Test Blu-ray : The saviour / La justice d’un flic


The saviour / La justice d’un flic

Hong Kong : 1980
Titre original : Jiu shi zhe
Réalisation : Ronny Yu
Scénario : Ronny Yu, Alfred Cheung
Acteurs : Ying Bai, Gigi Suk Yee Wong, Kent Cheng
Éditeur : Spectrum Films
Durée : 1h22
Genre : Policier, Thriller
Date de sortie DVD/BR : 7 mai 2020

L’inspecteur Tong et son nouveau partenaire Cheng enquêtent sur un tueur en série qui assassine des prostituées. La piste sanglante les emmène jusqu’au fils du magnat Kwok qui tue rapidement tous les témoins possibles pour protéger son fils. Désespéré d’attraper le tueur, Tong utilise sa propre petite amie comme appât pour l’attirer…

Le film

[4/5]

La classification des œuvres cinématographiques de Hong Kong fut mise en place en 1988, avec l’apparition des films de « Catégorie III », les fameux films made in HK interdits aux moins de 18 ans. Au moment de l’introduction de ce nouveau système de classement, une petite dizaine de films ont acquis de façon rétroactive le petit triangle d’avertissement – on pense par exemple à L’enfer des armes de Tsui Hark. A la découverte de The saviour (1980 – jusqu’ici plus connu chez nous sous son titre de VHS La justice d’un flic), on pourra cependant s’étonner que le film de Ronny Yu soit passé entre les mailles du filet, tant cette relecture badass de L’inspecteur Harry s’avère un spectacle âpre et violent. Il y a fort à parier pour que le film eut été marqué du sceau de l’infamie s’il était sorti après 1988.

Tout ça pour dire que The saviour n’est probablement pas à mettre devant tous les yeux. Suivant la trajectoire d’un flic borderline littéralement prêt à tout pour mettre la main sur un tueur de prostituées, Ronny Yu adopte ici un style sec, d’une simplicité déconcertante – on est loin, bien loin des délires formels qui illumineraient sa filmographie dans les années 90. Un polar quasiment tourné « à l’occidentale », qui permet au cinéaste de se concentrer sur son récit, plus profond qu’il n’y parait dans sa volonté de dresser un portrait de flic affrontant un tournant de sa vie. Il se trouve en effet face à un choix qui lui impose de choisir soit la « justice », soit l’opportunité de connaître un jour un semblant de vie de famille.

Si mélodramatique qu’elle puisse paraître, cette idée apporte tout de même des nuances intéressantes au personnage incarné par Pai Ying, même si le récit fonctionne globalement sur une mécanique de thriller, avec d’ailleurs ce que cela peut comporter en termes de « clichés » du polar, comme cette première scène de commissariat voyant notre héros se faire copieusement engueuler par son boss et se verra assigné d’un nouveau partenaire. Mais – et comme dans L’inspecteur Harry finalement – le personnage le plus fascinant de The saviour sera sans conteste son psychopathe tueur de femmes, qui nous offrira les plus belles scènes du film, des meurtres sanglants mis en scène avec talent par un Ronny Yu inspiré, allant chercher son inspiration dans le thriller le plus crasseux, et rappelant finalement par certains aspects le poliziottesco le plus brutal des années 70, et même le film de « psychokiller » à la Maniac.

Pour autant, le rythme de The saviour demeure assez lent, ce qui finalement colle plutôt bien au travail de la police et à l’impasse dans laquelle se retrouvent les enquêteurs du film. L’exaspération du personnage principal et sa volonté acharnée à retrouver le tueur n’en sera que plus grande… Habilement construit sur une montée crescendo de la tension, le film s’inscrit globalement dans la mouvance du polar de la nouvelle vague hongkongaise, avec une esthétique crade typique du genre.

Le Blu-ray

[4/5]

A notre connaissance, Spectrum Films est le premier éditeur au monde à proposer de découvrir The saviour / La justice d’un flic sur support Blu-ray. Jusqu’ici uniquement disponible chez nous au format VHS, le film de Ronny Yu n’était à ce jour visible que dans une copie apparaissant aujourd’hui littéralement atroce à nos yeux ayant pris des goûts de luxe : couleurs baveuses, définition très approximative… On salue donc bien bas Spectrum Films de nous donner l’opportunité de découvrir un film aussi rare et méconnu. Alors bien sûr, les puristes et autres ayatollahs de la Haute-Définition crieront sans doute au scandale, targuant ici ou là que la définition du Blu-ray français est indigne du support, et autres joyeusetés. Laissons-les à leurs VHS ou leurs VCD importés de Hong Kong et soyons réalistes : compte tenu de la rareté du métrage, on soutiendra quant à nous plutôt que le rendu HD de The saviour est clairement et définitivement honorable. Si l’encodage est certes proposé en 1080i (une constante ou presque concernant le cinéma Hongkongais), si le piqué manque certes un peu de précision, et si l’on repère quelques artéfacts pouvant être liés à l’utilisation d’un réducteur de bruit numérique, on est néanmoins en présence, et de loin, de la meilleure copie du film disponible à ce jour. Les couleurs sont chaudes et naturelles, l’encodage ont été soignés, et même projeté sur un écran de grande taille, The saviour demeure une expérience HD perfectible mais recommandable. Côté son, l’éditeur nous propose deux mixages (VF + VO) encodés en DTS-HD Master Audio 2.0. La version française est assez amusante, surtout lors de la scène durant laquelle une institutrice fait l’appel dans sa classe, enchainant les prénoms français : « Martine, Jean-François, Michel, Laurent… »

Du côté des suppléments, Spectrum Films nous propose de commencer avec une présentation du film par Arnaud Lanuque (10 minutes), qui remettra The saviour dans son contexte de tournage et louera les qualités du film. Mais le gros morceau de cette édition sera délivré par Julien Sévéon, qui nous proposera un retour sur la carrière de Ronny Yu (40 minutes) extrêmement complet et passionnant, mêlant habilement les références à son parcours personnel et les qualités des différents films qu’il a réalisés au fil des années. On terminera enfin avec un sympathique podcast de l’émission Steroids consacré à The saviour. Il a été enregistré spécialement pour cette édition par Stéphane Moïssakis et Julien Dupuy, de l’équipe de Capture Mag (18 minutes). Ils y évoqueront notamment l’influence du polar italien et américain sur le film de Ronny Yu, avec beaucoup de [Spoilers].



Critique film

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