François Bonneau : « la clé, c’est une Europe forte et une relation étroite avec les régions »



Actualité


16.10.2020

Propos recueillis par Valentin Ledroit

La pandémie de Covid-19 a plongé l’Europe dans une grave crise économique. Pour tenter d’y remédier, les chefs d’Etat et de gouvernement se sont accordés sur un plan de relance de 750 milliards, alimentant en partie « France Relance », le plan national, présenté le 3 septembre 2020. Les régions s’impliquent également pour s’assurer que les fonds bénéficient aux territoires. A l’occasion du Congrès 2020 des Régions de France ce lundi 19 octobre, François Bonneau, président délégué de l’association et président de la région Centre-Val de Loire, répond aux questions de Toute l’Europe.

François Bonneau (au-centre), président délégué de Régions de France et président de la région Centre-Val-de-Loire, ici aux côtés de Jacqueline Gourault, Ministre de la Cohésion des territoires, et de Renaud Muselier, président de Régions de France et de la région Sud-PACA – Crédits : page Facebook Régions de France

A l’occasion du Congrès de Régions de France, Toute l’Europe vous propose un éclairage pour comprendre la politique régionale de l’UE, son histoire, ses objectifs, les chiffres clés, et appréhender les enjeux dans les territoires :

Le Thème de l’édition 2020 du congrès des Régions de France est « les Régions : QG de la reconstruction ». Après la présentation des plans de relance européen et français, quelles mesures ont été prises par les exécutifs régionaux?

François Bonneau : Les exécutifs régionaux ont engagé des plans d’actions concrets en deux temps. Dans un premier temps, des mesures ont été prises, complémentaires de celles de l’Etat, pour que la digue tienne, pour que des entreprises, dans une situation de grande menace, puissent tenir bon. Cela s’est fait à travers la participation au fonds de soutien et avec l’ensemble des outils dont disposent les régions, pour venir en aide aux structures culturelles, aux associations, et les aider à développer leur résilience. Dans un second temps, les régions ont mis en place, à la fin du printemps, des plans de relance régionaux qui se poursuivent actuellement. Ces plans soutiennent à la fois les entreprises, les territoires et les citoyens. Ils sont d’ailleurs articulés avec les moyens que l’Europe et la France ont décidé de mettre en place.

Quelle type de relance souhaitez-vous mettre en place?

Sur nos territoires, nous souhaitons mettre un terme aux délocalisations qui pour certaines n’ont aucune raison d’être. Nous sommes allés acheter des masques à 0,80€ l’unité en Chine alors qu’on peut les produire à moins de 0,15€ en France. Le plan de relance ce n’est pas seulement une réimplantation des entreprises, c’est aussi pour les régions des implications qui permettent de relancer la production pharmaceutique en France. Cela passe, dans le domaine alimentaire, par des productions et des transformations sur les sols de nos régions au lieu d’aller acheter à l’autre bout du monde.

Le plan de relance c’est une prise en compte de l’innovation comme facteur premier du développement économique de demain. Soutenir l’innovation aujourd’hui c’est permettre que demain les productions se fassent sur notre territoire. Certains secteurs sont encore en très grande difficulté, il faut les aider à tenir debout pour qu’ils puissent être parties prenantes de la reprise. Il faut également tenir compte de l’évolution du modèle de production et répondre aux grands défis de demain.

« Si les décisions ne sont qu’européennes ou nationales, le risque est de voir des milliards qui tournent au-dessus de la tête des citoyens, des entreprises et des territoires, et qui n’atterrissent pas« 

Comment s’est coordonnée l’action des régions avec celle de l’Etat ? Les autorités régionales vont-elles être chargées d’une partie de la mise en œuvre du plan national ?

Si les décisions ne sont qu’européennes ou nationales, le risque est de voir des milliards qui tournent au-dessus de la tête des citoyens, des entreprises et des territoires, et qui n’atterrissent pas. Notre travail consiste à faire en sorte que les entreprises soient en situation de répondre aux appels à manifestation d’intérêt et aux appels à projets nationaux et européens. Dans le secteur de l’aéronautique, de l’automobile, de l’énergie, il est évident que de grosses entreprises ont les capacités d’y répondre. C’est en revanche très difficile pour beaucoup de nos PME. Il faut d’abord que l’information arrive jusqu’à elles puis il faut les accompagner pour qu’elles puissent faire valoir leurs projets.

Le travail des régions est d’accompagner les filières locales et les entreprises locales pour qu’elles puissent se saisir des mobilisations financières de l’Etat et de l’Europe. À l’échelle des Régions de France, nous avons un dialogue avec les différents ministères. Nous le voulons plus fort encore. Nous souhaitons que les grandes orientations soient décidées en concertation avec les régions.

« La prise en compte de ces enjeux doit être transversale, sans quoi nous allons complètement étouffer la machine économique quand nous étoufferons la planète »

Le versement des subventions européennes est conditionné au respect par les plans de relance de certains critères comme l’allocation de 37 % des sommes à des actions en faveur du climat. Cette exigence est-elle en phase avec les projets des régions ?

