10 choses à savoir sur Amy Coney Barrett, la nouvelle juge de la Cour suprême américaine



Nommée par Donald Trump après le décès l’icône progressiste et féministe Ruth Bader Ginsburg le 18 septembre, la juge Amy Coney Barrett a été confirmée à la Cour suprême américaine par le Sénat, lundi. « L’Obs » fait le point sur ce qu’il faut savoir sur elle en republiant un texte paru le 25 septembre dernier.

1. Catho

Il a suffi d’une petite phrase de la sénatrice démocrate de Californie, Dianne Feinstein, pour en faire la Jeanne d’Arc de la droite religieuse : « Le dogme vit bruyamment en vous », avait dit l’élue du Golden State durant l’audition de confirmation d’Amy Coney Barrett pour une cour d’appel en 2017. Ce qui n’est pas faux. En 2006, s’adressant aux étudiants d’une université catholique de l’Indiana où elle a enseigné pendant quinze ans, Amy Barrett ne cache pas ses convictions : « Si vous parvenez à garder à l’esprit que votre but fondamental, dans la vie, n’est pas d’être avocat mais de connaître, aimer et servir Dieu, vous deviendrez un avocat d’un type vraiment différent. »

2. People and Praise

Peu après la confrontation avec Feinstein, mais avant sa confirmation par le Sénat (55 voix pour, 43 contre), le « New York Times » révèle qu’elle appartient à un groupe de renouveau charismatique appelé People of Praise qui professe, entre autres, que « les maris ont autorité sur leurs épouses et doivent diriger leur famille ». L’organisation insiste sur la vie familiale, sur les rôles traditionnels associés au genre et sur la prière. En 1996, le neveu du fondateur a rappelé que le but du groupe était d’incorporer la foi dans tous les aspects de la vie : « Nous croyons qu’il n’y a pas de vie en-dehors de la vie chrétienne. Tout ce que nous faisons, nous le faisons donc pour le Christ et notre prochain. »

3. Avortement

Elle a critiqué la fameuse décision de 1973 « Roe vs. Wade », suggérant que le plus probable était que la Cour suprême rabotera cette jurisprudence pour ne garder que le droit basique à l’avortement. Un an plus tard, en 2017, elle déclare : « Je n’imposerai jamais mes convictions personnelles au détriment de la loi. » Mais avec une super-majorité conservatrice, rien n’empêchera la Cour d’enfoncer un pieu dans le cœur de « Roe vs. Wade », et l’on peut compter sur la nouvelle juge pour se joindre à l’assaut.

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4. Brillante

Amy Coney Barrett est née il y a quarante-huit ans en Louisiane, dans la banlieue de La Nouvelle-Orléans. Elle est l’aînée de sept enfants, père avocat et mère au foyer. Elle fait toute sa scolarité dans l’école dominicaine du coin, récoltant les premiers prix, avant de suivre des études de droit tout aussi brillantes : elle assiste des juges de la Cour suprême, dont Antonin Scalia, de 1998 à 1999. Elle est comme lui « originaliste », ou « textualiste », une façon de s’en tenir au « texte » de la Constitution, ce qui justifie les interprétations les plus conservatrices. A la différence de certains juges nommés précédemment par des présidents républicains, pas de danger qu’une fois installée à la plus haute juridiction du pays, elle soit saisie par le moindre virus modéré.

5. Famille nombreuse

Mariée depuis une vingtaine d’années à Jesse Barrett, un avocat de South Bend (Indiana), elle élève avec lui leurs sept enfants, tous âgés de moins de 20 ans. Parmi eux, deux enfants haïtiens adoptés − dont l’un après le tremblement de terre de 2011 − et un benjamin atteint du syndrome de Down. Après sa nomination comme juge fédérale, en 2017, elle a fait trois fois par semaine la navette (150 km) entre South Bend et Chicago.

6. Guns

En 2019, elle a exprimé son désaccord avec une décision du tribunal où elle siège, à propos d’une interdiction de posséder une arme à feu infligée à un homme condamné pour fraude. « L’Histoire s’accorde avec le sens commun : elle démontre que les législatures ont le droit d’interdire aux personnes dangereuses de posséder des armes à feu », écrit-elle. Mais, mais, mais… « Ce pouvoir ne s’applique qu’aux personnes dangereuses. » Le faire au nom d’une fraude revient à « rabaisser le Deuxième amendement au rang de droit de second ordre ». Alors que cet amendement, affirme-t-elle, « confère un droit unique, intimement connecté avec le droit naturel à l’autodéfense ».

7. Obamacare

Ce sera l’un de ses premiers dossiers. Le 10 novembre, la Cour suprême a prévu de se pencher une énième fois sur le sort de l’Obamacare, la réforme de l’assurance-maladie qui reste le succès majeur de Barack Obama. Le président de la Cour, John Roberts, l’avait sauvée de justesse en 2012 et cela n’avait pas plu à Amy Barrett. « Roberts, écrivait-elle, a poussé l’Affordable Care Act [Obamacare, NDLR] au-delà de sa signification plausible afin de sauver le statut. » En clair, il n’aurait jamais dû sortir de son rôle clinique de juge. On n’ose imaginer, en cas de victoire le 3 novembre de Joe Biden, qui fut le vice-président d’Obama, la provocation que constituerait l’annulation d’une loi aussi populaire, non seulement chez les démocrates mais dans toute l’opinion.

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8. Trump

Amy Barrett avait déjà été pressentie pour un poste à la Cour suprême en 2018 après la démission surprise du juge Anthony Kennedy. Son audition avec Trump ne s’était pas très bien passée : elle souffrait d’une conjonctivite, portait des lunettes noires et n’était « pas au meilleur de sa forme », selon une source. Brett Kavanaugh avait fini par décrocher le siège. Peu importe : ce n’est pas Trump, en réalité, qui sélectionne avec soin les juges de la Cour suprême mais la très influente Federalist Society, fondée en 1982, dont Barrett a d’ailleurs été membre, et tout le mouvement conservateur en matière de droit dont l’autorité suprême est Leonard Leo, un avocat qui a par ailleurs coordonné les campagnes de soutien à la nomination de John Roberts, Samuel Alito, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh à la Cour suprême.

9. Illégitime

La tradition veut que les sénateurs rencontrent en tête-à-tête le ou la juge nommé(e) par le président, avant l’audition de confirmation. Mais les sénateurs démocrates sont tellement révulsés par le coup de force de Trump et des républicains, juste avant l’élection, que certains ont déjà annoncé qu’ils ne la rencontreraient pas. Pour Jeff Merkley, sénateur de l’Oregon, « cette nomination est illégitime » : « Je n’ai personnellement aucun désir de prétendre qu’elle est acceptable. » « Pourquoi voudriez-vous que je rencontre une personne dont je sais déjà ce qu’elle décidera, sur chaque dossier ? », demande son confrère de Pennsylvanie, Bob Casey. Ambiance…

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10. Etats rouges

On peut d’autant mieux comprendre la colère des démocrates qu’une Cour suprême à ce point à droite (6 juges contre 3) n’aurait plus aucune incitation à rechercher un minimum de compromis. Mieux, ou pire : les Etats républicains les plus conservateurs se sentiront pousser des ailes pour faire voter des lois réactionnaires, sachant qu’ils auront toutes les chances de les faire valider par la Cour. Un film d’horreur qui, en cas de victoire de Biden et de contrôle démocrate du Sénat, pourrait bien déclencher une réforme de la Cour suprême corrigeant ce déséquilibre aberrant et incroyablement dangereux pour la démocratie américaine.





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