Le box-office de la semaine du 7 octobre 2020



Parents d’élèves © 2020 Stéphane Branchu / Rectangle Productions / TF1 Droits Audiovisuels / UGC Distribution
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Le marché français

Il y avait déjà une légère tendance à la baisse à observer du côté du box-office français en cette semaine 41, allant du 7 au 13 octobre. Le cumul hebdomadaire était resté au dessus du million d’entrées, ce qui demeure malgré tout un résultat honorable en ces temps de crise sanitaire à rallonge. Mais avec plus de 200 000 spectateurs en moins par rapport à la semaine précédente, le ver était subrepticement entré dans la pomme de l’industrie de l’exploitation cinématographique. Car il y a hélas de fortes chances qu’on se souvienne avec une nostalgie amère de cette semaine-ci, en fin de compte la dernière pour une durée indéterminée où les cinémas pouvaient projeter des films quand ils le voulaient. Depuis, le couvre-feu sur une large partie du territoire national a profondément changé la donne. Une fois de plus, serait-on tenté d’écrire en cette année 2020, très sombre pour la santé économique des salles obscures, voire pour la santé tout court.

Réjouissons-nous donc d’une manière forcée que la baisse par rapport à la même semaine en 2019 n’est « que » de 70 % et constatons que le cumul annuel ne rattrapera jamais son retard d’un peu plus de 60 %. Il aura plutôt tendance à le creuser, en fonction de la prolongation des restrictions, en vigueur pour l’instant pendant un mois. Une chose est à peu près sûre par contre, c’est que la part de marché des films français restera au beau fixe, dans un marché plus que jamais déprimé. En baisse par rapport aux faramineux 72 % de la semaine dernière, elle affiche toujours de très bons 65 %, pour une moyenne annuelle de 41 % que bon nombre de pays européens devraient nous envier.

Et après ? Comment les salles de cinéma françaises pourront-elles subsister, une fois les vacances de la Toussaint passées, quand elles devront se contenter d’une seule et unique séance en début de soirée, vers 18 ou au plus tard 19 heures ? Comme toujours, cela dépendra surtout de la volonté du public de vivre le cinéma sur grand écran, quitte à se lever plus tôt pour profiter des séances aux aurores, vers 8 heures du matin paraît-il, ou à y courir immédiatement après la fin du travail en semaine. L’équation économique va être extrêmement délicate. Espérons toutefois que la plupart des cinémas pourront garder leurs portes ouvertes au fil de ce long désert aux messages néfastes qui se succèdent. A moins qu’un nouveau confinement les précipite dans la cessation d’activité pure et simple.

Les films en continuation

Puisqu’on n’en est pas encore à ce point de non-retour, employons-nous à célébrer les films qui réussissent quand même à trouver leur public. Antoinette dans les Cévennes est absolument de ceux-là ! En quatrième semaine, la comédie bucolique de Caroline Vignal crée l’exploit en se hissant à la première place du classement. Si on aimait les boutades, on dirait que ce film et son distributeur Diaphana avaient de l’âne. En tout cas, on espère que ce conte de fées commercial pourra encore durer un petit peu. Pourquoi pas jusqu’à ce que Laure Calamy réussisse à porter sur ses seules épaules son premier film millionnaire avec son nom en haut de l’affiche ?

Les autres vedettes féminines du cinéma français ne se portent certes pas aussi bien. Mais au vu de la morosité ambiante, les résultats de Karin Viard dans Les Apparences de Marc Fitoussi – en route pour les 400 000 entrées en fin de carrière – et de Isabelle Huppert dans La Daronne de Jean-Paul Salomé – qui pourrait même espérer 50 000 spectateurs de plus – doivent être considérés comme globalement satisfaisants. Les messieurs, à savoir Vincent Lindon et François Damiens, sont sensiblement plus à la peine, puisque le champion de la semaine dernière, Mon cousin de Jan Kounen, chute lourdement en perdant près des deux tiers des spectateurs de son cycle de démarrage.

