On a lu le plaidoyer de Benoît Hamon pour un « salaire du bonheur »



La plume des politiques

Les politiques ne font pas que parler, ils écrivent aussi, parfois. Tout au long du reconfinement, « l’Obs » vous propose de découvrir des livres politiques.

Comme une impression de déjà vécu. Travailler à la maison, veiller sur ses aînés, s’occuper des enfants, surveiller leurs devoirs quand ils reviennent de l’école tout en participant à une visioconférence, faire du ménage, des lessives et assurer au taf. Si vous avez à nouveau l’impression de « dormir au boulot », si vous vous demandez pourquoi le travail domestique est gratuit, pourquoi le travail salarié est le seul à être rémunéré, alors lisez le livre de Benoît Hamon[1]. Vous êtes mûr pour le revenu universel.

Le reconfinement est la meilleure période pour se plonger dans cette ode au « salaire du bonheur ». L’ancien candidat à la présidentielle a finalisé son livre pendant le précédent confinement, au moment où, de l’Espagne à l’Allemagne en passant par le Canada, de tels dispositifs étaient expérimentés ou mis en place à grande échelle [2]. Hamon livre un vibrant plaidoyer pour ce revenu de 750 à 1 000 euros par mois qu’il veut « universel, individuel et inconditionnel ». Pour lever les doutes sur cette « grande conquête sociale du siècle », celui qui a arrêté la politique après les européennes fait voyager le lecteur : il l’emmène dans la Grèce antique au temps du Skholè, où les habitants se consacraient « librement et gratuitement à des activités épanouissantes » ; dans le Danemark du pasteur Grundtvig, l’inventeur des écoles populaires toujours en vigueur ; dans les Etats-Unis de Bob Kennedy, pour qui « le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie mérite d’être vécue ».EXCLUSIF. Benoît Hamon : « Le temps du revenu universel est venu »

Au moment où reviennent les files d’attente dans les centres de distribution alimentaire, alors que la précarité explose, que de nombreuses familles qui s’en sortaient avec des petits boulots basculent dans la pauvreté, Benoît Hamon défend l’idée que le revenu universel est « un outil de justice en ce qu’il permet d’éradiquer la pauvreté ». Un outil d’émancipation aussi, dans un monde où le travail rend parfois malade. « Il donne du temps. Il donne de l’argent. Il donne de la liberté », écrit l’ancien socialiste.

Pendant la campagne présidentielle, on ne comprenait rien à la mise en place de cette réforme. Cette fois, l’ancien ministre prend le temps de développer un plan en trois étapes :

  • Le revenu universel serait d’abord versé aux 18/25 ans (qui n’ont pas droit au RSA et qui souffrent beaucoup de la crise économique actuelle) ;
  • Puis, tous les enfants toucheraient 300 euros par mois (200 euros seraient donnés tous les mois à leurs parents, ce qui aiderait nombre de familles et 100 seraient mis de côté mensuellement et versés le jour de leur majorité, comme un capital de départ) ;
  • Enfin, le revenu universel serait versé à tous les Français.

Il donne aussi son coût et développe des pistes de financement, en créant notamment une taxe sur les transactions financières, une sur les robots et des impôts écolos.

Benoît Hamon revient dans le débat public avec ce livre, sorti le jour du confinement, au moment où les librairies ont fermé leurs portes. Sur Instagram, il a souligné qu’il ne lui restait plus qu’à aller acheter lui-même tous les exemplaires ! « Rien ne sert d’être tragique, il suffit d’être sérieux », écrit-il dans ce livre, que vous pouvez commander chez les libraires qui pratiquent le « click and collect ». Une bonne action pour un livre optimiste dans une période sombre, un livre écrit pour « dissiper les ombres et redécouvrir l’horizon d’une vie bonne ».

[1] Ce qu’il faut de courage. Plaidoyer pour le revenu universel. Les Equateurs, 18 euros.[2] Création d’un revenu minimum vital en Espagne : expérimentation menée par l’Institut allemand de recherche économique sur 120 personnes touchant 1 200 euros pendant trois mois.





nouvelobs

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