Pérou: l’ex-président critique le nouveau pouvoir, appelle à des manifestations « pacifiques »


Trois jours après avoir été destitué, l’ex-président péruvien Martin Vizcarra a mis en cause une nouvelle fois jeudi la légitimité du nouveau pouvoir, tandis que de nouvelles manifestations de soutien sont attendues à Lima.

« La légalité est en question et la légitimité, que donne le peuple, nous la voyons dans la rue » avec les manifestations contre le nouveau président Manuel Merino, a déclaré M. Vizcarra devant le bureau du procureur où il devait être entendu dans l’affaire de corruption présumée qui lui a valu sa destitution.

Moins de deux mois après une première tentative, le Parlement péruvien a voté lundi la destitution du populaire chef de l’Etat, pour « incapacité morale, sur fond d’accusation de pots-de-vins présumés qu’il aurait reçus en tant que gouverneur en 2014.

« Même l’Organisation des Etats américains (OEA) a demandé que le Tribunal constitutionnel se prononce » sur la légalité de la procédure de destitution, a indiqué l’ancien chef de l’Etat.

El expresidente peruano, Martín Vizcarra, en Lima el 9 de noviembre de 2020 (Peruvian Presidency/AFP – Juan Pablo AZABACHE)

Le président péruvien par intérim, l’opposant Manuel Merino, jusque-là à la tête du Parlement, a appelé jeudi au calme. « Nous n’allons pas mettre en place un changement brutal », a-t-il assuré, après avoir installé son gouvernement, à majorité conservatrice.

Lors de sa prise de fonctions mardi, il avait assuré qu’il respecterait le calendrier des prochaines élections générales prévues le 11 avril 2021 et quitterait le pouvoir le 28 juillet 2021, le jour où le mandat de M. Vizcarra devait prendre fin.

– « Pacifiquement » –

Martin Vizcarra, qui jouit d’une cote de popularité record, a également défendu le droit de ses partisans de manifester pacifiquement, alors que sa destitution a donné lieu depuis mardi à plusieurs rassemblements à Lima et dans d’autres villes du pays.

Mercredi, environ 5.000 personnes ont protesté dans le centre de la capitale, tandis que des concerts de casseroles, les fameux « cacerolazos » utilisés en Amérique latine pour manifester sa colère, se faisaient entendre dans plusieurs quartiers.

La veille, près du Parlement, quelque 600 policiers avaient dispersé avec du gaz lacrymogène des groupes de manifestants hostiles à la procédure de destitution, approuvée par 105 parlementaires sur 130.

De nouveaux rassemblements sont prévus dans la capitale et le reste du pays.

« Nous devons lancer un appel à la population pour qu’elle s’exprime pacifiquement (…) les manifestations doivent être autorisées », a insisté M. Vizcarra. « Nous lançons aussi un appel à la police nationale pour qu’elle respecte les manifestants ».

Des policiers anti-émeute à Lima le 10 novembre 2020 (AFP - ERNESTO BENAVIDES)

Des policiers anti-émeute à Lima le 10 novembre 2020 (AFP – ERNESTO BENAVIDES)

Le bureau Amérique du sud du Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme a demandé aux autorités de garantir le droits des Péruviens à manifester, indiquant avoir reçu des « informations inquiétantes » sur le comportement de la police lors des manifestations.

« La police a l’obligation de respecter à tout moment les normes internationales sur l’usage de la force », a déclaré son représentant, Jan Jarab.

La Commission intéraméricaine des droits de l’homme (CIDH) a exprimé jeudi sur Twitter sa « préoccupation face à l’utilisation excessive de la force ».

Martin Vizcarra était attendu jeudi au bureau du procureur pour être entendu dans le cadre de l’enquête sur de présumés pots-de-vin s’élevant à environ 600.000 dollars qu’il aurait reçus en 2014 en échange de contrats de travaux publics lorsqu’il était gouverneur de la région de Moquegua (sud).

C’est sur la base de ces accusations qu’a été votée sa destitution. Devant le Parlement, M. Vizcarra a nié « catégoriquement » avoir reçu de tels pots-de-vin.

Soutenu par la population pour sa croisade anti-corruption, M. Vizcarra s’était retrouvé à la tête du pays après la démission en 2018 de son prédécesseur, Pedro Pablo Kuczynski, dont il était le vice-président.



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