Test DVD : Uniformes et jupon court


Lasse d’être ennuyé​e​ par les hommes, Susan, coiffeuse à domicile, décide de retourner chez sa mère dans l’Iowa. ​T​rop ​fauchée​​​​ pour s’offrir un billet de ​train​, ​​elle se déguise en fillette​ pour​​​ bénéficier du demi-tarif​. C’est ainsi habillé​e​ qu’elle va jeter le trouble chez le très digne commandant Kirby, instructeur d’un régiment de cadets et fiancé à la peu sympathique Pamela…

Le film

[3.5/5]

Originaire d’une petite localité de l’Iowa, Susan Applegate, une jeune femme de 24 ans, a voulu goûter à la vie new-yorkaise. Une expérience qui, très vite, ne lui convient pas : dans son travail de soins capillaires à domicile, les hommes ne la respectent pas, et, dans la rue comme dans les ascenseurs, trop de regards concupiscents sont portés sur elle. Tout compte fait, la vie à Stevenson lui convient mieux, même si cela passe par un mariage avec le morne Will Duffy. Toutefois, l’organisation du retour rencontre un obstacle : le prix du billet de train a augmenté depuis son arrivée et elle n’a pas assez d’argent pour le payer. Qu’importe : en se métamorphosant en fillette qui ne fêtera ses 12 ans que la semaine suivante, elle bénéficie d’un billet demi-tarif et … nous, spectateurs, pouvons entrer dans une comédie très loufoque se rapprochant souvent du théâtre de boulevard : des contrôleurs qui poursuivent Susan dans le train, laquelle se réfugie dans un compartiment-couchette, occupé par le Major Philip Kirby, un séduisant officier, instructeur dans un institut militaire, qui croit vraiment avoir affaire à une ado de 12 ans, et qui cherche à la protéger, mais qui est fiancé à la fille du directeur de l’institut militaire, etc., etc.

Après Mauvaise graine, un premier film réalisé en 1934 lors de son passage en France avec l’austro-hongrois Alexander Esway, Samuel Wilder, devenu Billy Wilder, avait été engagé comme scénariste par la Paramount et il souffrait de plus en plus de voir ses scripts modifiés au moment des tournages, sans même pouvoir protester ! Malgré la difficulté qu’il y avait, dans le monde des studios, à passer de scénariste à réalisateur, Billy Wilder a suffisamment insisté pour que Paramount accepte de lui confier la réalisation d’un film, Uniformes et jupon court. Sa première réalisation américaine ! Quand bien même, ce long métrage n’atteint pas les très hauts sommets de Certains l’aiment chaud ou Boulevard du Crépuscule, c’est un film qui donne beaucoup de plaisir au spectateur et qu’il serait injuste de qualifier de simple ébauche de ses chefs d’œuvre futurs.

En fait, on trouve déjà dans Uniformes et jupon court, son premier film américain, ce qui deviendra un des thèmes préférés de Billy Wilder, le travestissement qui permet d’obtenir quelque chose ou d’échapper à un danger. Présent aussi le thème de la machination, celle que Suzan, devenue Sou-sou lors de son séjour dans l’institut militaire, va ourdir avec Lucy, la propre sœur de Pamela, la fiancée du Major Kirby, pour empêcher cette dernière de diriger à sa guise la carrière militaire de son fiancé. Et puis, bien sûr, très cher au réalisateur, le thème de la sexualité : regardée comme un objet sexuel à New-York quand elle était Suzan, Sou-sou, supposée ne pas avoir encore 12 ans, continue d’être convoitée tout au long du film. Certes, ce n’est plus par des adultes, mais par les cadets de l’institut militaire, dont l’âge semble se situer entre 14 et 18 ans. Singuliers objets d’étonnement ces gamins qui arborent des décorations et sont, qui adjudant, qui lieutenant, qui capitaine ! Quant au Major Kirby, il joue officiellement à l’oncle protecteur de Sou-sou, mais est-il vraiment totalement dupe ? Il est clair que, dès son premier film US, Billy Wilder a pris le parti de s’amuser avec le code Hays, toujours d’actualité dans le cinéma américain de l’époque, et cela le pousse à faire preuve d’imagination pour être toujours au plus près des limites de ce code de production. Tant mieux pour nous, finalement ! Quant au rythme, comme c’était presque toujours le cas dans le cinéma américain de l’époque et comme cela a continué dans le cinéma de Billy Wilder, il est particulièrement enlevé, tant au niveau du montage des images que dans le débit des dialogues. Pas du tout le temps de s’ennuyer ! Et puis, maintenant, une question importante : une femme de 24 ans qui est sans cesse harcelée par des hommes et qui, une fois travestie en jeune adolescente de 12 ans, continue d’être harcelée par des adolescents guère plus âgés, comment se situe Uniformes et jupon court par rapport à la cause féministe ? Certes, l’image des femmes donnée par Pamela n’est pas très reluisante, certes, on sent bien que le mariage est, de toute façon, la seule issue valable pour une femme, mais la dénonciation du harcèlement que subissent les femmes de la part de la gent masculine, qu’elles aient 24 ans ou 12 ans, c’est quand même un très bon point. Mais, après tout, c’est à vous de vous faire une opinion !

