Pacte vert : comment la Commission veut rendre l’énergie européenne plus propre ?


Question-Réponse


10.11.2020

Noémie Galland-Beaune

Chantier majeur du Pacte vert, la réforme du système énergétique européen constitue l’un des défis essentiels que la Commission européenne doit relever pour parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050, un objectif annoncé par la présidente Ursula von der Leyen. Sa stratégie, présentée en juillet 2020, repose sur trois piliers : l’intégration énergétique, soit une meilleure utilisation des différentes sources d’énergies existantes, l’électrification massive dans les secteurs susceptibles de réaliser cette transition, et le recours à d’autres énergies propres telles que l’hydrogène vert dans les autres.

La réforme du système énergétique doit passer par une augmentation significative de la part des énergies renouvelables en Europe – Crédits : zhongguo / iStock

CE QUE VOUS ALLEZ APPRENDRE DANS CET ARTICLE

– Dans le cadre du Pacte vert européen, la Commission européenne a décidé de réformer son système énergétique, secteur qui produit 75% des émissions de gaz à effet de serre d’Europe.

– La réforme du système énergétique défendue par la Commission  entend développer une production d’énergie plus verte et circulaire, qui gaspille et pollue moins.

– Fer de lance de cette politique, le recours à l’hydrogène vert et au biogaz apparait comme une solution incontournable pour décarboner l’énergie. 

Dans le cadre du Pacte vert, la Commission européenne a développé une feuille de route environnementale axée sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre afin de rendre l’Europe neutre en carbone d’ici 2050. Le secteur de l’énergie représente plus de 75% de ces émissions dans l’Union européenne, et constitue donc un défi incontournable. Ce constat a poussé la Commission à proposer une réforme du système énergétique européen, afin de le rendre plus propre. Comment celle-ci a-t-elle été pensée ? Toute l’Europe fait le point.

Les dates clés du Pacte vert

Quels sont les objectifs de la stratégie de l’énergie ?

En publiant sa stratégie pour l’intégration de l’énergie et l’hydrogène le 8 juillet 2020, la Commission vise à rendre le système énergétique plus propre. Actuellement, il repose encore en grande partie sur des énergies fossiles. En 2018, seulement 18% de l’énergie provenait de sources renouvelables selon Eurostat. L’Union européenne ambitionne de passer à 55% ou 60% d’énergies renouvelables d’ici 2030 et à 84% d’ici 2050.

Les énergies renouvelables dans l’Union européenne

Si l’augmentation de la part des énergies renouvelables garantit une consommation plus propre, la Commission européenne veut également instaurer un système plus efficace. Or, actuellement, la production d’énergie est elle-même énergivore. En clair, la production et l’acheminement de l’énergie peuvent être optimisés. Eurostat estime qu’un tiers de l’énergie disponible dans l’Union européenne en 2018 était utilisé à cet effet et n’est donc pas consommé par les utilisateurs finaux (citoyens, industries, réseaux de transports…).

La réforme du système de l’énergie entend également à mettre en place un système énergétique moins carboné. Afin d’atteindre son objectif de neutralité carbone, la Commission vise à privilégier des énergies plus propres, comme l’électricité lorsque c’est possible. Dans des secteurs comme l’industrie lourde, où les énergies propres sont plus difficiles à utiliser, l’hydrogène vert apparait comme une solution pour réduire les émissions de ces secteurs.

Hydrogène vert

L’hydrogène vert constitue actuellement moins de 2% de la consommation d’énergie en Europe, mais est considéré comme une solution idéale pour décarboner l’énergie, notamment dans les secteurs comme les transports (maritime, fret, etc.) et l’industrie lourde (l’acier, l’industrie chimique et le raffinage). Contrairement à l’hydrogène classique produit à partir d’hydrocarbure, de gaz ou de charbon, l’hydrogène vert a l’avantage d’être une énergie propre, car elle ne rejette pas de gaz à effet de serre, mais seulement de la vapeur d’eau. Il présente également d’autres avantages comme le fait de pouvoir être stocké et transporté plus facilement.

La Commission européenne a donc mis en place une stratégie pour l’hydrogène pour contribuer à faire grandir la part d’énergies vertes dans son mix énergétique. D’ici 2024, les Etats membres doivent travailler à la décarbonation de leur production d’hydrogène et augmenter leurs capacités de production d’ici à 2030.

L’exécutif européen s’engage également en ce sens sur le plan financier, puisqu’il a incité les Etats membres à investir dans l’hydrogène vert à travers les fonds alloués dans le cadre du plan de relance baptisé Next Generation EU. La France a par exemple annoncé qu’elle consacrerait 2 milliards d’euros de son plan de relance pour développer la filière de l’hydrogène vert.

Enfin, cette stratégie énergétique est également pensée en termes de croissance économique. La Commission européenne affirme que la transition énergétique permettrait de stimuler l’innovation et de créer de nouveaux emplois. Elle estime ainsi que près d’un million d’emplois pourraient être créés d’ici 2030 dans le cadre de cette relance verte. L’enjeu économique est donc pleinement considéré, comme en témoigne l’enveloppe allouée, dans le cadre du Fonds de transition juste, à la reconversion professionnelle des travailleurs dont les emplois seraient menacés par ces changements structurels.

