vraiment remonter aux origines de Connectés, ce n’est probablement pas réellement Unfriended qui s’imposerait comme influence majeure, mais plutôt le programme court Au secours, bonjour ! créé par Christophe Duthuron et Philippe Lefebvre pour France 2 durant le #GrandConfinement 2020, et qui mettait en scène un « casting d’exception » composé de la fine fleur des humoristes et intermittents français. D’ailleurs, certains acteurs récurrents de cette série se retrouvent également au casting de Connectés.

Le film de Romuald Boulanger développe d’ailleurs une série de liens assez forts avec la télévision en général, non seulement au regard de son casting, composé de « bons clients » et de têtes connues des téléfilms, séries et émission de TV, mais aussi au regard la carrière du réalisateur, jusqu’ici essentiellement centrée sur la fiction télé (L’étrange Noël de Jeff Panacloc, Le grand restaurant 3).

Rendons néanmoins à César ce qui lui appartient : Connectés n’est certes pas le premier film à évoquer frontalement la période du #GrandConfinement ayant marqué de son empreinte l’année 2020 dans le monde entier (Borat 2 l’a en effet coiffé au poteau de quelques semaines), mais il est bel et bien le premier film français à installer son intrigue pendant cette période difficile. Et si on va par-là, on pourra également affirmer qu’il est le premier film français à utiliser le dispositif de narration statique et « assistée par ordinateur » créé en 2015 par Unfriended.

Comédie grinçante

Dans sa narration et malgré un petit recours aux codes du thriller qui le ferait volontiers loucher du côté de L’ultime souper (Stacy Title, 1995), Connectés suit le principe très théâtral de la réunion d’amis qui dégénère, déjà au centre de très nombreux films, de Peter’s friends ou de films français tels que Mes meilleurs copains, Cuisine et dépendances, Les meilleurs amis du monde, etc, etc. Mensonges, règlements de comptes et coups de putes se succèdent donc au fil d’une intrigue essentiellement basée sur le dialogue.

En effet, dispositif technique oblige, Connectés s’avère un film assez laid visuellement parlant, uniquement basé sur une poignée de décors rudimentaires, et parfois extrêmement artificiels. Cela saute encore plus aux yeux lorsque Romuald Boulanger essaie maladroitement de contourner son dispositif afin, par exemple, d’isoler deux personnages. Pour autant, le film étant très court, l’ensemble fonctionne plutôt, et ce même si l’identité du « corbeau » s’incrustant dans cette conversation entre amis pourra se révéler rapidement éventée.

Des acteurs qui en font des caisses…

Si l’humour de Connectés fonctionne à intervalles réguliers, le film n’en est pas moins assez bancal. Fonctionnant sur un dispositif assez « cheap » et développant une intrigue tenant réellement de la pièce de théâtre (les interventions de Nadia Farès en extérieur sont ratées et ne servent pas du tout le récit), Connectés fait de plus l’erreur de multiplier à l’écran les acteurs habitués à la scène ou aux téléfilms. Si ces derniers peuvent s’avérer excellents quand ils sont bien dirigés, la direction d’acteur ne semble clairement pas être le point fort de Romuald Boulanger, qui, sans doute à cause de son expérience à la télévision, tend à les laisser libres de faire ce qu’ils veulent.

Et malheureusement, pour certains d’entre eux, c’est la catastrophe. Comme à son habitude, Audrey Fleurot en fait beaucoup trop, roulant des yeux en toutes occasions et surjouant la moindre émotion. Claudia Tagbo semble également avoir beaucoup de difficultés à passer d’un registre à l’autre au fil des séquences, et manque de crédibilité. Mais les deux actrices mériteraient vraiment un oscar en comparaison avec le jeu outré de Pascal Demolon, qui en fait littéralement des caisses, cabotinant comme un Francis Huster sous acide. On sait qu’il peut être excellent (il faisait preuve de plus de retenue dans Brutus vs César), mais en l’occurrence, dans Connectés, il contribue réellement à tirer le film vers le bas.

Et d’autres assez justes

Heureusement, le film de Romuald Boulanger est sauvé par une poignée d’acteurs qui, malgré l’hystérie furieuse de leurs camarades de jeu, parviennent à maintenir un semblant de crédibilité à l’ensemble. Comme à son habitude, François-Xavier Demaison développe une vraie intelligence de jeu, et une véritable justesse, même dans les excès, et même quand il passe, en l’espace d’un éclair, d’une émotion à une autre. Dans un rôle assez ingrat, mais lui permettant tout de même de nous livrer un vrai show dont il a le secret, Michaël Youn est également excellent, et porte en grande partie sur ses épaules la réussite du film. Parfois à la limite du cabotinage (ou du je-m’en-foutisme ?), Stéphane De Groodt et Nadia Farès s’en sortent néanmoins aussi avec les honneurs – ils parviennent en effet globalement à garder suffisamment de tension dans leur jeu pour s’avérer convaincants, malgré un ou deux petits dérapages qui auraient sans doute nécessités quelques prises supplémentaires.

On passera plus rapidement sur les prestations de Vanessa Guide et Franck Dubosc, qui n’apparaissent que lors d’une ou deux séquences. Même chose pour Dorothée Pousséo, qui incarne la femme – délaissée – de Stéphane De Groodt dans le film, et qui n’apparaît que quelques secondes à l’écran. Pour autant, sa prestation risque fort d’être remarquée, dans le sens où si on connaît peu son visage, sa VOIX en revanche est très célèbre. Après avoir été la voix française de Mary-Kate et Ashley Olsen pendant de nombreuses années, elle est par la suite devenue la doubleuse officielle de Margot Robbie, et donc la voix d’Harley Quinn dans de nombreux films et séries. Très active dans le doublage depuis plus de 25 ans, à la fois pour le cinéma, les séries ou l’animation, elle est probablement l’une des voix les plus connues de France.

Semi-ratage, semi-réussite, Connectés n’est sans doute pas la vitrine idéale pour Amazon Prime Video. Pour autant, et pour peu que l’on ne soit pas trop regardant sur les diverses incohérences du scénario et autres contournements du dispositif de départ, on peut tout de même passer un moment pas forcément déplaisant. et si en plus vous êtes sensible à la qualité du jeu d’acteur de François-Xavier Demaison et/ou de Michaël Youn, il y a de fortes chances pour que le film de Romuald Boulanger vous permette même de passer un bon petit moment… Un jour de confinement, par exemple.



Critique film

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