Mélenchon se lance pour 2022 : un départ forcé ?


On l’imagine déjà, trônant sous un chêne centenaire, distillant ses oracles à une gauche ébaubie, tétanisée par le syndrome de la défaite et de la désunion. Mélenchon le débonnaire, l’ex-ronchonneur, le râleur perpétuel, devenu, pour les besoins de sa cause, un cousin lointain de Gandhi, tout en empathie envers son prochain, jouant les pères tranquilles, grand rassembleur des forces dites progressistes. Sacré Jean-Luc, déjà parti pour le marathon de l’élection présidentielle. Dix-huit mois, pour une campagne électorale, cela correspond à un siècle, tant le temps politique se vit aujourd’hui à vitesse accélérée. Et pourtant, notre Grand Timonnier de la France des « braves gens », selon sa formule, part bille en tête, annonçant sa candidature d’une voix de velours, toute en douceur. Comme une évidence.

Aspirer les Verts, surveiller Montebourg, rassurer les laïques… Les 12 travaux du candidat Mélenchon pour 2022

Il aurait presque pu adjoindre un fond sonore de musique de méditation. Le nouveau Mélenchon sera donc un petit père des peuples, jouant l’onctuosité à tous les étages. Trotski sur une bande-son de spa ? Tiendra-t-il longtemps ce rôle de composition ? Quand le volcan entrera-t-il en éruption ? La réponse est assez simple : lorsque les sondages verront apparaître des candidatures plus rassembleuses que lui à gauche. On commence à les voir poindre dans les gazettes :

Anne Hidalgo, bien sûr, la maire de Paris, toujours socialiste, mais surtout une des rares politiques à séduire un électorat écologiste encore flottant. Dans la foulée, un groupe se détache : Yannick Jadot, otage de son parti, EELV ; Arnaud Montebourg l’ancien ministre frondeur, qui, pour adoucir sa réputation de mousquetaire tonitruant s’est lancé dans la fabrication de miel ; Benoît Hamon, qui bouge encore, arrimé sur son revenu universel ; Bernard Cazeneuve, et son auréole d’homme d’État solide dans la tourmente, et toujours en embuscade, attendant de meilleurs jours ; Ségolène Royal et François Hollande, multipliant les rendez-vous, dans l’ombre, à la recherche de soutiens potentiels, au cas où… Le fameux retour en grâce attendu par les perdants de 2017.EXCLUSIF. Benoît Hamon : « Le temps du revenu universel est venu »

Les ombres d’Autain et de Ruffin

Devant cette bousculade à venir, le patron de La France insoumise a trouvé le concept : il sera un « pôle de stabilité ». L’expression va courir les réseaux sociaux, sous la houlette de sa garde rapprochée. Elle sera martelée avec zèle et application, comme un mantra hypnotique. Pôle de stabilité. Pôle de stabilité… Aie confiance… Tel le serpent Kaa dans « le Livre de la jungle », tentant de subjuguer sa proie. L’homme au tout nouveau calme olympien, en recherche de zénitude. On se frotte les yeux. Son calcul est, au fond, assez simple : devenir le candidat unique de la gauche à la rentrée 2021. Désormais déclaré, tous ceux qui viendront contrecarrer son projet deviendront des diviseurs, des tueurs d’espérance, des frondeurs impardonnables, et porteront la responsabilité historique d’une victoire d’Emmanuel Macron ou de Marine Le Pen. La ficelle est un peu grosse ? Mais, comme on dit dans « les Bronzés », « sur un malentendu », tout est possible.

Certes, en pleine pandémie mondiale, en pleine guerre que nous livre le terrorisme islamiste, au beau milieu des manifestations de victoire du camp démocrate outre-Atlantique, on peut trouver le « moment Mélenchon » pour le moins incongru, pour ne pas dire inapproprié. Il révèle une forme d’impatience d’un vieux briscard qui sent bien qu’il doit agir vite avant que des forces nouvelles surgissent dans son propre parti et lui intiment le conseil de prendre une retraite bien méritée. D’où cette idée de chercher une légitimité, dite « populaire », par l’adoubement de 150 000 citoyens. Une goutte d’eau dans l’océan électoral, bien sûr. Mais un moyen imparable de faire la course en tête et de renvoyer les ambitions de deux prétendants virtuels à sa succession chez les « insoumis », Clémentine Autain et François Ruffin, au rayon des rêves impossibles. Notre nouveau Père Noël de la gauche en miettes a un immense défi à relever : faire croire à sa métamorphose. Et surtout, en imposant l’idée que sa candidature est actée, comme définitive, sans la moindre concertation avec toutes les autres forces politiques qui rêvent d’union, il se transforme immanquablement comme le meilleur diviseur de la gauche. Ralliez-vous à mon panache blanc ou sinon le déluge ? Coup de génie ou tactique suicidaire ?





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