Le bulletin de notes d’Emmanuel Macron après ses annonces contre le Covid-19


Sans doute se souviendra-t-on longtemps de ce mercredi soir qui a vu le président de la République nous conseiller de « ne pas être plus de six à table ». On savait déjà que cette configuration est source d’inconfort dans les appartements urbains autour de tables ne possédant pas de rallonge. Nous avons découvert qu’il s’agissait désormais de nous comporter en « citoyens solidaires » et d’oublier que nous fûmes jusqu’à ce mercredi soir, des « individus libres ». Une page de notre histoire se tourne.

Derrière son bureau design immaculé, à bonne distance d’Anne Sophie Lapix (France 2) et de Gilles Bouleau (TF1), Emmanuel Macron a parlé en coach de la nation tandis que débute la deuxième mi-temps d’un match éliminatoire contre le Covid. « Couvre feu de 21 heures à 6 heures du matin pendant quatre semaines en Ile-de-France dans huit métropoles », a décrété le chef de l’Etat après avoir analysé la nouvelle vague virale qui menace de saturer notre système de soins et d’emporter toujours plus de vies (déjà 33 000 morts en sept mois)… Il s’agit de resserrer notre défense collective.

En proclamant cette restriction de la liberté de circulation (sauf pour les travailleurs munis d’un sauf-conduit !), le président, qui ne s’était plus exprimé sur le sujet depuis l’annonce du déconfinement à la fin du mois d’avril dernier, a changé de pied avec ce mélange d’aplomb et d’énergie qui caractérise tous ses revirements depuis son élection ! Une nouvelle fois, le virage est brutal. Le plan de relance présenté comme prioritaire est éclipsé par le regain de l’épidémie. Et l’état d’urgence sanitaire établi à partir du 17 octobre. C’est le retour du « biopouvoir » qui règle nos vies pour mieux les sauver.

Joue-la comme Philippe !

Inédit pour lutter contre une maladie, le couvre-feu évoque les temps de guerre. Emmanuel Macron a certifié qu’il avait été efficace en Guyane. Mais il s’est bien gardé d’adopter les accents martiaux qui avaient caractérisé ses premières interventions de chef de guerre contre le virus. Pas de posture de général en chef. Emmanuel Macron semble s’être inspiré de l’exemple de son ancien premier ministre Edouard Philippe dont la franchise et la transparence ont durablement séduit l’opinion. Prenant bien garde de ne pas « infantiliser » les Français, le président a vanté leur discipline collective lors du confinement. Conscient des sacrifices qu’il demande à ses concitoyens, Emmanuel Macron a voulu se montrer empathique. En particulier à l’intention de la jeunesse privée de sortie :

« Ce n’est pas facile d’avoir 20 ans en 2020 ».

Le président a reconnu le manque d’efficacité de la politique de tests : trop de queues à l’entrée des labos, trop d’attente pour connaître les résultats. Mais il a assuré que la stratégie des écouvillons pour tous est la bonne pour suivre et circonscrire l’épidémie qui sera parmi nous « jusqu’à l’été 2021 ». Pénible agenda. Mais le laborantin de l’Elysée attend beaucoup de l’arrivée de nouveaux tests salivaires et antigéniques…

Responsabilité politique

Pour compenser le manque à gagner des restaurants, des bars, des théâtres et de tous les secteurs mis à l’arrêt après 21 heures, le président a promis une « politique d’accompagnement ». Le « quoi qu’il en coûte » demeure. Et les plus démunis, frappés par la maladie et la précarité économique qui en résulte, devraient se voir accorder une aide exceptionnelle de 150 euros.

« Un couvre-feu strict peut être une mesure efficace »

Face aux journalistes réduits au rôle de témoins, Emmanuel Macron, grave mais serein, a semblé avoir réponse à tout. Dans la tradition d’un pouvoir centralisé et concentré, il a fait appel au civisme d’un peuple inquiet et défiant. Malgré les précautions de langage, cette énième communication verticale et paternaliste convaincra-t-elle ? On voit mal comment la population des métropoles menacée par la pandémie, pourrait se dérober voire se rebeller. Mais le chef de l’Etat, lui, met en jeu sa responsabilité politique. S’il n’avait pas réagi, son pronostic vital eût été engagé. Mais si le nouveau dispositif ne suffit pas à enrayer le mal, il perdra des points de vie.

Les notes d’Emmanuel Macron

Comportement : 6/10

Ni martial, ni trop bavard, le président a maîtrisé l’exercice pédagogique centré sur l’annonce choc du couvre-feu. Il s’agissait de reprendre pied sur le terrain sanitaire trop vite déserté depuis le déconfinement. Présentée par le Premier ministre Jean Castex, la mesure aurait été moins audible. Une nouvelle fois, l’Elysée se voit dans l’obligation d’éclipser Matignon.

Compétences : 7/10

Bonne maîtrise du dossier. Le président a même réussi à expliquer le fonctionnement de « Tous anti-Covid », la nouvelle version de l’application de traque du virus superbement ignorée par son Premier ministre. Pourvu qu’elle fonctionne…

Stratégie : 3/10

Face à un virus imprévisible, l’exécutif navigue à vue. Cela rend sa trajectoire incompréhensible, voire erratique, aux yeux d’une large part de l’opinion. Seules la pédagogie et la franchise sont admises. A condition d’être efficace dans l’action…





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