Critique : Slalom | Critique Film


France : 2019
Titre original : –
Réalisation : Charlène Favier
Scénario : Charlène Favier, Marie Talon
Interprètes :  Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud
Distribution : Jour2fête
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : 4 novembre 2020

Charlotte Favier a subi des violences sexuelles dans le milieu du sport lorsqu’elle était adolescente. C’est en 2014, alors qu’elle était à l’atelier scénario de la Femis dans le but d’écrire un premier long métrage, qu’elle a commencé l’écriture du scénario de Slalom : pour un premier film, elle avait besoin de faire appel à ce qu’elle avait de plus fort en elle et, même si Slalom ne raconte pas sa propre histoire, il en est incontestablement imprégné. Son film fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020 et il a reçu le soutien de la Ligue des Droits de l’Homme.

Synopsis : Lyz, 15 ans, vient d’intégrer une prestigieuse section ski-études du lycée de Bourg-Saint-Maurice. Fred, ex-champion et désormais entraîneur, décide de tout miser sur sa nouvelle recrue. Galvanisée par son soutien, Lyz s’investit à corps perdu, physiquement et émotionnellement. Elle enchaîne les succès mais bascule rapidement sous l’emprise absolue de Fred…

Jusqu’à ce que …

Agée de 15 ans et excellente skieuse, Lyz Lopez vient d’intégrer une section de ski-études à Bourg-Saint-Maurice. Père absent, mère qui part à Marseille où elle a trouvé un travail, la situation familiale de Lyz n’est pas facile et elle doit vivre seule dans le petit studio que sa mère a loué pour elle. Quant à ses premiers rapports avec Fred, l’entraineur, ils sont du genre rugueux : il est très exigeant, que ce soit lors des entrainements sportifs que pour les études. Dans sport-études, il y a étude, martèle-t-il. Toutefois, Lyz est non seulement douée pour le ski mais aussi très accrocheuse. Elle veut réussir, elle veut gagner, et les premiers très bons résultats qu’elle enregistre ont le don d’amadouer son entraineur. L’amadouer ? Un peu trop, même, jusqu’à ce que …

Un sujet important, un film trop prévisible

Le côté très bref du paragraphe précédent, son titre et la façon dont il se termine, « jusqu’à ce que … », vous auront probablement mis la puce à l’oreille : ce film, non dénué de qualités par ailleurs, présente un défaut majeur : très vite, trop vite, n’importe quel spectateur peut deviner avec beaucoup de précision tout ce qui va se passer par la suite ! Si on ajoute une mise en scène sans grand relief (Un comble, quand on est au milieu des montagnes !), on en arrive à presque oublier le sujet du film, un sujet pourtant très important et, malheureusement, tout à fait d’actualité : les violences sexuelles dans le sport, la façon dont des prédateurs à qui sont confié.e.s de jeunes athlètes, souvent mineur.e.s, arrivent à profiter de leur statut pour abuser de certain.e.s d’entre elles/eux. Il n’est pas d’ailleurs pas anodin de noter que la Ligue des Droits de l’Homme (à quand le changement espéré vers l’appellation Ligue des Droits des Humains ?) a apporté son soutien au film de Charlène Favier : « un sujet des plus sensibles dans notre société, longtemps tabou, sur lequel il est urgent de continuer à faire la lumière ». Mise à part celle qu’on trouve indéniablement dans l’interprétation, on trouve les qualités principales du film dans la peinture de la montagne et des compétitions sportives qui s’y déroulent : l’apport d’un drone ainsi que l’utilisation d’un cadreur spécialisé pour les descentes apportent beaucoup de véracité au récit, d’autant plus que La Fédération Française de Ski a permis à la production de venir se greffer à de véritables compétitions.

Une interprétation de grande qualité

C’est dans Ava, l’excellent premier long métrage de Léa Mysius, qu’on avait découvert Noée Abita dans son premier rôle au cinéma, celui de la jeune adolescente qui donnait son nom au film. Elle avait 17 ans au moment du tournage, son personnage avait 4 ans de moins. Dans Slalom, son personnage a 15 ans alors que la comédienne avait 20 ans au moment du tournage. On est donc dans la continuité ! Dans la continuité aussi en ce qui concerne la qualité de son jeu : ici, elle excelle à traduire le désarroi d’une adolescente face à l’emprise d’un homme dont elle dépend, une jeune fille qui pourrait sombrer complètement mais qui continue à se battre pour gagner. Pour ce qui est de sa représentation d’une skieuse de haut niveau, elle est d’autant plus crédible qu’elle a passé deux mois avec la coach sportive d’une section Sport Etude pour faire de la musculation et assimiler tous les détails qui font une skieuse de haut-niveau. A ses côtés, Jérémie Renier a fait de même auprès d’entraineurs de clubs afin d’apprendre les fondamentaux du métier. Par ailleurs, et c’est le plus important, il campe un prédateur sexuel très crédible. Est-ce la première fois qu’il se conduit ainsi avec une de ses athlètes, on ne le sait pas ! Au tout début, il apparait comme étant un entraineur dur et exigeant vis-à-vis de Lyz, ne cessant de la pousser à se conduire de façon plus « professionnelle », ce qui, après tout, est son rôle. Dans un tout premier temps, il est donc difficile de percevoir en lui un homme susceptible de profiter d’une situation de domination physique et morale. Comme le dit la réalisatrice, il était important pour elle que Fred « n’apparaisse pas comme une caricature de pervers », important de montrer qu’un prédateur n’a pas un profil type. Crédible dans son rôle d’entraineur exigeant, Jérémie Renier continue de l’être quand, très vite, trop vite, des petits signes montrent ce qu’il est depuis longtemps ou ce qu’il est en train de devenir au contact de Lyz. Dans des seconds rôles dont l’importance est loin d’être négligeable dans ce que vit Lyz, on trouve Muriel Combeau, interprète de Catherine, la mère de Lyz, dépassée par les évènements, et Marie Denarnaud, interprète de Lilou, la compagne de Fred, une femme qui, très probablement, sait ce qui se passe mais ne bronche pas. 

Conclusion

Un film important par son sujet mais dont le déroulé est trop prévisible et dont la mise en scène manque de relief. Heureusement, la qualité de l’interprétation et la beauté des images viennent s’ajouter au sujet pour en faire un film « fréquentable ».



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