Revu sur Paramount Channel : Drop zone



© 1994 Nicita Lloyd Productions / Paramount Pictures France Tous droits réservés

On vous garantit une dose musclée de nostalgie, si vous optez pour ce film d’action, sentant bon l’efficacité innocente des années 1990. Nullement original, Drop zone condense pourtant sans jamais se fatiguer les ingrédients à la mode dans le cinéma populaire de cette décennie plutôt bénie. Le récupérateur de cadavres cinématographiques plus ou moins chanceux en fonction de ses films qu’est John Badham y surfe en effet sur une vague de succès récents. Ainsi, il s’inscrit dans la continuité directe de Point Break Extrême limite de Kathryn Bigelow pour l’univers de sportifs casse-cou, voire de Piège de cristal de John McTiernan pour la partie finale dans un gratte-ciel, expédiée sans états d’âme dans un temps record. Car c’est avant tout la capacité du récit d’enchaîner les scènes d’action, tout en restant au service d’un manichéisme superficiel, qui séduit encore dans ce pénultième long-métrage de cinéma d’un réalisateur, depuis retourné à ses premières amours à la télévision.

Si on vous demandait qui était la plus grande vedette des films d’action des années ’90, il est quasiment sûr que bon nombre de noms vous viendraient à l’esprit, avant que vous ne citiez celui de Wesley Snipes. Néanmoins, l’acteur, passé depuis par la case prison, ce qui a fait subir un coup d’arrêt pratiquement définitif à sa carrière dans des productions importantes, était au sommet de sa gloire au cours de la dizaine d’années entre Jungle fever de Spike Lee et Blade 2 de Guillermo Del Toro. Ici, il campe solidement un marshall tombé en disgrâce auprès de ses supérieurs après avoir bâclé un transfert de prisonnier. En deuil de son frère, tué pendant l’opération d’enlèvement en plein vol, et démis de ses fonctions, son personnage devra infiltrer le cercle fermé des spécialistes du saut en chute libre afin de retrouver les coupables.

© 1994 Nicita Lloyd Productions / Paramount Pictures France Tous droits réservés

Rien que du très classique en somme en termes de passages obligés du cinéma hollywoodien de la fin du siècle dernier, dont Snipes s’acquitte toutefois avec une vigueur à toute épreuve. Son rôle n’exige en effet pas de lui d’affiner le profil psychologique de ce flic sans reproche. Et quand le scénario rudimentaire ose le lui demander, cela donne des regards hébétés dans le vide assez peu convaincants. Heureusement, la plupart du temps, il se contente de faire ce qui caractérisait les héros de cette époque encore relativement insouciante, c’est-à-dire de participer en vainqueur final à la moindre baston et de pimenter son discours aussi creux qu’archaïquement viril de quelques bons mots caricaturaux. Dans un tel contexte de l’emballement de testostérone curieusement proche de l’hystérie, il appartenait alors au talent, au charme et au charisme de l’acteur principal de gommer les défauts flagrants de l’intrigue.

Ce qui réussit plutôt à Wesley Snipes dans Drop zone, encore disponible en replay jusqu’à la fin de la semaine sur Paramount Channel. Il y fait moins figure de maître d’une histoire constamment à deux doigts de la surchauffe racoleuse que d’observateur mi-amusé, mi-dépassé par les événements. En cela, son personnage affiche une passivité presque déconcertante ou en tout cas étrangement schizophrène pour un film, qui ne met à aucun moment en question le statu quo des institutions de la justice aux États-Unis. La légitimité de la mission du protagoniste n’est jamais sérieusement mise en question. Pas plus que sa force physique et mentale pour venir à bout d’une bande de malfrats, au moins aussi formatée que le camp de bons, soudés grâce à leur attachement au code d’honneur de leur passion périlleuse.

© 1994 Nicita Lloyd Productions / Paramount Pictures France Tous droits réservés

Le manichéisme primaire à l’œuvre tout au long du film reste cependant globalement mesuré. Tout comme le marshall tenace est un fonctionnaire sans défaut apparent, ses adversaires s’adonnent à des actes de barbarie qui ne tardent pas à être punis. Tandis que Gary Busey est réduit à l’emploi presque terne du chef de bande qui délègue le sale boulot à ses sbires, l’interprétation très fébrile de Michael Jeter en génie de l’informatique en avance sur son temps est censée apporter une touche plus détendue au ton du film. Une responsabilité qui a plutôt tendance à tomber à plat, à cause du rythme soutenu de la narration, davantage préoccupée à orchestrer une nouvelle séquence d’acrobaties aériennes spectaculaires que d’approfondir les personnages de quelque manière que ce soit.

Personne ne considère sans doute Drop zone comme un représentant majeur de son genre. Il s’agit néanmoins d’un divertissement sans prétention excessive. A l’image de la musique à l’emphase synthétique composée par Hans Zimmer, très sollicité à ce moment-là par des réalisateurs tels que Tony Scott, John Woo et Michael Bay, c’est un film qui fait semblant de prendre les choses au sérieux, mais qui est en fait beaucoup trop pressé de passer à l’attraction suivante pour faire preuve d’un quelconque développement ingénieux. En ce sens, il appartient indubitablement au cinéma popcorn. A consommer sans modération donc, si tout ce que vous attendez d’un film, c’est de vous faire passer le temps d’une façon aussi dynamique que sommaire.

© 1994 Nicita Lloyd Productions / Paramount Pictures France Tous droits réservés



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