Covid: la Chine renoue (déjà) avec la croissance


‘économie chinoise? Alors que l’Europe craint de voir son activité replonger avec la deuxième vague du Covid-19 et que le redémarrage reste fragile aux Etats-Unis, la Chine bénéficie d’un rebond de son économie plus rapide et plus soutenu qu’anticipé avant l’été.

Hausse du PIB au troisième trimestre (4,9 %), accélération de la production industrielle et de la construction (6%) sur les trois derniers mois, accroissement des ventes de détail en septembre (3,3% sur un an): la Chine est l’un des rares pays qui affichera une croissance du PIB en 2020. « L’activité s’est normalisée plus rapidement qu’attendu après la réouverture de la majeure partie du pays début avril », observe le Fonds monétaire international (FMI), qui anticipe une croissance de 1,9% cette année et un rebond de 8,2% en 2021. Tandis que le trafic aérien domestique est revenu à son niveau d’avant confinement, les usines des grandes entreprises étrangères n’ont retrouvé leur rythme de croisière qu’à l’approche de l’été. Quant à la consommation, elle n’est repartie qu’au troisième trimestre, en particulier dans l’automobile et le luxe.

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Contraints de présenter virtuellement leurs nouveaux modèles lors du Salon de l’automobile de Pékin, fin septembre, les grands constructeurs ont profité du rebond du marché au troisième trimestre. Quelque 2 millions de véhicules ont ainsi été écoulés sur le seul mois de septembre, soit un rebond de 12%. Bien implantés dans l’empire du Milieu, les allemands BMW et Mercedes (groupe Daimler) affichent des ventes en très forte hausse, respectivement de +31% et de +23,4% sur le troisième trimestre, tout comme l’américain Ford (+25,4 %).

Des achats de rattrapage

Frustrés de shopping, les Chinois huppés se sont rués à nouveau sur les sacs Dior, Gucci, Hermès, Prada, Vuitton dans les centres commerciaux fashion de Chengdu, Shanghai ou Pékin… En particulier pendant la « Golden Week », traditionnelle semaine de congés de début octobre. Du coup, le leader mondial du luxe LVMH a vu ses ventes en Asie progresser de 13% au troisième trimestre. Alors que celles d’Hermès ont bondi de 29 % dans la région grâce à « une performance remarquable de la Chine continentale ». Mais cette reprise de la consommation « demande à être confirmée », tempère Marie Diron, en charge des risques souverains à l’agence de notation Moody’s. « Une partie de ces achats correspondent à ceux qui n’ont pas été effectués à l’étranger, notamment en Europe, par les millions de touristes chinois qui dévalisent chaque année les boutiques de Londres, New York ou Paris. »

Pour Alice Garcia-Herrero, chef économiste de la banque Natixis pour l’Asie-Pacifique, les exportations constituent l’autre grand moteur de la reprise. Leur contribution au PIB chinois (+0,6 point) a même été supérieure à celle constatée de 2017 à 2019 (+ 0,3point), selon Euler Hermes. Ironie de l’histoire, le pays berceau du Covid-19 a aussi profité pleinement de ses conséquences sanitaires désastreuses. Ses exportations ont en effet été dopées par les ventes de masques chirurgicaux, de respirateurs, sans oublier celles de paracétamol.

Du coup, la part de marché mondiale du made in China dans ces produits est passée de 8,8 % sur la période 2017-2019 à 11,5%. Tandis que celle de ses ventes de matériel électronique (téléphones portables, écrans d’ordinateurs) a grimpé de 27,1 à 33%! Pas étonnant dans ce contexte que les fleurons de la technologie chinoise se montrent particulièrement résilients. Malgré la défiance dont il est l’objet aux Etats-Unis et dans certains pays européens, Huawei affiche une augmentation de 9,9% de son chiffre d’affaires sur les douze derniers mois.

Une explosion de la dette

Au total, les échanges extérieurs de la Chine représentaient 12,6% du commerce mondial à fin septembre 2020, soit une augmentation de 1 point par rapport à la même période de 2019, selon les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Alors que les échanges mondiaux se sont affaissés de 16 % depuis janvier 2020. « La baisse des exportations vers les Etats-Unis, due à la guerre tarifaire, a été compensée par la hausse de celles destinées au reste du monde », constate Nicholas Lardy, chercheur à l’Institut Peterson pour l’économie internationale, basé à Washington. Si l’économie chinoise repart, elle est loin d’avoir retrouvé son rythme pré-Covid, avec une croissance de 6,1% en 2019. En outre, Pékin et les autorités locales ont aussi utilisé le levier budgétaire afin de financer des chantiers d’infrastructures. Du coup, les dettes publiques et privées représentent 180% du PIB, selon Moody’s.

Plus préoccupant pour les exportateurs occidentaux, la Chine risque de ne plus être la locomotive qu’elle a été ces deux dernières décennies. A l’occasion de l’ouverture du 5e plénum du Comité central du Parti communiste fin octobre, le président chinois Xi Jinping a mis en garde contre les « vents contraires » venus de l’extérieur, pointant ainsi les dangers liés à la montée du protectionnisme et à la guerre commerciale avec les Etats-Unis. Depuis la crise financière de 2008, Pékin misait sur la consommation domestique afin d’avoir un modèle de croissance moins tributaire des exportations. Désormais, les dirigeants chinois, qui doivent dévoiler leur plan quinquennal 2021-2025 d’ici à mars prochain, souhaitent mettre le paquet sur le made in China pour mieux répondre à la demande intérieure et gagner en indépendance.

La plus grosse introduction en Bourse de l’histoire

Jack Ma est incorrigible. Après l’introduction en Bourse record d’Alibaba à Wall Street en 2014, il récidive avec Ant Group, sa filiale financière. « Elle sera la plus importante de l’histoire », a-t-il déclaré. Ant Group (auparavant Ant Financial) pourrait lever 35 milliards de dollars, davantage que Saudi Aramco l’an dernier. Il sera coté simultanément à Hong-kong et à Shanghai. Le groupe gère notamment Alipay, un système de paiement adopté par près de 520 millions d’utilisateurs, essentiellement chinois.

L’application permet d’effectuer des achats par téléphone mobile et remplace la carte bancaire pour les paiements courants. Alipay est de loin le numéro un mondial avec environ 18 milliards de transactions mobiles par mois. Si ce mode de règlement est encore peu développé en Europe et aux Etats-Unis, il devrait connaître une expansion phénoménale ces prochaines années: les possesseurs de smartphones sont plus nombreux que les détenteurs de cartes bancaires.



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