huit mois après l’affaire Mila, l’adolescente continue à être menacée de mort sur les réseaux sociaux


Un policier devant la plateforme de signalement Pharos, le 23 janvier 2018, à Lille (Nord). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Comment identifier, encadrer, sanctionner la haine qui se répand sur les réseaux sociaux ? Après l’attaque terroriste de Conflans-Sainte-Honorine, où les réseaux sociaux ont été un accélérateur de haine, les patrons « France » de Facebook ou encore Twitter ont été convoqués mardi 20 octobre au ministère de l’Intérieur par Marlène Schiappa. Depuis 2004, la loi oblige les plateformes à supprimer ou bloquer (« promptement », dit le texte) les contenus manifestement illicites. Sauf que, dans les faits, certaines publications passent entre les mailles du filet.

L’histoire de la jeune Mila est un exemple de la haine en ligne. En janvier dernier, la jeune lycéenne, scolarisée à Villefontaine (Isère), discute en direct sur les réseaux sociaux, s’écharpe avec un internaute et critique violemment l’Islam. La vidéo est vue plus d’un million de fois. S’en suit une déferlante de haine, qui dure encore aujourd’hui, raconte son avocat maître Richard Malka. « Elle a reçu des centaines puis des milliers, puis des dizaines de milliers de menaces de mort », raconte l’avocat qui parle de « menaces en tout genre ».

Selon l’avocat, huit mois après, « alors qu’elle ne s’exprime évidemment plus du tout sur les sujets qui ont fait polémique, en l’occurence la critique de l’islam, elle continue à recevoir tous les jours des menaces de mort extrêmement violentes. »

Elle reçoit des vidéos postées sur Facebook où on mime des égorgements, où on lui promet de la violer dans des caves, de lui faire manger ses boyaux… Sa vie est devenue un enfer !

Me Richard Malka, avocat de Mila

à franceinfo

Le 1er octobre dernier, le tribunal d’Auch (Gers) a condamné un homme âgé de 23 ans à trois ans de prison dont 18 mois ferme avec mandat de dépôt pour menace de mort contre la jeune Mila. Quatre autres personnes ont été mises en examen. Mais pour Richard Malka c’est insuffisant. « On peut retrouver les personnes, mais on en trouve cinq sur 30 000, comment vous voulez faire pour poursuivre 30 000 personnes ? C’est évidemment impossible ! », lâche l’avocat. « On ne va pas créer un tribunal entier pour le cas Mila. C’est un phénomène de société qui ne peut pas se résoudre uniquement par des moyens policiers, ou par des moyens judiciaires, il y en a trop ! » Pour lui, la seule mesure efficace : que l’on oblige ces plateformes à avoir un responsable légal en France, ce qu’elles refusent.

Comment s’y prendre concrètement pour empêcher la diffusion de ces contenus haineux ? Marlène Schiappa demande aux réseaux sociaux de prendre leur responsabilités. Les géants du web disent être d’accord pour supprimer a posteriori des images choquantes ou des propos haineux, mais hors de question de décider de ce qui doit circuler ou pas. « Sur quels critères décider encore une fois qu’elle [une vidéo] a sa place ou pas en ligne ? », se demande sur franceinfo Giuseppe de Martino, ancien directeur général de Dailymotion et le président d’un lobby des géants de l’Internet en France. « On rentre dans une interprétation qui est totalement hors de propos pour un acteur privé. C’est la même chose pour la vidéo de ce père se plaignant des propos d’un professeur », explique-t-il.

Seul un juge, pour préserver encore une fois nos libertés publiques, doit être à même de décider de ce qui a sa place ou pas sur internet ou sur des médias quels qu’ils soient.

Giuseppe de Martino, ancien directeur général de Dailymotion

à franceinfo

Jean Castex a annoncé mardi vouloir créer un nouveau délit de « mise en danger par la publication de données personnelles » sur internet. Le Premier ministre veut aussi donner des moyens supplémentaires à la plateforme Pharos qui reçoit les signalements directement des internautes plus de 4 000 par semaine avec seulement une trentaine de personnes pour les traiter.



francetvinfo

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