Test Blu-ray : Le lion et le vent


États-Unis : 1975
Titre original : The wind and the lion
Réalisation : John Milius
Scénario : John Milius
Acteurs : Sean Connery, Candice Bergen, Brian Keith
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h59
Genre : Aventures
Date de sortie cinéma : 17 décembre 1975
Date de sortie DVD/BR : 11 novembre 2020

Maroc, 1904. Un conflit oppose la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Le chef Berbère El-Raisuli, « Le Magnifique », enlève Eden Perdicaris, une jeune américaine et ses deux enfants. Par cet enlèvement, il veut provoquer un incident diplomatique et s’opposer au sultan Abdelaziz, compromis avec les puissances occidentales…

Le film

[4,5/5]

Un cinéaste légendaire

Parmi les cinéastes issus du bouillonnement créatif ayant émergé avec la naissance du Nouvel Hollywood dans les années 1970, John Milius est probablement l’un des plus singuliers et intéressants. Malheureusement, il s’avère également aujourd’hui l’un des moins (re)connus parmi ces derniers. Personnage complexe, surfeur, fasciné par la guerre et les armes à feu, à la fois « défenseur des valeurs traditionnelles et romantique révolutionnaire », admirateur de figures conquérantes, impérialistes et révolutionnaires, il se définit lui-même comme un « anarchiste zen », et est devenu, au fil des années, une figure légendaire du cinéma américain. Se concentrant aujourd’hui sur de rares projets en tant que scénaristes (notamment pour le jeu vidéo Homefront développé par THQ), il n’a plus tourné pour le cinéma depuis le début des années 90.

La faute à une personnalité complexe, très attachée au conflit et à la contradiction, et au refus obstiné de sa part à faire le moindre compromis vis-à-vis des studios. Ainsi, et contrairement à plusieurs de ses contemporains ayant su trouver la souplesse nécessaire afin de continuer à faire des films, sa carrière semble aujourd’hui au point mort. Grâces soient donc rendues à Rimini Éditions, qui sort aujourd’hui le nom de John Milius de l’oubli en nous permettant de redécouvrir en Blu-ray son deuxième effort en tant que réalisateur, Le lion et le vent (1975). Triste coïncidence, la sortie du film en France a précédé de quelques jours la mort de son interprète principal Sean Connery.

Épopée revisitée

Si Le lion et le vent est sans le moindre doute moins connu que Conan le barbare (1982) et L’aube rouge (1984), il n’en demeure pas moins l’un des films qui capturent le mieux le tempérament unique de John Milius. Alors que ses camarades cinéastes de l’époque tentaient de révolutionner le cinéma de studios de l’intérieur avec des films tels que Les dents de la mer ou Apocalypse now (au scénario desquels il a d’ailleurs contribué), John Milius et son légendaire esprit de contradiction ont quant à eux décidé de tenter de recréer à l’écran une épopée exotique qui évoquera bien sûr David Lean (Lawrence d’Arabie, 1962), mais également les grands classiques du cinéma « colonial » anglais de la fin des années 30, réalisés par Zoltan Korda.

Mais l’influence des aînés ne se retrouvera finalement qu’au niveau purement formel, dans le sens où la façon dont Milius amène le récit au spectateur est quant à elle complètement opposée au cinéma de David Lean. Le lion et le vent tend en effet par moments vers la satire, voire même vers le nihilisme pur et dur. Le film développe ainsi une image de la masculinité tellement forte et décomplexée qu’on en viendrait à ressentir une certaine légèreté vis-à-vis de questions sérieuses (la guerre, le recours à la violence), ou dans la façon pour le moins leste avec laquelle le film dépeint le caractère du président américain Theodore Roosevelt.

« Mrs. Pedecaris, you’re a lot of trouble »

On retrouvera également cette tendance à l’excès dans la fascination dont fait preuve Le lion et le vent pour de la figure du « leader », présenté en être viril et finalement irrésistible. Il est vrai que Sean Connery impose une classe absolument folle dans le rôle de Raisuli, mais la façon dont John Milius fait évoluer la relation presque romantique qu’il entretient avec son otage Eden Pedecaris (Candice Bergen). De la même façon que ses deux enfants, Mrs. Pedecaris semble littéralement fascinée par Raizuli et malgré la violence de ses actes (qui tiennent pourtant souvent de la barbarie), finit par reconnaître en lui un homme de principes, avec un code d’honneur et une cause légitime. Respect ou amour ? Raisuli lui-même semblera admirer le refus obstiné de cette femme de se soumettre à la captivité. Si l’on se refuse à réellement parler ici de « romance » entre les deux personnages, John Milius n’en multiplie pas moins les panoramas et les décors les plus somptueux au fil de leurs interactions, ce qui pourrait éventuellement prêter à confusion.

