En Bosnie, des oliviers généreux sur un sol méconnu


Soleil, terres vierges et eaux souterraines en abondance: les épinaies du sud de la Bosnie se transforment ces dernières années en plantations d’oliviers donnant des huiles qui raflent les médailles.

« Quand je me suis mis à planter les oliviers, on me disait: +Tu es cinglé+ », se souvient, jovial, Dragan Mikulic, 65 ans, qui fait le va-et-vient entre son moulin moderne et son oliveraie de 50 hectares, dans la région de Ljubuski, où des groupes de ramasseurs cueillent les fruits verts.

Une quinzaine d’année plus tard, il est l’un des plus grands oléiculteurs en Bosnie, mais aussi sur le littoral nord de l’Adriatique.

Entre les hautes montagnes au nord et la mer au sud, ses 7.000 arbres parfaitement alignés et dont les branches ploient sous le poids des fruits, sont baignés par un doux soleil d’automne.

Dragan Mikulic dans sa plantation d’oliviers près de Ljubuski, le 19 octobre 2020 en Bosnie (AFP – ELVIS BARUKCIC)

A croire les statistiques météorologiques, il en est ainsi pendant plus de 2.300 heures par an, dans cette région méridionale du pays, appelée l’Herzégovine.

« Regardez ce soleil. C’est tout le temps comme ça. L’eau qui descend de ces montagnes passe par ici, je suis sur son chemin vers la mer. Le sol est composé de 30% de terre sableuse dans laquelle les arbres respirent, et de 70% de pierre riche en minéraux. Tout est réunis », s’exclame Dragan Mikulic.

Une première « folie », raconte-t-il, avait été de transformer, à l’aide de « tonnes d’explosifs », une surface rocailleuse, recouverte d’arbustes épineux, en terrain exploitable.

-« l’arbre de Dieu »-

« Ca pourrait être bon pour la prune, pour la pomme, mais nous avons choisi l’olive parce qu’elle est, comme nous disons ici, l’arbre de Dieu », ajoute l’homme qui a remporté à ce jour 32 médailles d’or avec son huile présentée aux concours en Italie, en Croatie et en Bosnie.

Des cuves d'olives fraîchement récoltées en attente d'être pressées dans une usine d'extraction à froid, le 19 octobre 2020 près de Ljubuski, en Bosnie (AFP - ELVIS BARUKCIC)

Des cuves d’olives fraîchement récoltées en attente d’être pressées dans une usine d’extraction à froid, le 19 octobre 2020 près de Ljubuski, en Bosnie (AFP – ELVIS BARUKCIC)

La cueillette précoce a commencé à la mi-octobre. Une fois ramassées, les olives sont sitôt transportées vers le moulin pour l’extraction à froid d’une huile de belle couleur verdâtre qui finit dans les bouteilles quelques heures plus tard.

La procédure permet d’obtenir une huile vierge-extra, riche en polyphénols, réputés pour leurs vertus antioxydantes, explique-t-il.

Mikulic a été suivi par des dizaines de producteurs d’Herzégovine, dont un certain nombre de vignerons. La région est connue pour ses sortes autochtones de vignes Zilavka et Blatina.

De l'huile d'olive tout juste pressée à froid, le 19 octobre 2020 près de Ljubuski, en Bosnie (AFP - ELVIS BARUKCIC)

De l’huile d’olive tout juste pressée à froid, le 19 octobre 2020 près de Ljubuski, en Bosnie (AFP – ELVIS BARUKCIC)

La production, très modeste en comparaison avec des géants comme l’Espagne ou l’Italie, qui représentent ensemble 60% de la production mondiale, est en hausse constante. Officiellement, 776 tonnes d’olives ont été récoltées en Bosnie en 2019, 27% de plus par rapport à 2018.

Le pays compte officiellement 65.000 arbres, mais Dragan Mikulic estime qu’il y en a 300.000, contre 3,7 millions en Croatie voisine, leader régional.

Des plantations d'oliviers près de Ljubuski, le 19 octobre 2020 en Bosnie (AFP - ELVIS BARUKCIC)

Des plantations d’oliviers près de Ljubuski, le 19 octobre 2020 en Bosnie (AFP – ELVIS BARUKCIC)

Mais « avec un climat gracieux, le sol et l’eau non-contaminés », l’Herzégovine a « les possibilités inimaginables pour le développement d’oléiculture », affirme Miro Barbaric, agronome de l’Institut agro-méditerranéen bosnien.

-les eaux souterraines-

Jure Susac montre les olives de sa plantation, près de Ljubuski, le 19 octobre 2020 en Bosnie (AFP - ELVIS BARUKCIC)

Jure Susac montre les olives de sa plantation, près de Ljubuski, le 19 octobre 2020 en Bosnie (AFP – ELVIS BARUKCIC)

C’est justement l’accès aux eaux souterraines, possible depuis une quinzaine d’années grâce aux nouvelles techniques de forage, qui a encouragé le développement de la culture dans cette région, jadis terre de tabac.

Faute de pluies, très rares, les oliviers ont besoin d’entre 150 et 200 litres d’eau par jour, selon Mikulic, qui a fait deux forages dans son oliveraie et mis en place le système d’arrosage goutte à goutte.

Son voisin Jure Susac, 66 ans, viticulteur à la base, raconte avoir fait sur son domaine un forage de près de 300 mètres de profondeur.

Jure Susac montre la récompense qu'il a obtenue pour son huile d'olive, le 19 octobre 2020 près de Ljubuski, en Bosnie (AFP - ELVIS BARUKCIC)

Jure Susac montre la récompense qu’il a obtenue pour son huile d’olive, le 19 octobre 2020 près de Ljubuski, en Bosnie (AFP – ELVIS BARUKCIC)

« Je sais que l’olive aime beaucoup d’eau. J’en ai en grande quantité. La pompe ne cesse travailler et, pour être sincère, je ne sais pas combien mais on leur donne beaucoup d’eau en été. Et, voilà, elles nous le rendent », dit-il en montrant les grappes d’olives vertes sur les arbres « en excellente santé », à quelques jours de la récolte.

Jure Susac, dont l’oliveraie est plus modeste, précise qu’il a exactement 151 arbres, dont 130 donnent des fruits. L’année est « exceptionnelle » et il espère en tirer plus de 500 litres.

Il a exposé ses nombreuses médailles dans la maison. « Partout où je me suis présenté aux concours avec mon huile, j’ai remporté la médaille d’or pour la qualité. Nous sommes désormais souvent devant des Croates », affirme-t-il.

Des bouteilles d'huile d'olive de la plantation de l'oléiculteur Jure Susac, le 19 octobre 2020 près de Ljubuski, en Bosnie (AFP - ELVIS BARUKCIC)

Des bouteilles d’huile d’olive de la plantation de l’oléiculteur Jure Susac, le 19 octobre 2020 près de Ljubuski, en Bosnie (AFP – ELVIS BARUKCIC)

Malgré un prix élevé pour le niveau de vie dans le pays, un des plus pauvres d’Europe, à savoir 13 euros pour un litre, les oléiculteurs bosniens écoulent quasiment toute leur production dans le pays.

« Si on en avait beaucoup plus, on pourrait tout vendre », dit Jure Susac.



challenges

A lire aussi

Laisser un commentaire