Jour J: les 5 surprises qui pourraient sauver Trump



La messe est dite? Pas tout à fait! Certes, près de 100 millions d’Américains ont déjà voté, certes, les sondages donnent Joe Biden hyper-favori, avec une probabilité de l’emporter égale ou supérieure à 90% et certes, les signes avant-coureurs d’une catastrophe pour Hillary Clinton ne sont pas présents, cette année.

Et pourtant… La surprise reste possible. Elle pourrait survenir de 5 façons.

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  • Les sondages se trompent, comme en 2016

C’est la thèse de Robert Cahaly, patron de la firme de sondage Trafalgar Group. Cahaly est républicain, le genre à aller sur Fox News pour annoncer, sans le moindre élément de preuve, qu' »ils » – entendez les démocrates – vont tenter de voler en trichant la victoire de Trump en Pennsylvanie.

Un zozo? La problème est que Trafalgar est l’un des rares sondeurs à avoir prédit en 2016 la victoire de Trump en Floride, en Pennsylvanie et dans le Michigan. Cette année, il pense que Biden remportera le vote populaire, comme Hillary, mais juge « probable que Trump remportera la victoire au collège électoral » et sera donc réélu.

Son argument: comme en 2016, les autres sondeurs sous-estiment le « vote timide » pour Trump. Les conservateurs pro-Trump, dit-il, seraient réticents à partager leurs intentions avec un inconnu au téléphone. « Vous n’obtiendrez pas de réponses honnêtes », affirme-t-il. Mais plusieurs études fines, menées par Yale University et le Pew Research Center, ont montré que la théorie de l' »électeur timide » de Trump relevait largement du mythe, ou tout au moins qu’elle a joué un rôle marginal en 2016.

Cahaly s’est aussi lourdement trompé à l’occasion, et beaucoup de ses confrères ou journalistes ne le prennent pas au sérieux. Philip Bump, journaliste respecté du Washington Post, estime que « ses methodes de sondage sont à la fois non prouvés et sujettes au type de grande fluctuation que les vrais sondeurs essaient d’éviter ». Quant à la taille de ses échantillons, elle est « absolument ridicule et statistiquement bancale. »


  • Une cavalerie d’électeurs Trump arrive en renfort au dernier moment

Cette « armée invisible » existe-t-elle? C’est le pari de la campagne. Elle part d’un constat: en 2016, plus de 100 millions d’Américains en âge de voter ne l’ont pas fait.

Dans cette masse, estime l’équipe du candidat, se cache une énorme réserve potentielle d’électeurs pro-Trump. Dans le Minnesota, par exemple, les démocrates eux-mêmes reconnaissent l’existence d’un tel réservoir: ils estiment que jusqu’à 250.000 résidents blancs n’ayant pas fait d’études supérieures n’étaient pas inscrits sur les listes électorales en 2016. Ces « blancs sans diplôme » avaient été au cœur de la victoire de Trump il y a quatre ans.

La campagne a déployé des efforts énormes pour inscrire ces nouveaux électeurs sur les listes électorales, prenant avantage du fait que les démocrates ont évité, jusque dans les dernières semaines et à cause du Covid, le porte-à-porte. Dans le Minnesota, ils ont frappé à plus de 130.000 portes. A l’échelle du pays, la campagne a budgété 250 à 300 millions de dollars pour cet effort massif de « get out the vote » (littéralement: « faire sortir le vote »).

 Ces électeurs pourraient créer des surprises, lors du vote de ce mardi. Mais si l’on en juge à ce que l’on sait des quelque 100 millions de votes déjà exprimés, il n’est pas évident du tout que le parti républicain ait l’avantage en ce qui concerne les Américains n’ayant pas voté en 2016 et le faisant cette fois. Le dernier sondage New York Times/Siena, dans 4 Etats-clés, montre que ceux qui n’avaient participé à l’élection de 2016 et l’ont fait cette fois, avant le Jour J, soutiennent largement Joe Biden.

Autrement dit, on assistera peut-être à une variante moderne de Waterloo, avec l' »électorat invisible » dans le rôle des généraux en renfort. Pour paraphraser Victor Hugo: Napoléon-Trump attendait Grouchy ; il ne vint pas. Wellington-Biden attendait Blücher; il vint. A moins que ce ne soit l’inverse…


  • Les latinos répondent à l’appel

Impossible de le nier: Joe Biden ne cartonne pas vraiment auprès des latinos. Pas autant que Hillary Clinton, en tout cas. Et dans un Etat aussi disputé que la Floride, avec 900.000 électeurs d’origine cubaine et 200.000 d’origine colombienne, cela pourrait lui coûter cher.

Les Cubano-américains sont largement républicains, les Colombiens votent démocrate mais il suffit à Trump de séduire 5 ou 10% d’électeurs de plus, dans cette population, pour compliquer la vie de Biden. Bonne nouvelle pour le président: à la veille du scrutin, 9% des latinos étaient encore indécis, un chiffre élevé pour cette élection. Les hommes hispaniques, en particulier, ne sont pas insensibles au discours de Trump. Les deux candidats se partagent à peu près à égalité leurs voix, tandis que Biden affiche une avance de 39 points auprès des latinas.


  • Les Blancs évangéliques se mobilisent en masse

 Ilq ont représenté 20% des électeurs en 2016, et choisi Donald Trump à 80%. Cette année ils ne sont plus « que » 18% et leur soutien à trump a légèrement fléchi, à 78% selon un récent sondage Pew Research Center.

 Mais pour Trump, tout espoir n’est pas perdu d’améliorer ce score. Il y a quatre ans, une bonne partie des évangélistes n’aimant guère le personnage Trump avaient malgré tout voté pour lui afin de voir un juge conservateur nommé à la Cour suprême. Cette année, le candidat pourrait refaire le coup: la nomination-express d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême a dopé l’enthousiasme dans les rangs de cet électorat, qui voit enfin poindre la perspective d’une interdiction de l’avortement.


  • Les Noirs ne votent pas aussi nombreux qu’on le pense

Il y a, chez les Noirs américains, quelques signes préoccupants pour le candidat Biden. Par exemple l' »engagement politique », mesuré par le nombre d’électeurs se disant « certains » de voter cette année. Il est resté étale chez les Noirs depuis mars, à en croire un sondage Reuters/Ipsos. Et les Afro-Américains ne sembleraient pas vouloir soutenir Biden plus que Hillary il y a quatre ans.

Autre signal: dans le Michigan, où le manque d’enthousiasme des Noirs avait coûté la victoire à Clinton en 2016, une coalition d’organisation a organisé un effort pour convaincre 10.000 nouveaux électeurs noirs de s’inscrire sur les listes électorales; seulement 20.000 l’ont fait.

Mais cette contre-performance est largement due au coronavirus, qui a limité le porte-à-porte. D’autres données indiquent une large participation de la population noire, indispensable si Joe Biden veut l’emporter dans les grandes villes à majorité noire comme Philadelphia ou Detroit. « Les électeurs noirs répondent présents à l’appel, d’une façon que l’on n’avait pas vue en 2016 et cela est encourageant », confiait récemment Adrianne Shropshire, directrice du Comité d’action politique BlackPAC.

La campagne Trump a cherché à dégoûter les Noirs de voter pour Biden, plutôt qu’à se les rallier. Dans les Etats qu’ils contrôlent, les républicains ont aussi multiplié les obstacles au vote des Noirs.

Comme on le voit, toutes ces hypothèses conduisant à une victoire de Trump constituent beaucoup de « si ». Le coup de théâtre n’est pas impossible, mais il serait encore plus stupéfiant qu’il y a quatre ans.



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