Si loin, si proches

Bien évidemment, John Milius présente les deux personnalités fortes du film, à savoir Raisuli (Sean Connery) et Roosevelt (Brian Keith), comme les deux faces d’une seule et même pièce. Ils s’affrontent sans jamais se rencontrer, et de leur confrontation résultera le sort d’un pays tout entier (le Maroc en l’occurrence). Bien qu’ils soient ennemis, ils ont beaucoup en commun, comme l’explique d’ailleurs le personnage de Roosevelt à sa fille à un moment du film. Tous deux sont convaincus de la nature « historique » de leur rôle et de leur mission ; tous deux souffrent également d’une profonde solitude, comme le montre la toute dernière scène du film, qui voit Roosevelt lire le message de Raisuli seul, avec « son ours ».

Fidèle à une certaine forme de réalité historique, Le lion et le vent se termine tout de même sur l’invasion de Tanger par les troupes américaines, ce qui entraînera évidemment les négociations avec Raisuli. Si le parallèle avec la guerre du Vietnam s’impose presque comme une évidence, le propos de Milius est ici un peu trouble, dans le sens ou les américains agissent de manière illégale, ce qui sera fréquemment rappelé à Roosevelt par son secrétaire d’État John Hay, incarné à l’écran par John Huston.

Le Blu-ray

[5/5]

Les amoureux du cinéma de John Milius ne pourront que se réjouir de l’arrivée en Blu-ray de ce beau morceau de cinéma qu’est Le lion et le vent, disponible dès aujourd’hui sous les couleurs de Rimini Éditions. Cette sortie s’impose d’autant plus comme un événement qu’elle est ici présentée sous la forme d’un superbe Mediabook Blu-ray + DVD + Livret de 116 pages. Cette belle édition prouve une nouvelle fois que l’éditeur français est bel et bien un des acteurs majeurs de l’édition vidéo en France. De plus, il s’agit là d’un signe manifeste que Rimini Éditions est plus que jamais déterminé à fournir au consommateur des éditions « Collector » qui soient non seulement irréprochables d’un point de vue technique, mais qui s’imposent également comme de « beaux objets » de collection.

Un conseil donc : investissez de toute urgence dans cet époustouflant Blu-ray. Côté master, le rendu Haute-Définition est remarquable : le film retrouve ses couleurs, sa précision, et affiche une stabilité de tous les instants. Les contrastes et le niveau de détails sont sensiblement renforcés, le grain cinéma est respecté, même si la définition vacille parfois un peu sur les séquences sombres ou juste avant les plans à effets (fondus…). En deux mots comme en cent, c’est un vrai plaisir de (re)découvrir Le lion et le vent dans des conditions optimales.

En ce qui concerne le son, nous avons évidemment le choix entre la VO et la VF, toutes deux proposées en DTS-HD Master Audio 2.0 : le doublage français que nous connaissons est évidemment respecté, même si les dialogues prennent souvent le pas sur les ambiances annexes. La version originale propose en revanche une restitution des ambiances, de la musique et les dialogues beaucoup plus fine. Les sous-titres ne posent pas de problème particulier.

Dans la section suppléments, on trouvera tout d’abord un commentaire audio consacré à la musique de Jerry Goldsmith (VOST), réalisé par Yavar Moradi, Clark Douglas, Jens Dietrich et W. David Lichty, les quatre animateurs du podcast The Goldsmith Odyssey. L’originalité de ce commentaire audio est qu’il n’est pas illustré par la bande sonore du film, mais uniquement par les partitions musicales du film que les quatre fans de Goldsmith ont récupérées dans leurs archives. On continuera ensuite avec un entretien avec Samuel Blumenfeld (43 minutes), journaliste au Monde, qui reviendra non seulement sur le film mais aussi et surtout sur la personnalité hors-normes de John Milius. Passionnant et tout à fait pertinent ! On terminera le tour des suppléments avec le passionnant livret de 116 pages intégré au boitier, signé, une fois n’est pas coutume, non par par Marc Toullec mais par Stéphane Chevalier et Christophe Chavdia. Richement illustré, ce passionnant ouvrage préfacé de la main de John Milius lui-même s’avère finalement un des rares ouvrages consacré par des français au réalisateur de Conan le barbare.



Critique film

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