après l’assassinat de Samuel Paty, les enseignants se préparent à parler laïcité et liberté d’expression avec leurs élèves


La rentrée du lundi 2 novembre est très particulière, en raison du contexte sanitaire lié à l’épidémie de Covid-19 et du confinement mis en place, mais aussi du contexte lié à l‘assassinat de Samuel Paty. Un hommage doit être rendu au professeur d’histoire décapité à Conflans-Sainte-Honorine il y a deux semaines. Une minute de silence à 11 heures, puis lecture de la lettre de Jean Jaurès aux professeurs, et pour les enseignants qui le souhaitent, un temps pédagogique sur la laïcité.

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À Marseille, quand vous interrogez des élèves de lycée à la sortie d’un centre commercial d’un quartier populaire, tous condamnent sans appel l’attentat contre Samuel Paty. En revanche, sur la notion de ce qui doit être dit ou pas dans un cours, les propos sont plus mitigés. « C’est en parlant de tout à l’école que l’on peut avoir les capacités de comprendre ce que l’on voit, explique une lycéenne. Après, je pense qu’il ne faut pas faire n’importe quoi avec. Je pense qu’il faut respecter des limites. Il faut comprendre aussi que ça puisse choquer certains. »

Même sentiment pour une autre élève : « Chacun fait ce qu’il veut, chaque professeur est différent. Mais à l’école, on nous a appris qu’il ne fallait pas parler de religion. Des caricatures pour n’importe quelle religion, c’est vrai que ça blesse certaines personnes », dit-elle. « Je n’ai pas vraiment de convictions religieuses, mais il faut faire attention », résume l’un de ses camarades.

Compte tenu du contexte, Mehdi Chouabi, qui enseigne les sciences économiques et sociales dans des établissements des quartiers nord de Marseille, a préparé spécifiquement sa reprise des cours : « Il s’agira de leur expliquer qu’à aucun moment il ne s’agit de prendre position en termes de pratiques religieuses, de dénonciation ou quoi que ce soit. Non, par contre, on reste fondamentalement pour la liberté d’expression, pour la laïcité, et il s’agit en fait de revenir encore une fois sur des bases, et de bien les définir, de bien les préciser. Parce que bien souvent, le problème vient d’un manque de stabilisation de toutes ces notions. »

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Problème quand même, très peu d’enseignants sont formés en enseignement moral et civique. Marc Rosmini, professeur de philosophie, a lancé un groupe de formation pluridisciplinaire à destination de ses collègues : « Ça peut être très pratique dans le sens où, par exemple, une manière de poser les questions peut désamorcer justement le côté contestataire, etc. C’est à dire qu’est ce qui fait effectivement que nous avons tous intérêt, par exemple, à un État qui est neutre religieusement, y compris pour les croyants et les religieux. »

Cette réflexion sur les fondements de la laïcité est extrêmement importante et nécessite une formation initiale et aussi une formation continue parce que c’est vrai que ce n’est pas forcément très présent par exemple dans les concours de l’Éducation nationale.

Marc Rosmini, professeur de philosophie

à franceinfo

Jusqu’à présent, quelques dizaines de professeurs seulement s’inscrivaient à ce programme pilote dans une académie qui compte 40 000 enseignants et de nombreux quartiers sensibles.



francetvinfo

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