La Roche-sur-Yon 2020 : Wendy



Wendy

États-Unis, 2020

Titre original : Wendy

Réalisateur : Benh Zeitlin

Scénario : Benh Zeitlin & Eliza Zeitlin

Acteurs : Devin France, Yashua Mack, Gage Naquin et Gavin Naquin

Distributeur : Condor Distribution

Genre : Aventure

Durée : 1h52

Date de sortie : 9 décembre 2020

3/5

Parmi les innombrables transpositions du mythe de Peter Pan au cinéma, aucune n’a jusqu’à présent réussi à nous enchanter. Pas celle de Disney dans les années 1950 et surtout pas l’un des pires films de l’illustre carrière de Steven Spielberg, l’ennuyeusement ignoble Hook. Quant à la version de P.J. Hogan sortie au début du siècle, y a-t-il quelqu’un qui s’en souvient encore ? Bref, ce conte sur le refus de grandir pour mieux faire des bêtises dans un monde parallèle imaginaire nous a depuis toujours laissés indifférents, pour rester polis. Une situation de départ qui ne nous prédestinait guère à être réceptifs au deuxième long-métrage de Benh Zeitlin, huit ans après Les Bêtes du sud sauvage.

Ceci dit, sans être une réussite indiscutable, Wendy relève quand même de la réinterprétation astucieuse. Comme la plupart des films sélectionnés avec soin au Festival de La Roche-sur-Yon, il ose tenter des choses qui ne fonctionnent peut-être pas toujours, mais qui nourrissent notre soif de découvertes cinématographiques. Pendant longtemps, il écarte l’histoire d’origine de son aura platement enfantine au profit d’un point de vue plus sombre et brut. Ainsi, il garde intacte en grande partie la symbiose quasiment spirituelle entre l’enfance et la nature, qui avait porté le premier film du réalisateur, pour autant qu’on s’en rappelle. Avant de revenir in extremis au message plus doux sur cette innocence de la jeunesse, qu’il convient de préserver coûte que coûte, même à l’âge adulte.

© 2020 Eric Zachanowich / Journeyman Pictures / Searchlight Pictures / TSG Entertainment / Condor Distribution
Tous droits réservés

Synopsis : Depuis son plus jeune âge, la vie de Wendy a été rythmée par les trains, qui passent tout près du restaurant tenu par sa mère. Des années après la disparition mystérieuse de son ami d’enfance Thomas, elle s’embarque à son tour en pleine nuit sur le toit d’un train en compagnie de ses frères, les jumeaux Douglas et James. C’est l’irascible Peter qui l’a incitée à oser cette fugue. Il l’emmène encore plus loin, sur une île volcanique déserte, où lui et sa bande font la loi, en apparence joyeusement.

© 2020 Eric Zachanowich / Journeyman Pictures / Searchlight Pictures / TSG Entertainment / Condor Distribution
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Est-ce que vous croyez aux miracles ?

Même après le laps de temps considérable qui s’est écoulé depuis sa première incursion triomphale dans la scène du cinéma américain indépendant au début de la décennie, Benh Zeitlin sait toujours aussi bien filmer les enfants. Il a une façon toute personnelle de les approcher, d’en faire les héros de ses histoires, sans pour autant les affubler de traits de caractère adultes. De quoi mettre potentiellement à part son corpus de films, en attendant qu’il soit plus nombreux. Dans Wendy, on retrouve ainsi cette voix off un peu trop ostentatoirement poétique et ces échelles de plan imprécises, qui avaient fait de Les Bêtes du sud sauvage une expérience filmique plutôt mitigée à notre goût. Toutefois, ce fil directeur assez approximatif permet à la narration de créer d’emblée un univers hors du temps, voire de replonger le spectateur dans un état de contemplation enfantine pas inintéressant.

Car au début du film, la frontière entre le monde des adultes et celui des enfants tient encore parfaitement debout. Tandis que les mères se plient docilement soit aux exigences matérielles d’une existence au bord de la pauvreté, soit au chagrin d’un enfant disparu des années plus tôt sans laisser de traces, leur progéniture a encore tout loisir de partir à la pèche aux tortues ou de courir après les trains de marchandises à la destination inconnue. Ce n’est point une enfance entièrement préservée que Wendy et ses frères vivent auprès de leur vaillante mère, mais plutôt le reflet filmique à peine esthétiquement sublimé des derniers moments d’innocence, avant le passage à une étape de leur vie plus chargée en termes de responsabilités.

© 2020 Eric Zachanowich / Journeyman Pictures / Searchlight Pictures / TSG Entertainment / Condor Distribution
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L’aventure du vieillissement

Le départ vers cet ailleurs s’apparente d’abord à une formidable odyssée. En effet, les enfants quittent le foyer familial sans trop de scrupules, attirés par un mélange de jeux d’ombres, de fumée et de bruits étranges les arrachant à la quiétude d’une nuit de sommeil profond. La sensation euphorisante de leur escapade reste entière, jusqu’à ce que Peter les expulse brusquement du train pour les jeter à l’eau. Cet élément de vie et de mort développera d’ailleurs toute sa panoplie d’ambiguïté symbolique par la suite. Dès lors, c’en est fini du ton de complaisance, puisque l’heure de la survie aura sonné. Les premiers pas des enfants sur l’île se passent alors sous le signe de la découverte, craintive pour les garçons, plus téméraire pour leur sœur qui ne manque pas de culot pour faire en sorte que leur intégration dans cet environnement peu familier réussisse.

Or, l’état de grâce ne durera pas longtemps. Le récit ne tarde en effet pas à se conformer plus étroitement aux grandes lignes du conte de Peter Pan, avec ses personnages emblématiques qui se dessinent de plus en plus distinctement. La dimension métaphorique de l’intrigue prend alors le dessus, par le biais de l’éternel affrontement entre l’optimisme presque pathologique des enfants et la morosité tout autant indécrottable des adultes. Néanmoins, la mise en scène de Benh Zeitlin fait là aussi preuve d’une certaine singularité. Elle sait rester à l’écart de toute forme de morale manichéenne, en dépit des croisades successives censées ramener un peu de joie juvénile aux vieillards, qui ne savent plus danser, ni chanter. En les faisant échouer à chaque fois, la narration reste fidèle à l’esprit de Peter Pan, que l’on pourrait résumer au cercle vicieux du divertissement éternel.

© 2020 Eric Zachanowich / Journeyman Pictures / Searchlight Pictures / TSG Entertainment / Condor Distribution
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Conclusion

Il y a décidément plus à tirer de l’histoire de Peter Pan que ses interminables chamailleries avec le Capitaine Crochet ou ses manœuvres de séduction maladroites auprès de la fée Clochette … qui a été transformée ici en une baleine lumineuse au fort instinct maternel !? Wendy s’acquitte pas sans ingéniosité de la tâche de revisiter le mythe, grâce à la mise en scène plutôt inspirée de Benh Zeitlin. Le réalisateur au rendement parcimonieux y reste fidèle à l’esprit mi-naturaliste, mi-spirituel de son premier long-métrage, tout en se permettant quelques étonnantes libertés d’interprétation par rapport à l’histoire d’origine.



Critique film

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