Si nous travaillons à une relance qui ne considère pas aujourd’hui que le réchauffement climatique et les dérèglements climatiques constituent des enjeux majeurs, on pourrait peut-être vivre de l’illusion que notre économie redémarre, mais très rapidement on serait rattrapés par la réalité. La prise en compte de ces enjeux doit être transversale, sans quoi nous allons complètement étouffer la machine économique quand nous étoufferons la planète. Le type de développement qui doit être soutenu par cette relance est celui qui prend en compte la planète. Ça n’est pas anti-économique que de le dire. C’est même pro-économique de dire que lorsqu’on crée de l’énergie grâce à la filière hydrogène, on crée des emplois sur le territoire et de la richesse. Il est nécessaire que l’UE et la France accompagnent les entreprises vers des processus de production plus vertueux. Les clés mises en place par l’Europe sont nécessaires pour repartir sur des bases économiques et sociales durables.

Les négociations autour du cadre financier pluriannuel pour la période 2021-2027 sont également toujours d’actualité. Que pensez-vous des coupes budgétaires annoncées pour certains programmes ?

En raison du départ des Britanniques, il y a des domaines dans lesquels l’impulsion va être diminuée. Cette baisse est un peu compensée par le mécanisme REACT EU, qui permettra de mobiliser des fonds européens supplémentaires pour les deux prochaines années. Nous plaidons à l’échelle des régions pour une intervention européenne soutenue, certes réorientée dans un certain nombre de domaines, mais au regard de l’investissement public nécessaire pour relever les défis, les moyens de l’UE sont nécessaires.

Nous souhaitons que l’Europe soit au rendez-vous des grandes mutations agricoles, industrielles, de la recherche. Nous sommes dans un monde où la concurrence est rude et nous devons relocaliser en Europe. Il n’est plus possible d’avoir une part importante de nos médicaments produits à l’autre bout du monde alors que la recherche et le développement dans les biomédicaments se fait ici. Il faut pour cela une Europe forte et des moyens européens à un niveau supérieur.

Les régions sont des relais importants de l’action européenne au niveau local. Cela passe évidemment par les fonds structurels dont le FEDER et le FSE pour lesquels les Régions sont autorités de gestion depuis 2014. Quel bilan tirez-vous de cette première période ?

Pour le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le Fonds social européen (FSE), nous en tirons un bilan positif. Lorsque l’on articule la gestion des moyens financiers avec la responsabilité du déploiement des politiques, on renforce la possibilité d’agir au plus près. Ce sont donc des avancées notoires, à défendre âprement, car elles nous mettent en lien direct avec l’Europe. C’est important qu’elle vive de la relation avec les Etats qui la composent, mais également qu’elle vive de sa relation avec les territoires.

Dans les maquettes européennes pour la période 2021-2027, il est important que la voix des territoires soient prises en compte. La voix des citoyens, des entreprises passe par celle les régions. L’Europe a besoin de renforcer sa cohésion et de développer de grands projets dans des domaines stratégiques comme le ferroviaire, l’énergie ou l’alimentation, pour ne plus dépendre d’autres régions du monde.

Depuis un an, la Commission européenne est présidée par Ursula von der Leyen. Ce changement à la tête de l’institution a-t-il impacté les échanges que vous entretenez avec l’exécutif européen ?

Les échanges aujourd’hui sont importants et denses. Nous avons des échanges permanentes pour définir les maquettes de la période 2021-2027. Je ne vois pas de différences dans nos relations institutionnelles.

Je dois dire que la réponse européenne à la crise a été bonne. On peut toujours faire des critiques – dire qu’une place plus importante aurait pu être accordée à l’écologie, au social – mais l’Europe a fait un pas considérable en s’engageant très fortement dans ce plan de relance et c’est cela que je veux saluer aujourd’hui. L’Europe était avant la crise l’objet de grandes tensions. Au pied du mur, elle a su refaire corps en mutualisant sa dette, en donnant aux territoires les moyens d’agir pour lutter contre la crise.

Aujourd’hui, nous considérons l’Europe comme un moteur pour aller vers un nouveau modèle de développement. Il faut maintenant que ces moyens éco arrivent aux territoires et vers les acteurs éco des régions : recherche, formation en compétences.

Quelle relation entre l’Europe et les régions souhaitez-vous pour l’avenir ?

Nous traversons une période marquée par des enjeux environnementaux et numériques importants, des écarts de richesses qui se creusent et une inclusion des populations mise à mal. Il nous faut un nouveau modèle de développement. La clé de ce nouveau modèle, c’est une Europe forte et une relation étroite avec les régions afin de constituer un espace de développement économique et humain avec de véritables atouts.

Le 16e congrès de Régions de France se déroule le 19 octobre 2020 à Paris, à l’invitation de la Région Île-de-France.
Le thème de cette édition est « les Régions, QG de la reconstruction« .
En raison des mesures de restriction liées à la pandémie de Covid-19, la journée de débats sera à suivre en ligne uniquement.


Les débats sont à suivre sur le site de Régions de France.



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