Berlinale 2021 : rétrospective West / Russell / Lombard


La situation sanitaire est si tendue en ce moment en France, en Allemagne et plus généralement en Europe, qu’on n’ose même plus prévoir quelque activité culturelle que ce soit pour les semaines à venir. Cela n’a pas empêché la direction du Festival de Berlin de communiquer les premières informations sur sa 71ème édition, qui est censée se dérouler du jeudi 11 au dimanche 21 février 2021 dans la capitale allemande. En tout cas a-t-elle crû bon de le faire il y a presque deux semaines, le 15 octobre dernier, lors de l’annonce du thème de la rétrospective par le directeur artistique du festival Carlo Chatrian et celui de la Deutsche Kinemathek Rainer Rother.

Ce sont trois actrices emblématiques de l’âge d’or hollywoodien qui seront mises à l’honneur à travers une trentaine de films, pour la plupart projetés en format argentique. Sous le titre « No Angels – Mae West, Rosalind Russell & Carole Lombard », la rétrospective donnera aux spectateurs de la Berlinale l’opportunité d’un voyage transversal à travers le genre de la comédie loufoque, très en vogue dans les années 1930 et au début des années ’40. Car même si les trois comédiennes n’ont jamais tourné ensemble, elles sont hautement représentatives des rôles de femmes plutôt émancipées qui fleurissaient alors dans ce type de film populaire.

La rétrospective sera accompagnée d’une publication en langue allemande et anglaise, ainsi que de divers événements organisés par la Deutsche Kinemathek, l’équivalent germanique de la Cinémathèque Française.

Mon petit poussin chéri © 1940 Universal Pictures Co. Inc. / Deutsche Kinemathek Tous droits réservés

Mae West (1892-1980)

Atypique, Mae West l’était en quelque sorte de la tête aux pieds. Arrivée tardivement au cinéma au début des années ’30, après une carrière de théâtre et de variété, elle s’impose rapidement grâce à ses rôles de femmes sans tabous. Sa filmographie ne compte que dix titres pendant cette période-là, mais elle a néanmoins réussi d’avancer au rang de l’actrice la mieux payée. Elle doit sa popularité à son aura de femme sans complexes, très adroite en termes de remarques sexuellement chargées, qui retournent en sa faveur le déséquilibre des genres en vigueur à ce moment-là.

Dans des films comme Lady Lou de Lowell Sherman, Je ne suis pas un ange de Wesley Ruggles, Ce n’est pas un péché de Leo McCarey, Je veux être une lady de Alexander Hall, Annie du Klondike de Raoul Walsh, Fifi Peau de pêche de Edward Sutherland et Mon petit poussin chéri de Edward Cline, c’est elle, la vedette. Tout juste accepte-t-elle de partager l’écran avec d’autres acteurs de renom comme Cary Grant, Victor McLaglen et W.C. Fields. Mais pour l’essentiel, West est fermement en charge de son image cinématographique, puisque elle participe à l’écriture du scénario de la plupart de ses films.

En 1970, elle opère un retour remarqué sur grand écran dans le flamboyant Myra Breckinridge de Michael Sarne, adapté du roman à scandale de Gore Vidal. Son dernier rôle sept ans plus tard dans Sextette de Ken Hughes, adapté de sa propre pièce de théâtre, est tout aussi extravagant, puisque elle y joue l’épouse de Timothy Dalton, plus de cinquante ans plus jeune qu’elle.

Mon secrétaire travaille la nuit © 1942 EMKA Division of Universal City Studios Inc. / Deutsche Kinemathek
Tous droits réservés

Rosalind Russell (1907-1976)

Bien que Rosalind Russell ait fait ses premiers pas devant la caméra à peu près en même temps que West, sa carrière n’avait réellement décollé qu’à la fin des années ’30, grâce à sa participation au mythique Femmes de George Cukor. Auparavant, elle avait tenu de nombreux seconds rôles dans des films tels que La Malle de Singapour de Tay Garnett et Imprudente jeunesse de Victor Fleming. Puis, son nom était apparu en haut de l’affiche entre autres dans L’Obsession de Mrs Craig de Dorothy Arzner, C’était inévitable de Roy Del Ruth, Quatre au paradis de Michael Curtiz et La Citadelle de King Vidor.

