L’élève Macron face à la noirceur des temps


La mission était presque impossible. Rassurer un pays en état d’effarement en quelques minutes, avant les journaux télévisés de 20 heures. Dans la cour de la Sorbonne, Emmanuel Macron, la gorge serrée, a tenté de jouer les pères de la Nation, en parlant exclusivement à la famille de Samuel Paty. Au bord des larmes, il n’était pas un Président de la République mais un frère citoyen, un ancien élève du lycée d’Amiens, devenu un homme d’Etat bouleversé par l’abject, par l’impensable, cherchant à réconforter tout en appelant à ne plus jamais baisser les bras devant ce nouveau totalitarisme qui ronge la nation depuis trois décennies.

Alors, les mots reviennent en boucle, toujours les mêmes, liberté d’expression, connaissance, force de l’enseignement laïc, amour de nos professeurs, citant la lettre de Jean Jaurès aux instituteurs de la IIIe République, à la fin du XIXe siècle. Entre les statues de Victor Hugo et de Louis Pasteur, après avoir écouté « One », la chanson de U2, un des groupes préférés de Samuel Pasty, le chef de l’Etat n’a pas fait du Emmanuel Macron. Ouf ! L’élève Macron a obtenu la mention Bien. Pas de grandiloquence, pas d’excès de zèle, pas de discours pharamineux, mais du sobre, du carré, du martial, du court, du sérieux. Avec, au fond, un seul message : « No pasaran ! », formule des Républicains espagnols luttant contre le fascisme, qu’il n’a pas utilisée, certes, mais qu’il a pensé avec force. « No pasaran », dans ses mots, est devenu « Nous continuerons ! » En quelques mots, continuer le combat des philosophes des Lumières contre l’obscurantisme, contre cette barbarie surgie de la nuit des temps, parachutée au cœur de nos cités. Alors, le message, bien sûr, s’est dirigé vers tous les professeurs du pays, appelés à poursuivre inlassablement le plus beau métier du monde, celui de former des citoyens, par la connaissance, l’échange, le respect de l’autre.

« Samuel Paty est devenu le visage de la République » : Macron rend hommage à l’enseignant assassiné

La métamorphose d’un président

Des mots ? Le fringant et souvent agaçant « freluquet » du début de mandat n’a pas bombé le torse, n’a pas fait d’effet de manche, ni lancé des formules creuses. L’assassinat de Samuel Paty l’a visiblement fait vieillir de dix ans. En se lançant dans la course à l’élection présidentielle, le locataire de l’Elysée n’avait pas imaginé vivre un mandat aussi violent, aussi douloureux. Il rêvait de faire passer la France dans le monde du XXIe siècle, celui de l’Intelligence Artificielle et voilà que le Moyen Age surgit au cœur de nos écoles, de nos rues, semblant faire renaître nos guerres de religions, celles de l’époque d’Henri IV, de la Saint-Barthélemy.VIDÉO. Les cinq moments forts de la cérémonie d’hommage à Samuel Paty

Cruel paradoxe que vit ce défenseur acharné de la 5G, de la vitesse de l‘information, des réseaux numériques, piégé par ces mêmes réseaux virtuels, grands transporteurs, sans contrôle, de haine, de mort, de pensées médiévales. Il y avait, dans cette cour chargée d’Histoire de la Sorbonne, dans le regard de ce Président, une forme de désarroi. Comme un doute. Ainsi, donc, la modernité ne serait pas toujours synonyme de progrès humain, de développement du savoir, de rapprochement entre les hommes ? Ce terrible et funeste retour de l’Ancien monde, pas celui de François Hollande ou Nicolas Sarkozy, du PS ou de LR, mais celui, plus lointain, plus antédiluvien, des sectes barbares, des Huns ou des Wisigoths, de ces conquérants usant de la terreur comme arme absolue de domination et de prise de possession de territoires. Ce regard, un peu perdu, disait aussi sa détermination à ne pas céder face à cette vague obscurantiste. Les prochains jours nous apprendront beaucoup sur la métamorphose d’un Président guilleret et insouciant devenu, par la cruauté des temps, un candidat potentiel au sauvetage de la nation. Un grand homme d’Etat ?





nouvelobs

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