La bataille autour de Comexposium est lancée



La bataille rangée entre actionnaires et créanciers a commencé autour de Comexposium, qui organise notamment le salon de l’agriculture et le salon de l’étudiant.  Selon nos informations, les fonds KKR, Hayfin, Strategic value partners (SVP) et Attestor, qui détiennent les deux tiers des 600 millions d’euros de dette accumulés par Comexposium, ont mobilisé la banque Lazard pour sortir la société d’évènementiel de la procédure de sauvegarde où elle est placée.

Le 22 septembre, les deux actionnaires de Comexposium, l’assureur Predica (Crédit agricole) et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, avaient en effet estimé avec le management de l’entreprise, que la mise sous cocon était inévitable, du fait des annulations en cascade de salons du monde entier. « J’ai de l’argent pour tenir, assurait alors Renaud Hamaide, président de Comexposium dans Les Echos. Mais il doit servir pour l’entreprise en évitant que les près de 600 millions d’euros de dettes contractées auprès d’une quarantaine de banques ne deviennent exigibles ». Dur à entendre pour les créanciers. La plupart d’entre eux se sont d’ailleurs empressés de céder, avec une lourde décote, leurs titres aux fonds anglo-saxons KKR et Hayfin (qui étaient déjà présents auprès de Comexposium depuis dix ans) mais aussi à SVP et Attestor.

175 millions d’euros sur la table

Ces derniers veulent donc tout mettre en œuvre pour récupérer leurs mises, alors que les versements d’intérêt sont gelés par la procédure de sauvegarde. Ils veulent notamment éviter qu’à l’issue de la période d’observation, les échéances de dettes soient étalées durant toute la décennie. Du coup, les créanciers jugent que l’attentisme est la pire des solutions. Ils se disent prêts à mettre 175 millions d’euros d’argent frais sur la table pour relancer Comexposium. Cette somme servirait notamment pour que le groupe, qui revendique la troisième place mondiale du secteur, fasse ses courses parmi ses concurrents affaiblis et reparte de plus belle à l’issue de la crise Covid-19. Comexposium, qui était détenu jusqu’en 2019 par le fonds de private equity britannique Charterhouse, a en effet grossi ces dernières années en démultipliant les acquisitions. Il a toutefois loupé sa dernière cible, Europa group, spécialisée dans l’organisation de conférences scientifiques et médicales : lancée au début de l’année, l’opération a été stoppée net par la pandémie.

Conseillés par la banque de Jean-Marie Messier, la direction et les actionnaires de Comexposium balayent d’un revers de la main la proposition de relance formulée par les créanciers, et qui leur a été remise en main. « En réalité, ce que souhaitent ces derniers, derrière leurs manifestations agressives, c’est mettre la main sur le groupe a peu de frais, estime un proche du dossier. Or, ils se trompent : ils ne sont pas actionnaires ; et la société n’est pas à vendre. » Les créanciers pourraient tenter en effet de transformer une partie de la dette qu’ils détiennent en capital, afin d’entrer au tour de table de Comexposium.

Feuilleton à rebondissements

Pour traverser la période difficile qui s’annonce, Predica et la CCI de Paris jurent en outre qu’ils vont soutenir l’entreprise et qu’ils s’apprêtent à sortir le chéquier pour en assurer la continuité opérationnelle. La liquidation ne serait pas au bout de la procédure de sauvegarde, assurent-ils – alors que leur investissement est frais de deux ans tout juste. Cette volonté de persévérer est affirmée, même si la CCI de Paris, qui n’a pas des poches sans fond, doit déjà gérer les murs de salles de conférences vidées par la pandémie, à l’image de ses locaux de la Porte de Champerret. Quant à Predica, filiale du Crédit agricole, elle n’avait guère été soutenue par sa maison mère lors de sa première tentative sur Comexposium, en 2016.

Autant d’éléments d’incertitudes que les fonds anglo-saxons ne manqueront pas d’exploiter dans les prochains mois. Pour faire rebondir un feuilleton au scénario prometteur.



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