Dès lors, elle excellait dans des rôles de femmes de carrière, obligées de se décider entre la réussite professionnelle et l’amour, dans La Femme du vendredi de Howard Hawks aux côtés de Cary Grant, La Mariée célibataire de Alexander Hall, Finie la comédie de William Keighley, L’Aventure commence à Bombay de Clarence Brown, Quand une femme s’en mêle de W.S. Van Dyke, Evitons le scandale de Norman Taurog, Mon secrétaire travaille la nuit de Mitchell Leisen, Une femme épatante de Irving Cummings, ainsi que Sœur Kenny et Le Deuil sied à Electre de Dudley Nichols. Rien que les titres de ces films indiquent le rang relativement dominant que les personnages de Russell y occupaient.

A partir du milieu des années ’50, l’actrice avait dû se contenter de quelques savoureux rôles de maturité, notamment dans Picnic de Joshua Logan, Ma tante de Morton Da Costa, Le Gentleman en kimono et Gypsy Vénus de Broadway de Mervyn Le Roy, Il vint un étranger de Daniel Mann, Le Dortoir des anges de Ida Lupino, Les Riches familles de David Lowell Rich et Les Gamines explosives de James Neilson.

Nommée à quatre reprises à l’Oscar de la Meilleure actrice, Rosalind Russell n’avait trouvé grâce aux yeux de l’Académie du cinéma américain que pour son travail humanitaire, qui lui avait valu le prix Jean Hersholt en 1973. Elle était par contre infiniment plus populaire auprès de la presse étrangère à Hollywood qui l’avait récompensée de cinq Golden Globes pour Sœur Kenny, Le Deuil sied à Electre, Ma tante, Le Gentleman en kimono et Gypsy Vénus de Broadway. En 1976, quelques mois avant sa mort, elle avait reçu le prix honorifique de la Screen Actors Guild.

Joies matrimoniales © 1941 Deutsche Kinemathek Tous droits réservés

Carole Lombard (1908-1944)

Curieusement, c’est l’actrice honorée en 2021 à Berlin qui nous a quittés le plus prématurément, lors d’un accident d’avion alors qu’elle revenait d’une tournée pour soutenir l’effort de guerre, qui a fait le plus de films. En effet, Carole Lombard avait déjà tourné dans une quarantaine de films muets au cours des années ’20, avant de devenir l’une des vedettes incontournables de la décennie suivante. Après des films comme Un mauvais garçon et Boléro de Wesley Ruggles, ainsi que Sinners in the Sun de Alexander Hall, elle avait remporté son premier grand succès comique en 1934 aux côtés de John Barrymore dans Train de luxe de Howard Hawks.

Par la suite, elle avait collaboré avec d’autres réalisateurs prestigieux, tels que Henry Hathaway (C’est pour toujours), Mitchell Leisen (Jeux de mains), Gregory La Cava (Mon homme Godfrey), William A. Wellman (La Joyeuse suicidée), Mervyn Le Roy (La Peur du scandale), John Cromwell (Le Lien sacré et L’Autre), Garson Kanin (Drôle de mariage), George Stevens (L’Angoisse d’une nuit), Alfred Hitchcock (Joies matrimoniales) et Ernst Lubitsch (Jeu dangereux).

Carole Lombard a été nommée à l’Oscar de la Meilleure actrice en 1937 pour Mon homme Godfrey. Elle a été mariée successivement à deux autres monstres sacrés du cinéma américain de l’époque, les acteurs William Powell (The Thin Man) et Clark Gable (Autant en emporte le vent).



Critique film

A lire aussi

Laisser un commentaire