En comparaison à cette dégringolade, la locomotive hollywoodienne principale de cette saison, Tenet de Christopher Nolan, reste étonnamment stable en s’assurant une place dans le trio de tête pour sa septième semaine à l’affiche. L’arrivée de nouveautés pendant les quinze jours de vacances devrait lui être prochainement fatale. Mais d’ici là, il prouve que les amateurs de blockbusters n’ont pas encore entièrement migrés vers les services de vidéo en ligne. Ciblé sur un public assez différent, le film d’animation Josep d’Aurel fait également preuve d’une appréciable stabilité. Et on regrette tout de même de ne pas retrouver dans le Top 10 le documentaire contestataire Un pays qui se tient sage de David Dufresne, qui avait su démarrer à la neuvième place la semaine dernière.

Les nouveautés

Une comédie française chasse donc l’autre, bien que le démarrage de Parents d’élèves de Noémie Saglio n’ait rien d’exceptionnel. Elle a beau rester pas si loin des sommets du classement – à même pas sept mille entrées – , cette comédie scolaire ne les côtoiera sans doute jamais. Surtout pas quand le milieu scolaire fait penser en ce moment la France entière à des sujets infiniment plus graves, actualité brûlante de lutte contre le terrorisme oblige. Il est alors fort à parier que le quatrième film de la réalisatrice n’atteindra pas la barre millionnaire, franchie il y a plus de cinq ans par Connasse Princesse des cœurs qu’elle avait co-réalisé avec Eloïse Lang.

Le monument du cinéma américain Robert De Niro ne fait plus recette. Et comment le pourrait-il en tournant dans des films sortant directement en ligne comme The Irishman de Martin Scorsese ou dans ceux dont l’attrait principal se trouve a priori ailleurs, comme Joker de Todd Phillips ? Mon grand-père et moi de Tim Hill démarre en effet mollement, encore un cran en dessous d’une autre comédie faussement salace, Dirty Papy de Dan Mazer. Celle-là avait néanmoins su totaliser près de 200 000 entrées en deux semaines d’exploitation en février 2016. C’était il y a quatre ans seulement. Quatre ans qui ont tout changé, sauf l’envie assez inexplicable de la part de l’acteur de légende de jouer dans des comédies (très) peu exigeantes.

Enfin, la première sortie du distributeur Star Invest Films ne marquera guère les annales du box-office, ni celles du film d’horreur. Au mieux, Relic de Natalie Erika James nous rappelle que, pendant l’été, les cinémas devaient un pourcentage assez constant de leur fréquentation à ce genre, plus que jamais dans l’air du temps en ces dernières semaines avant Halloween.

Le classement français

Voici les principaux chiffres du Top 10 du box-office français entre le mercredi 7 et le mardi 13 octobre 2020 :

  1. Antoinette dans les Cévennes – distribué par Diaphana Distribution – 4ème semaine / – 24 % – 117 062 entrées / 625 334 cumul – 11 % part de marché
  2. Parents d’élèves – distribué par UGC – Nouveauté – 110 248 entrées cumulées – 10 % part de marché
  3. Tenet – distribué par Warner Bros. France – 7ème semaine / – 37 % – 88 056 entrées / 2 247 357 cumul – 8 % part de marché
  4. Mon cousin – distribué par Pathé – 2ème semaine / – 59 % – 84 145 entrées / 289 362 cumul – 8 % part de marché
  5. Les Apparences – distribué par SND – 3ème semaine / – 20 % – 69 144 entrées / 298 756 cumul – 6 % part de marché

6. Mon grand-père et moi – distribué par Alba Films – Nouveauté – 50 862 entrées cumulées – 5 % part de marché

7. Josep – distribué par Dulac Distribution – 2ème semaine / – 19 % – 49 187 entrées / 110 215 cumul – 5 % part de marché

8. Relic – distribué par Star Invest Films – Nouveauté – 39 142 entrées cumulées – 4 % part de marché

9. Les Choses qu’on dit les choses qu’on fait – distribué par Pyramide Distribution – 4ème semaine / – 33 % – 38 428 entrées / 248 435 cumul – 4 % part de marché

10. La Daronne – distribué par Le Pacte – 5ème semaine / – 45 % – 32 747 entrées / 403 357 cumul – 3 % part de marché



Critique film

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