Pour interpréter le rôle du Major Kirby, Billy Wilder avait Cary Grant comme premier choix. Pas libre, trop cher, impossible à obtenir pour une première réalisation ? En tout cas, cet excellent choix n’a pas pu se concrétiser. Heureusement, celui qui, finalement, a été engagé, Ray Milland, futur Prix d’interprétation à Cannes (1946, le premier de l’histoire !) pour son rôle dans Le poison de … Billy Wilder, est loin d’être un second couteau et sa prestation d’homme séduisant et plein d’empathie ne mérite que des éloges. Anecdote : ni Cary Grant, ni Ray Milland, ne sont nés américains. Ils sont tous deux nés en Grande-Bretagne, à 3 ans d’intervalle et à 87 kilomètres de distance ! Pour interpréter le rôle de Suzan, Billy Wilder a eu, par contre, la possibilité d’engager une star au sommet de sa gloire, Ginger Rogers, oscarisée quelques mois auparavant pour son rôle dans Kitty Foyle de Sam Wood. Bon, c’est vrai, on a tout à fait le droit de ne pas la trouver totalement crédible en adolescente de 12 ans, mais, n’empêche, que de qualités dans sa façon de reprendre la gestuelle et les mimiques d’une fille de cet âge ! Le rôle (difficile) de Pamela est (bien) tenu par Rita Johnson, et celui de Lucy, la sœur de Pamela, une adolescente passionnée par les sciences et qui ne cesse de faire référence à Marie Curie, par Diana Lynn, une quasi débutante de talent et qui, elle, a presque l’âge du rôle. Quant à Madame Applegate, la mère de Susan, qu’on finit par rencontrer dans le film, Billy Wilder n’arrivant pas à trouver une comédienne ressemblant suffisamment à Ginger Rogers, cette dernière a fini par suggérer d’engager Lela Rogers, sa propre mère, une totale débutante devant la caméra, à l’âge de 50 ans.

Le DVD

[4.5/5]

Une spécialité fort appréciable chez Rimini Editions : le sérieux de leur travail ! Uniformes et jupon court est le onzième titre à rejoindre leur collection Billy Wilder et ce, pour la première fois concernant ce film, dans une copie Haute Définition. Que ce soit pour le DVD ou le BR, la galette est accompagnée dans le boitier par un livret très complet de 28 pages, intitulé « Entre deux âges » et rédigé par le journaliste Marc Toullec. Même dans la version DVD, le noir et blanc est magnifique, très bien contrasté, avec un dégradé parfait entre les blancs et les noirs. Concernant le son, on est bien sûr en 2.0, en VO, avec ou non un sous-titrage en français. En plus du livret, le DVD et le Blu-ray proposent un supplément sous la forme d’un dialogue de 32 minutes entre Mathieu Macheret, journaliste au Monde, et Frédéric Mercier, journaliste à Transfuge. Une analyse très fine du film qui vient s’ajouter à tous les détails disponibles dans le livret.



Critique film

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