Critique : Basta Capital


Basta Capital

France : 2019
Titre original : –
Réalisation : Pierre Zellner
Scénario : Pierre Zellner
Interprètes :  Jean-Jacques Vanier, Anne-Laure Gruet, Antoine Jouanolou
Distribution : Destiny Films
Durée : 1h35
Genre : Drame, Comédie
Date de sortie : 4 novembre 2020

4/5

Jusqu’à présent, Pierre Zellner n’était apparu au générique d’un long métrage que comme premier assistant de Albert Tudieshe sur le film La belle époque, sorti en 2014. Pour réaliser Basta capital, critique débridée et savoureuse du capitalisme néolibéral, il a bénéficié du soutien de plus de 150 bénévoles dont un certain nombre de professionnels du cinéma, d’une campagne de financement participatif et d’un prêt personnel.

Synopsis : En 2020, dans un contexte social plus tendu que jamais, une communauté d’activistes perd l’un des leurs lors d’une manifestation, sous les coups des forces de l’ordre. Suite à ce drame, ils vont enlever des patrons du CAC 40 pour forcer Emmanuel Macron à appliquer une réelle politique anti-capitaliste.

We had a dream 

Peut-être, sans doute même, n’êtes vous jamais allé jusque là dans vos rêves les plus fous : voir et entendre Emmanuel Macron déclarer solennellement à la télévision qu’un état d’urgence sociale a été décrété et que, en résumé, « la fête est finie » : tournant le dos au capitalisme, source de guerre, de misère et d’individualisme, le voilà qui affirme qu’il est temps d’essayer autre chose, qu’il va nommer un économiste hétérodoxe, « brillant et novateur », comme nouveau Premier ministre, entouré d’universitaires et de chercheurs  spécialistes de leurs domaines, et, qu’ensemble, ils vont procéder à de nombreuses renationalisations, à l’intégration de la règle verte dans la Constitution, à la renégociation voire à la sortie des traités internationaux, à la régularisation des sans papier, à l’annulation de la dette du tiers monde, etc. etc. Au bout d’un an, dans un souci de démocratie, un référendum permettra aux citoyens d’entériner ou non ce changement de politique. Eh bien, cet évènement incroyable, Basta Capital vous l’offre pendant plus de 5 minutes ! Il faut dire que, dans le film, ce changement de cap annoncé  par Emmanuel Macron  n’est pas le fruit d’un éclair de lucidité de sa part : suite à la mort de Dan, un des leurs, tué sur le site de Bure, un groupe d’activistes a enlevé des dirigeants importants du CAC40 afin de faire chanter le Président de la République et l’obliger à changer radicalement de politique. Comme l’a exprimé l’anthropologue Margaret Mead : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens avisés et engagés soient à même de changer le monde. Au contraire, c’est toujours ainsi que cela s’est passé ! ».

Des grands patrons mis au travail

Basta Capital peut se résumer en quelques mots : les discussions sur le bien fondé de l’opération consistant à enlever des dirigeants importants du CAC40, l’opération elle-même, la vie des chefs d’entreprise après leur enlèvement, le discours de Macron, et une fin que, c’est évident, nous ne dévoilerons pas. La partie la plus savoureuse du film est sans conteste la description de la vie des grands patrons durant leur confinement forcé. Bien entendu, pas question de ne pas les occuper durant ces longs mois précédant le référendum et la fin de l’opération : le réalisateur a choisi de les faire travailler dans des conditions similaires à celles pratiquées dans leurs entreprises. C’est ainsi qu’on retrouve Bernard Arnault, le patron de LVMH, totalement perdu face à une machine à coudre, au point que le PDG de Peugeot s’avère meilleur que lui en couture, et Alexandre Bompard, celui de Carrefour, en train d’essayer de réparer une machine à laver fabriquée en Chine pour sa marque Bluesky. Querelles pouvant être d’une très grande dureté entre certains grands patrons, éveil social se traduisant par des tentatives de mouvement de revendication (« Pourquoi vous faites grèves ? Nous on l’a faite 6 mois chez vous et on n’a rien obtenu », s’entendent ils dire !), syndrome de Stockolm chez Bernard Arnault, la liste est longue des scènes et des répliques piquantes offertes par ce monde à l’envers présenté dans Basta Capital.

Une histoire qui n’a pas eu lieu

On ne peut pas demander à un tel film, réalisé avec des moyens limités, d’avoir la perfection formelle des films bâtis à coup de millions d’euros. Il n’empêche : voici un film tourné en grand format, avec une belle lumière et une belle photo dues à Stephen Lecoq, un film qui réussit à présenter à tout un public, avec clarté et dans le cadre d’un divertissement, toute une série de revendications qui ne sont accessibles habituellement qu’aux seules personnes déjà convaincues. Dans la très nombreuse distribution, on note particulièrement le jeu, toujours aussi décalé, de Jean-Jacques Vannier, dans le rôle de Bart, celui de Anne-Laure Gruet, excellente dans le rôle de Lise ainsi que celui d’Olivier Pagès, un Bernard Arnault « victime » du syndrome de Stockolm, et de Benjamin Gasquet en Macron modifié. On note par ailleurs la présence dans ce film, dans de petits rôles, de Danièle Obono, députée La France Insoumise, ainsi que celles de Guillaume Meurice et Charline Vanhoenacker, que les auditrices et auditeurs de France Inter connaissent bien.

Un petit détail pas si anodin que cela : tourné en 2018, avant même le mouvement des Gilets Jaunes, Basta Capital devait être considéré comme étant un film d’anticipation, avec, au départ, une sortie prévue en début d’année 2020 et des évènements racontés postérieurs à cette sortie. Ne sortant qu’en novembre 2020, il devient un film sur une histoire qui n’a jamais eu lieu. Un film dédié à tous les Dan du monde morts pour leurs (excellentes) idées.

Conclusion

Lorsqu’un film parle du futur, on est dans l’anticipation. A priori, Basta Capital sortant début 2020 devait être un film d’anticipation utopiste.  Sa sortie en novembre 2020 en fait un film racontant une histoire qui n’a pas eu lieu. Qu’importe : les messages sociaux, économiques et politiques ont toujours la même force et les côtés comiques générés par la situation ont gardé toute leur saveur.



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