[Revue de presse] Brexit : le Conseil européen à la recherche d’un compromis ?


Revue de presse
15.10.2020

Ce 15 octobre, les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’UE se réunissent à Bruxelles pour un nouveau sommet en partie consacré au Brexit. Alors que les discussions butent encore sur la pêche et les conditions de concurrence, plusieurs médias voient dans ce rendez-vous l’occasion de faire évoluer les positions de chacun.

A l’occasion du Conseil européen, présidé par Charles Michel (à gauche), qui débute ce jeudi 15 octobre à Bruxelles, le négociateur pour l’UE Michel Barnier (à droite) prendra part aux discussions sur le Brexit avec les 27 dirigeants des Etats membres – Crédits : Conseil de l’UE

« La menace était implicite« , analyse Katya Adler, responsable du bureau Europe de la BBC. « À la veille de leur sommet de deux jours à Bruxelles, le Premier ministre [britannique Boris Johnson] a rappelé aux dirigeants européens ses paroles de début septembre. Un accord commercial devait avoir été conclu entre les deux parties avant le 15 octobre pour qu’il soit en vigueur avant la fin de l’année« . Depuis le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 janvier 2020, les deux parties négocient les conditions de leur relation future. Celle-ci inclut un accord commercial, qui doit être conclu d’ici la fin de l’année pour entrer en vigueur le 1er janvier prochain, lorsque l’actuelle période de transition aura pris fin.

Mais les diplomates européens « n’ont pas été impressionnés » par les propos du dirigeant britannique, qui a lui-même fini par nuancer ses propos [BBC]. « Le Premier ministre a déclaré qu’il attendait avec impatience les résultats du Conseil européen et qu’il réfléchirait avant de présenter les prochaines étapes du Royaume-Uni », ont notifié les services de Downing Street à l’issue d’un échange téléphonique avec les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, Charles Michel et Ursula von der Leyen [The Parliament Magazine]. « A deux mois et demi du choc« , il reste encore « beaucoup de travail devant nous« , a néanmoins alerté cette dernière après l’entretien [Les Echos].

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Désaccords commerciaux

« En dépit de discussions plus ‘constructives’ qu’auparavant avec Londres, les points de blocage [persistent] sur la pêche […] et la manière de régler les différends dans le futur accord« , résumait hier le négociateur de l’UE Michel Barnier [Ouest-France].

Concernant la pêche, ce sont « deux positions maximalistes [qui] s’opposent« , commentent les Echos. « Le Royaume-Uni souhaite reprendre le contrôle de ses eaux très poissonneuses et négocier tous les ans un accès limité des chalutiers européens. L’Union, elle, souhaite conserver un large accès tel qu’il existe aujourd’hui« , résument les correspondants de Libération à Londres et Bruxelles. Au-delà de l’aspect économique, il s’agit d’un dossier « extrêmement sensible politiquement et où apparaissent clairement des différences d’analyses entre Etats membres, ce qui pourrait tester l’unité du bloc lors de ce sommet européen« , poursuivent Les Echos. Michel Barnier, qui cherche une marge de manœuvre pour parvenir à un compromis, a lui-même souligné que « l’UE devait faire preuve de plus de réalisme » à ce sujet [Politico].

Les futures règles britanniques de concurrence posent aussi problème. Si l’UE a mis sur la table un accord « zéro droit de douane, zéro quota », comprenant « un large accès au marché intérieur« , elle attend en contrepartie que « les conditions de concurrence (level-playing field) soient les mêmes de part et d’autre de la Manche » [Libération]. Ce qui implique que Londres  « s’engage à respecter les règles de l’Union en matière d’aides d’Etat aux entreprises et applique ses normes environnementales, sanitaires, sociales » [Libération]. Or le Royaume-Uni se revendique aujourd’hui comme « une nation souveraine » [BBC] et refuse ce qu’il considère être « un accès au marché moins avantageux que celui proposé au Canada et au Japon« , rapporte France 24. Et sur ce sujet en particulier, « les dirigeants européens ne sont pas encore tous sur la même longueur d’onde lorsqu’il s’agit de savoir à quel point ils doivent abandonner ou faire des concessions pour obtenir un accord« , analyse la BBC.

Perte de confiance

En revanche, les « 27 États membres de l’UE sont totalement unis » sur la gouvernance de la relation future et le règlement des différends, estime Politico. « La manière dont vous réglez vos différends est la clé d’un bon accord, et nous devons pouvoir trouver un accord pour nous assurer que nous pouvons faire confiance à un partenaire« , a expliqué un fonctionnaire européen au média. Or malgré les « avancées techniques » sur ce dossier, le projet de loi britannique visant à « apporter des modifications unilatérales à l’accord de retrait du Brexit » [Libération] a « [durci] la position de l’UE en matière de gouvernance« , estime Politico. D’autant que « pour ratifier un accord, [le Parlement européen] exigera que cette loi britannique soit abrogée » [Libération].

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Qu’attendre dès lors de la réunion des dirigeants européens ? « Le résultat le plus probable […] est que les dirigeants demanderont une accélération et une intensification des négociations« , anticipe Katya Adler. De son côté, le correspondant de France 24 parie lui aussi sur une poursuite des négociations mais s’interroge sur leur efficacité : « s’agira-t-il de véritables pourparlers ou simplement d’une mascarade pendant que les deux parties préparent en coulisses un ‘no-deal’? ». De fait, « aucune des deux parties ne veut être celle qui mettra fin à ces négociations [et] être ensuite tenue responsable du chaos économique« .

Plus optimiste, le correspondant des Echos à Bruxelles juge que les Vingt-Sept devraient débattre des « moyens de faire bouger les lignes« . L’UE a de son côté « toujours indiqué que la fin octobre était la date limite pour parvenir à un accord » afin que celui-ci puisse être ratifié avant la fin de l’année [Politico]. Mais « personne n’exclut que les discussions s’étendent plus loin – peut-être même jusqu’au sommet européen de la mi-novembre« , poursuit le média. « Nous continuerons à négocier tant qu’il y aura une chance« , confie un diplomate européen, pour qui « c’est maintenant à Johnson de décider s’il fera de même« .

 

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