Bientôt la tech nous nourrira au nom de l’écologie



Publié le 11 novembre 2020

Pour la première fois, une usine de steak végétal « Made in France » a été ouverte dans l’Hexagone. Le patron de Free, Xavier Niel, fait partie des investisseurs. Cela a provoqué une levée de boucliers chez les agriculteurs qui dénoncent une « OPA sur la viande », venue des « milliardaires du numérique ». Au nom de l’écologie, la tech s’investit de plus en plus dans ce secteur, promettant un monde meilleur à travers des innovations comme la viande in vitro fabriquée en laboratoire.

La startup Les Nouveaux fermiers a annoncé l’ouverture de sa première usine made in France de substituts végétaux de viande. La chaîne de production, dont la localisation est tenue secrète, produit déjà six tonnes de steaks, aiguillettes ou encore nuggets 100 % végétaux par jour. L’objectif est d’atteindre un rythme de 10 tonnes de production. Une annonce très mal reçue par les fédérations d’agriculteurs. La Confédération paysanne a déposé une plainte et dénonce l’utilisation du terme « fermier » dont l’objectif est « de tromper les attentes sociétales et environnementales des consommateurs pour accaparer la valeur de la mention « fermier » et faire des profits sur notre dos », réagit-elle.

Le principal syndicat agricole, le FNSEA, se range à cet avis et accuse Xavier Niel, dont le fonds d’investissement est présent dans l’entreprise, de faire une « OPA sur la viande ». « Comment peut-on croire à l’honnêteté de certains « milliardaires du numérique », initiateurs du référendum d’initiative populaire (RIP) pour les animaux qui, se drapant publiquement de vertu pour la cause animale, cherchent en réalité à réaliser une OPA sur la viande ? », s’interroge la FNSEA. 

Les patrons du numérique à l’assaut

Les patrons du numérique sont de plus en plus nombreux à prendre part à ce marché. Au-delà Des Nouveaux fermiers, Xavier Niel a également investi dans 77 Foods, spécialisé dans le faux Bacon ou encore Motif Ingredients. Le créateur de Microsoft, Bill Gates, s’est aussi laissé séduire par Beyond Meat, le géant de la viande végétale qui a déjà persuadé Burger King et KFC de tester ses faux nuggets. L’avenir paraît radieux pour cette branche : selon une étude du cabinet de conseil américain AT Kearney, d’ici 2040, 60 % de la viande que nous mangerons ne sera plus issue d’animaux. 

Certains prédisent aussi l’essor de la viande in vitro, fabriqué en laboratoire. Ce secteur est certes embryonnaire mais il séduit de plus en plus d’investisseurs. Il est loin le temps où le professeur hollandais Mark Post présentait le premier steak in vitro de l’histoire en 2013 pour un coût démentiel de 285 000 euros les 142 grammes. Aujourd’hui, les startups se multiplient dans ce domaine, présentant leurs produits comme des alternatives écologiques et respectant le bien-être animal alors que l’élevage est de plus en plus pointé du doigt pour son impact environnemental.

La fin de l’agriculture ? 

Une évolution qui déplace complétement l’agriculture dans la chaîne de valeur. « Dans cette alimentation totalement technologisée, l’agriculture n’a pas sa place », lance l’enseignant en écologie et agronomie Samuel Rebulard lors d’une conférence. Les steaks végétaux utilisent des produits comme des pois chiches, du soja, du quinoa mais « l’agriculture n’est qu’un fournisseur de matières premières, et donc la rupture du lien entre consommateur et le producteur est beaucoup plus forte dans ce cas-là », explique Samuel Rebulard.

Face aux dérives de l’agriculture industrialisée et hyper productiviste, certains pourraient préférer se couper totalement des champs plutôt que valoriser une agriculture paysanne, à taille humaine. Pour le journaliste et expert Gilles Luneau, ces nouveaux concepts, issus d’une alliance entre végans et géants de la tech, ne sont qu’une dérive de plus. « Aux végans la dénonciation, aux industriels la solution, à la poubelle les paysans et les métiers de bouche. Un rêve pour tous les géants de l’agroalimentaire qui veulent leur part des 1 400 milliards de dollars du marché mondial des viandes », écrit-il dans une tribune au Monde.

Marina Fabre, @fabre_marina





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