le couvre-feu sous les critiques d’une partie de l’opposition


Il n’y aura pas d’unité nationale. Loin d’être consensuel, le couvre-feu annoncé mercredi soir par Emmanuel Macron suscite les critiques acerbes d’une partie des responsables des oppositions. D’une partie seulement : la mesure divise à l’intérieur des familles politiques.

Le chef de l’Etat a décrété un couvre-feu total à 21 heures en Ile-de-France et dans les métropoles de Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Etienne.

Le bulletin de notes d’Emmanuel Macron après ses annonces contre le Covid

Les maires des villes concernés en acceptent le principe, tout en insistant sur la nécessité de mesures de soutien. « Nous devons rester unis et appliquer les mesures annoncées par le président de la République, même si elles sont dures », écrit la maire de Paris, Anne Hidalgo, sur Twitter. « C’est une nouvelle épreuve, et nous y ferons face, ensemble et solidaires des soignants. » L’élue socialiste s’inquiète toutefois pour les théâtres et salles de spectacles :« Je solliciterai la ministre de la Culture pour trouver des solutions ou des dérogations pour que les auteurs et les artistes du spectacle vivant puissent continuer à présenter au public leurs créations dans le strict respect des règles sanitaires. »

Sur les rives de la Méditerranée, Michèle Rubirola (gauche) prévient que « Marseille restera efficace contre la Covid ». Mais elle insiste aussitôt sur un impératif : « Que le gouvernement renforce réellement les tests rapides et les moyens aux hôpitaux et aux soignants. »

Le numéro du Parti socialiste, Olivier Faure, approuve le couvre-feu, qui « peut être une partie de la solution ». Il estime toutefois que le gouvernement aurait dû généraliser le télétravail : « Comment comprendre que rien ne soit prévu pour encourager le télétravail alors que les contaminations sont plus nombreuses au travail et les transports que dans la sphère privée. » Et il ajoute que « les mesures d’accompagnement pour les familles précarisées, pour les jeunes privés de ressources » sont « notoirement insuffisantes ».

« Couvrir leur nullité »

« Bienvenue en Absurdie », commente pour sa part Jean-Luc Mélenchon. « 60 % des contaminations ont lieu au travail ou à l’école ou à l’université entre 8 heures et 19 heures. Mais Macron interdit les sorties au bar et au restau entre 20 heures [21 heures en réalité] et 6 heures. »

La France insoumise fait bloc contre le couvre-feu : « Plus occupé à offrir des bouts de notre industrie à ses amis qu’à planifier pour tester, tracer, isoler et soutenir le personnel de santé “quoi qu’il en coûte”, Macron confine les quelques heures de liberté dont disposent les Français », écrit le député LFI Adrien Quatennens, qui demande :

« Le virus disparaît le matin ? »

Tandis que pour François Ruffin, lui aussi député LFI : « Le couvre-feu pour couvrir leur nullité. Plutôt que de prévoir et d’agir depuis le printemps, Macron, en maton, nous enferme. Combien de temps serons-nous victimes de leur incompétence ? »

« Un couvre-feu strict peut être une mesure efficace »

La droite est partagée

A droite, le numéro 2 du parti Les Républicains Guillaume Peltier utilise une expression identique à celle de Jean-Luc Mélenchon : « On nage en absurdie », commente-t-il. « Couvre-feu la nuit mais métro le jour ; métropoles fermées mais vacances pour tous à la campagne. »

Il est toutefois isolé dans sa famille politique. Eric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, approuve le choix du gouvernement : « Je salue le couvre-feu annoncé par le président de la République. Une mesure forte et indispensable pour faire reculer le virus. Nous sommes à un moment de bascule où l’impératif sanitaire prime. »

« Nous n’avons pas d’autre choix que de nous résoudre au couvre-feu, ça va être une épreuve qu’on va devoir traverser ensemble mais nous devons nous retrousser les manches parce qu’il faut sauver des vies et sauver l’activité économique », souligne Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France, sur RTL.

Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR, appelle à des mesures complémentaires : « Pour que le couvre-feu soit efficace, il faut aussi réussir la stratégie qui a été mise en échec jusqu’à présent : le dépistage rapide, le traçage efficace et l’isolement effectif », écrit-il, ajoutant :

« J’espère que le gouvernement ne commettra pas l’erreur commise pendant la première vague. »

Les élus de la majorité soutiennent sans surprise le couvre-feu. « Le #CouvreFeu annoncé par le Président @EmmanuelMacron est une décision de sagesse permettant de freiner le virus sans que le virus n’arrête le pays. Mais il symbolise aussi l’esprit de responsabilité que nous devons témoigner dans tous les actes de notre vie pour nous protéger », écrit Gilles Le Gendre sur Twitter.

« Il n’y a pas de raison de ne pas stopper la propagation du virus par des mesures qui demandent une certaine discipline », déclare pour sa part François Bayrou, interrogé jeudi matin sur Radio Classique.

A l’extrême droite, Marine Le Pen ne s’oppose pas au couvre-feu mais fustige « l’échec » de la politique de tests :

« La déception doit être vive chez les soignants ce soir, qui n’ont entendu aucune annonce pour les soulager en personnels et en matériel. La politique de tests est un échec. Son amélioration, qui permettait la préservation de nos grandes libertés publiques, doit être une PRIORITÉ. »Le « couvre-feu », brûlants souvenirs





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