La Roche-sur-Yon 2020 : Hitman Agent Jun



Hitman Agent Jun

Corée du Sud, 2020

Titre original : Hiteumaen

Réalisateur : Choi Won-sub

Scénario : Choi Won-sub & Sin Jung-ryeol

Acteurs : Kwon Sang-woo, Lee Yi-kyung, Jeong Jun-ho et Hwang Woo Seul-hye

Distributeur : –

Genre : Action

Durée : 1h50

Date de sortie : –

3,5/5

On espère ne jamais cesser d’être étonné par le cinéma sud-coréen ! Alors que la plupart des cinématographies nationales s’épuisent au fil du temps, perdant l’attention des distributeurs et du public français au profit d’un autre pays étranger à la mode, l’engouement et l’appréciation envers les films venus de cette partie prolifique du cinéma asiatique ne sont pas près de s’arrêter. Et tant mieux, puisque l’on ne se lassera jamais d’y faire de belles découvertes comme Hitman Agent Jun, présenté dans la section Variété au Festival de La Roche-sur-Yon ! En effet, le premier film de Choi Won-sub constitue une source quasiment inépuisable de bonnes surprises, grâce à son traitement frais et décontracté d’une thématique au moins aussi ancienne que la reconversion bâclée des super-héros de la famille des Indestructibles dans le film Pixar sorti il y a seize ans.

On s’y croirait presque ramené avec les premiers plans du film, qui évoquent en images animées le triste sort des parents du personnage principal. Or, ce léger métissage des formes restera plutôt discret par la suite. Car l’essentiel du récit s’épanouit à travers le savoureux décalage entre la vie d’avant du héros, le plus redoutable des tueurs à gages au service de la Corée du Sud, et sa misère actuelle, piégé qu’il est dans l’existence autrefois tant convoitée d’un dessinateur de bande dessinée finalement peu talentueux. L’incroyable agilité de la mise en scène et l’ingéniosité remarquable du scénario, saupoudrées d’une couche d’auto-dérision, en font une formidable parabole sur l’ambition. Cette dernière s’avère en effet très tôt être une arme à double tranchant. Ainsi, le quotidien rêvé de l’orphelin, embrigadé contre son gré dans les services secrets, aura perdu beaucoup de sa superbe au contact des exigences de la vie ordinaire.

© 2020 Very Good Studio / Lotte Entertainment Tous droits réservés

Synopsis : Après avoir perdu ses deux parents dans un accident de la route, Jun est devenu un enfant violent et sans peur. Le profil parfait recherché par les renseignements coréens, qui veulent créer à grands frais l’unité d’élite Shield. Jun sera le meilleur élément de cette dernière, un super agent capable de tuer à lui seul toute une armée de terroristes. Cette réputation exemplaire commence à lui peser, d’autant plus que sa véritable passion réside du côté du dessin de bande dessinée. Il met donc en scène sa propre mort, afin de couler des journées douces en vivant de son art. Mais quinze ans plus tard, son parcours idéaliste l’a amené aux portes du désespoir. Criblé de dettes et moqué par sa femme et sa fille, il ne conçoit que des webtoons descendus en flèche sur les réseaux sociaux. Et s’il racontait enfin sa propre histoire, afin d’accéder à la gloire si longtemps poursuivie ?

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Ce n’est pas tout

S’il nous arrive parfois d’adopter une attitude de snob intello à l’égard du cinéma d’action, c’est parce que ce genre fait généralement preuve d’une pénible paresse scénaristique. Une fois le décor campé, souvent de la façon la plus convenue imaginable, il ne reste plus qu’à tout faire exploser à l’issue d’une bastonnade musclée. Quel ennui ! Heureusement, dans Hitman Agent Jun, les cartes du jeu dramatique sont distribuées d’une manière totalement différente. Une très grande ironie du ton s’y impose rapidement, au détriment des sempiternels passages obligés, tels que les répétitives poursuites en voiture et autres fusillades tonitruantes. De celles-là, il y en a certes dans cette production coréenne au budget apparemment conséquent. Mais elles se mettent invariablement au service d’un récit extrêmement vif et imprévisible.

Vous n’aurez certainement pas le temps de vous ennuyer au cours de ces près de deux heures de film, l’équivalent cinématographique d’un feu d’artifices où chaque pétard fait mouche. Pratiquement à chaque nouvelle séquence, le récit accomplit un superbe volte-face, les certitudes d’avant devenant les obstacles encombrants à l’adaptation au nouveau statu quo. Les repères entre le bien et le mal y bougent sans arrêt, aussi grâce à l’ambiguïté des personnages, tiraillés entre un éventail hautement évolutif d’obligations. Bref, le mouvement agile est le maître-mot ici, sans que cette course à la surenchère ne tourne à la surchauffe en roue libre. Les instants où la pirouette narrative tombe à plat sont effectivement aussi rares que ceux ne correspondant pas à l’exigence de l’humour farceur, instauré dès le début du film.

© 2020 Very Good Studio / Lotte Entertainment Tous droits réservés

Papa arrive

En effet, comment ne pas rire, soit jaune, soit à grands éclats libérateurs, des périples rocambolesques du personnage principal de ce film survolté ? L’agent Jun, qui n’a au demeurant pas grand-chose à voir avec l’univers Hitman conjugué en salles à travers deux films avec Timothy Olyphant et Rupert Friend, est l’exemple parfait du héros adulé par tous et pourtant gangrené par des remords. Or, ce ne sont pas tous les cadavres qu’il a sur la conscience qui lui pèsent, mais l’impression d’avoir raté sa vie, c’est-à-dire sa vocation. Pire encore, le fait d’avoir pu tant soit peu réaliser son rêve intime de devenir un dessinateur à succès n’a fait qu’accroître encore chez lui le dilemme existentiel. Et une fois que la reconnaissance finit par frapper à sa porte, ce sera au prix d’un retour en arrière ni expiatoire, ni nostalgique.

Ce qui ne veut pas dire que le récit de Hitman Agent Jun se complaît dans une forme de nombrilisme proche de l’auto-flagellation. Pour cela, la dérision est bien trop présente, faisant succéder sans tarder aux effusions de sentiments familiaux des morceaux de bravoure d’action sans aucune retenue. La véritable perfection de cette histoire avec un nombre conséquent de morts, mais sans temps mort, se situe alors moins dans l’efficacité sans âme avec laquelle le père de famille frustré retrouve ses vieux réflexes de machine meurtrière que dans le grand écart joliment bancal qu’il devra entreprendre afin de réconcilier ses identités contradictoires. Tout un programme, en somme, auquel la mise en scène du nouvel espoir du cinéma coréen Choi Won-sub confère une allure endiablée.

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Conclusion

Par expérience, la sélection Variété au Festival de La Roche-sur-Yon peut nous réserver – comme son nom l’indique en quelque sorte – autant de bonnes que de mauvaises surprises. Dans le cas de Hitman Agent Jun, il s’agit indubitablement d’une très bonne, proche de la révélation ! Il y a en fait très peu à redire face à un film qui sait ne pas trop se prendre au sérieux, tout en assurant souverainement une prestance narrative et technique pratiquement sans faille. Espérons que ce beau spectacle à l’esprit malicieux trouvera le soutien de l’un des vaillants distributeurs français, spécialisés en ce genre de film exubérant venu d’Asie !



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