 Le Pacte vert, au coeur de l’action européenne

Quelles réformes la Commission européenne envisage-t-elle ?

Le système énergétique actuel fonctionne en « silos ». Chaque secteur d’activité, consommant de l’énergie, en dispose indépendamment des besoins et des ressources des autres. Par exemple, l’activité industrielle, qui consomme 32% de l’énergie en Europe, et qui recourt notamment au gaz pour produire son électricité et sa chaleur, s’accompagne d’une déperdition naturelle. Celle-ci pourrait être maîtrisée et réutilisée pour chauffer les logements situés à proximité des usines. Une logique pas encore assez appliquée, au goût de la Commission européenne, qui ambitionne donc de réformer ce système trop compartimenté pour optimiser l’utilisation de l’énergie produite.

« Le secteur de l’énergie, dans lequel les investissements s’étalent sur 20 ou 30 ans, est au tournant de son histoire »

Pour ce faire, elle souhaite rendre le système énergétique plus intégré. L’objectif : rendre ce dernier plus circulaire et ne plus concevoir indépendamment la production, la transformation et les secteurs de consommations de cette énergie (l’électricité, gaz, bâtiments, industrie, mobilité), mais au contraire « comme un tout », afin de réduire les gaspillages. « Par exemple, dans ce système, l’électricité alimentant les voitures en Europe pourrait provenir des panneaux solaires se trouvant sur nos toits, tandis que nos bâtiments pourraient être chauffés en utilisant la chaleur produite par une usine voisine, laquelle pourrait être approvisionnée en hydrogène propre produit à partir d’énergie éolienne en mer », indique la Commission européenne. L’exécutif européen entend également allouer de nouvelles aides aux agriculteurs pour les inciter à transformer leurs déchets organiques en sources d’énergie comme le biogaz.

La stratégie de la Commission européenne défend également le principe de « la primauté de l’efficience énergétique », qui consiste à privilégier dès que possible l’énergie la moins carbonée ou à améliorer le rendement énergétique par d’autres moyens, comme l’isolation des bâtiments. Dès 2007, les dirigeants de l’Union s’étaient d’ailleurs donnés pour objectif de réduire la consommation annuelle d’énergie de l’Union de 20% d’ici 2020, notamment par la rénovation annuelle de 3% des bâtiments de leurs pays respectifs. La Commission européenne prévoit d’intensifier ce dispositif et d’entamer une nouvelle « vague de rénovation«  des bâtiments dès 2021, dont la consommation représente près de 40% de l’énergie européenne. Il s’agit également d’inciter à choisir des technologies qui consomment moins d’énergie, comme par exemple privilégier un véhicule électrique à une machine à combustion plus énergivore.

Les bâtiments sont les plus gros consommateurs d’énergie dans l’Union européenne avec près de 40% de l’énergie consommée. Ce pourcentage regroupe le secteur résidentiel (environ 25%) et les services (environ 14%). Le reste de l’énergie est consommé par le transport (plus de 30%), l’industrie (environ 25%) et enfin l’agriculture (environ 3%).

Corollaire de l’efficience énergétique, le deuxième axe de la stratégie de la Commission européenne repose sur l’électrification du système. L’électricité apparaît comme une solution propre pour améliorer le bilan carbone. En effet, elle peut être produite sans émettre de gaz à effet serre et peut remplacer les combustibles fossiles dans la plupart des cas. Enfin, lorsque l’électrification n’est pas possible, la Commission européenne promeut d’autres combustibles plus propres, tel que l’hydrogène vert ou les biogaz.

Pourquoi privilégier l’électrification ?

La Commission entend privilégier l’électricité, qui s’avère être l’énergie secondaire (obtenue à l’aide d’une énergie primaire comme l’éolien) dont la production repose sur la part la plus élevée d’énergies renouvelables (30% actuellement). La stratégie européenne consiste à atteindre un ratio de 60% d’ici 2030, grâce notamment à des investissements financés par le plan de relance européen. La Commission veut par exemple mettre l’accent sur les investissements en faveur de nouvelles technologies dans ce domaine (batterie, stockage, etc.) grâce à des financements supplémentaires du programme Horizon Europe.

A terme, ces investissements devraient permettre de privilégier l’utilisation de l’électricité à celle d’une autre source partout où cela est possible. La Commission promet par exemple la mise en place d’un « réseau d’un million de points de recharge pour les véhicules électriques » afin de développer leur usage.

Que faire quand l’électrification est impossible ?

L’électrification n’est néanmoins pas possible partout. En l’état actuel des avancées technologiques, des secteurs comme l’industrie du ciment ou l’aviation ne peuvent fonctionner uniquement grâce à l’électricité. Dans ces cas précis, la Commission souhaite développer des solutions plus propres, comme par exemple les biocarburants dans le secteur de l’aviation. Ces derniers, provenant d’huiles végétales usagées et graisses animales ou de déchets agricoles et forestiers, pourraient remplacer en partie le kérosène. Une autre solution avancée et privilégiée à long terme est le développement de l’hydrogène vert.

Que fait l’Europe pour la transition énergétique ?



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