Cinq choses à savoir sur Maurice Genevoix, qui entre aujourd’hui au Panthéon



L’écrivain Maurice Genevoix (1890-1980), qui a immortalisé la mémoire des Poilus dans son récit Ceux de 14, entre au Panthéon, mercredi 11 novembre, cent ans après l’inhumation du soldat inconnu. Qui était Maurice Genevoix ? Prix Goncourt pour son roman Raboliot (1925) et secrétaire perpétuel de l’Académie française pendant plus de quinze ans (de 1958 à 1973), ce survivant a occupé une place de premier plan dans la vie littéraire française du XXe siècle, célébrant « l’invincible espérance des hommes ».

1Maurice Genevoix a été irrémédiablement marqué par la guerre de 14

En août 1914, à la mobilisation générale, élève à l’Ecole normale supérieure, Maurice Genevoix est incorporé comme sous-lieutenant au 106e régiment d’infanterie. Il participe à la bataille de la Marne et à la marche sur Verdun. Promu lieutenant, il vit le quotidien du fantassin : la boue, le sang, les orages d’acier, toute cette « farce démente ». Le 25 avril 1915, devenu commandant, il est grièvement blessé sur la côte des Eparges, un village de la Meuse surmonté d’une colline stratégique qui va engloutir 12 000 hommes en quatre mois. Maurice Genevoix, blessé au bras et au flanc gauche, doit la vie au courage de ses camarades qui le portent à bout de bras jusqu’à un poste de secours.

Invalide à 70%, privé de l’usage de sa main gauche, il est réformé. Son corps n’oubliera jamais la ligne de feu meusienne et ses nuits, témoignera sa seconde femme Suzanne, en resteront hantées.

2Sa vocation littéraire est née dans les tranchées

C’est pendant son hospitalisation, qui va durer sept mois, que le jeune homme de 24 ans commence à écrire, à partir de notes et de dessins, car il dessinait aussi très bien, consignées au front. Soucieux de témoigner des horreurs que lui et ses camarades ont vécues dans les tranchées, il devient la voix de la Grande Guerre. En 1916, il publie Sous Verdun, un récit dont le réalisme lui vaut d’être largement censuré. Suivront Nuits de guerre (1917), Au seuil des guitounes (1918), La boue (1921) et Les Eparges (1923) réunis sous le titre Ceux de 14 en 1949. « Ce que nous avons fait, c’est plus qu’on ne pouvait demander à des hommes, et nous l’avons fait », écrit-il dans ce témoignage.

C’est grâce à sa grand-mère, qui lui lisait ses livres quand il était enfant, qu’Emmanuel Macron a découvert Maurice Genevoix. La « plume de la guerre 14-18 » entrera au Panthéon à l’initiative du président de la République, et à la demande des descendants de l’écrivain, mercredi. Pour la président de la République, « ce sont tous ceux de 14 qui franchiront le seuil avec leur porte-voix que fut Maurice Genevoix » Le manuscrit autographe de Ceux de 14, dont la famille de Maurice Genevoix a fait don à la Bibliothèque nationale de France, sera exceptionnellement exposé près du cercueil de Maurice Genevoix lors de la cérémonie d’hommage au Panthéon.

France 3

3Maurice Genevoix a peint le Val de Loire, pays de son enfance

Né le 29 novembre 1890 à Decize (Nièvre), « petite ville en Loire assise », c’est au Val de Loire que Maurice Genevoix appartient. « Je tiens plus que jamais comme un grand privilège d’avoir passé toute mon enfance dans une petite ville française d’avant 1914 », expliquait-il faisant allusion à Châteauneuf-sur-Loire où il grandit. Puis c’est à Orléans qu’il suit son secondaire en brillant élève, déjà avide de s’exprimer. Il y perd sa mère à 12 ans. Après la guerre, il retourne « avec ivresse » à Châteauneuf et y célèbre dans son premier roman, Rémi des Rauches (1922), la Loire, « miroir des clairs de lune et des nuits pleines d’étoiles ». Il écrira des dizaines d’hymnes aux habitants de la Sologne, aux bêtes de la forêt, aux eaux du fleuve et des étangs : Raboliot, La boîte à pêche (1926), Rroû (1931), La forêt perdue (1968).

4Ecrivain animalier, il est considéré comme le « premier de nos écologistes »

Auteur d’une série de bestiaires de 1968 à 1971, le flâneur de Loire, qui s’est installé entre-temps dans le hameau de la Vernelle, est également un excellent écrivain animalier. Il publie notamment en 1969 Tendre bestiaire, dans lequel il rend hommage à « tant de créatures croisées dans sa vie ».

« Un cerf qui tombe, que le piqueux emperche sur ses bois, sa noble tête à la renverse, ses yeux ouverts sur le néant bleuâtre, sa langue exsangue qui pend sur l’herbe, c’est vous-même qu’ils prennent à témoin, vous qui, regardant cela, avez encore des yeux pour voir. Tout ce qui meurt en cet instant, c’est beaucoup plus que cette bête massacrée. La tache de sang qu’elle laissera sur la mousse, elle a coulé, elle ne s’effacera plus. »

Maurice Genevois

Dans Tendre bestiaire

A sa mort, le 8 septembre 1980, le président Giscard d’Estaing salue « le premier de nos écologistes ».

5Académicien, Maurice Genevoix a défendu la langue française et le vocabulaire vernaculaire

Elu en 1946 à l’Académie française au fauteuil de Joseph de Pesquidoux, il en devient le secrétaire perpétuel en 1958. « Tu humanisais merveilleusement la fonction », regretta Joseph Kessel lorsque Maurice Genevoix, avide de liberté pour écrire, démissionna en 1973. On lui doit l’élection de Paul Morand, Julien Green, Montherlant. Membre assidu de la Commission du dictionnaire de la langue française, le pétillant conteur chasse les anglicismes de la littérature scientifique, participe à de nombreuses émissions télévisées et fait revivre tout un vocabulaire vernaculaire délaissé.





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