Le ruissellement n’a pas eu lieu. Il est grand temps d’agir !


Deux titres sont apparus, le même jour, dans les quotidiens. L’un constatait : « La fortune des milliardaires atteint des records avec la pandémie de Covid-19 » (« les Echos », 7 octobre). L’autre avertissait : « La pandémie de Covid-19 va faire basculer jusqu’à 150 millions de personnes dans l’extrême pauvreté » (« le Monde », 7 octobre). Terrible, leur télescopage nous livre un message clair : ce sale virus est un puissant facteur d’accélération des inégalités. Et les gouvernements n’ont pas encore, semble-t-il, pris la mesure de cette bombe à retardement sociale et politique.

Les plus riches encore plus riches

La France n’y échappe pas : selon les grandes associations caritatives, on compte un million de pauvres supplémentaires depuis le Covid, qui viennent s’ajouter à un total de 9,3 millions. Dans les files d’attente de l’aide alimentaire, près de la moitié sont des nouveaux venus : des étudiants ayant perdu leurs petits boulots, des intérimaires, des mères seules, des chauffeurs Uber, des artisans… Pendant ce temps, les plus fortunés voient leur richesse croître.

C’est dans ce contexte que France Stratégie (une institution rattachée au Premier ministre) a publié un rapport accablant. A le lire, les réformes fiscales qui ont valu à Emmanuel Macron le qualificatif de « président des riches » n’ont pas atteint leur cible. La transformation de l’ISF en IFI (qui ne porte que sur l’immobilier) et l’instauration d’un prélèvement forfaitaire unique de seulement 30 % sur les revenus du capital ont coûté à l’Etat plusieurs milliards d’euros par an, mais ils n’ont eu, contrairement aux espoirs du pouvoir, aucun effet sur l’investissement. Le ruissellement n’a pas eu lieu… ou alors vers le haut. Les bénéficiaires des allègements fiscaux ont empoché leurs gains. Et les dividendes qu’ils touchent ont continué de croître : ils ont même explosé pour les 0,1 % les plus riches. Y compris cette année. Y compris dans les entreprises recevant les aides de l’Etat.Face à la crise, l’Etat est-il naïf ou stratège ?

Face à la crise exceptionnelle que traverse le pays, sortons d’une telle politique, à la fois injuste et inféconde. Cela doit d’abord passer par un renforcement du soutien aux plus démunis. Il n’est pas sérieux, dans un plan de relance de 100 milliards d’euros, de n’en consacrer que 800 millions aux plus précaires : 0,8 %, on est loin du « pognon de dingue ». Le coup de pouce aux bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire, l’abaissement du prix du ticket-restaurant universitaire, l’augmentation du nombre de places dans les crèches vont dans le bon sens mais sont insuffisants. Le RSA et la prime d’activité peuvent être augmentés, un RSA jeune peut être créé… C’est l’audace qui devrait porter « l’acte 2 » du plan pauvreté.

Et puis, dans cet éprouvant « monde d’après », il est temps de faire appel à la solidarité des plus riches. Certains, comme François Hollande, suggèrent « une contribution exceptionnelle » sur les dividendes. Cela ne suffira pas : une stratégie plus pérenne doit être mise en place. L’Etat, qui a, à juste titre, creusé la dette pour financer le chômage partiel et les prêts garantis aux entreprises, devra rembourser pendant des années. Or qui paiera les impôts de demain ? Les ménages fragilisés par la crise ? Ou ceux qu’elle a épargnés ? Les choix fiscaux initiaux du gouvernement n’ont plus grand sens. Alors que les inégalités se creusent de nouveau, il est de son devoir de remettre sur la table la question de la fiscalité du patrimoine et de l’héritage, quitte à « européaniser » le débat. Refuser d’ouvrir ce chantier pour des raisons idéologiques, ou pour ne pas avoir à se déjuger, serait irresponsable.





nouvelobs

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