Que sont les mortiers d’artifice, ces engins explosifs que Darmanin veut interdire ?


Après l’attaque du commissariat de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) à coups de tirs de mortiers d’artifice, samedi 10 octobre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a affiché sa volonté d’interdire la vente aux particuliers de ces engins de pyrotechnie régulièrement détournés de leur usage par des délinquants.

Regardez notre décryptage en vidéo :

Pour cela, a-t-il expliqué, il déposera un amendement à la proposition de loi LREM sur le continuum de sécurité qui sera examinée à partir du 17 novembre par les députés.« Je souhaite que dans le prochain texte de loi qui arrive à l’Assemblée nationale le 19 novembre, la proposition de loi de M. Fauvergue et Mme Thourot, nous puissions définir comme une arme à destination ces feux d’artifice. […] Ils peuvent blesser, ils peuvent tuer, et il faut aujourd’hui que nous arrêtions cette vente sur internet, cette vente qui n’est pas destinée à des professionnels et que nous la pénalisions. »

  • Faut-il parler de « tirs de mortier » ?

L’expression peut porter à confusion. Dans le contexte français, il ne s’agit pas des armes de guerre tirant des obus explosifs ou chimiques en tir parabolique utilisées par l’armée. Il s’agit de mortiers d’artifice, des engins pyrotechniques normalement utilisés par les professionnels des feux d’artifice, détournés de leur usage.

« Le mortier d’artifice est un engin pyrotechnique composé d’un cylindre en carton et d’une charge explosive. Cette charge est faible, il ne s’agit pas de TNT ou autre », explique à l’AFP Rocco Contento, porte-parole du syndicat Unité SGP.

Les mortiers d’artifice se présentent sous forme de boules, de diamètre variant entre 40 et 60 mm, qui s’utilisent normalement avec un tube planté dans le sol.

« En utilisation normale, il est planté au sol et tiré en l’air. Mais les voyous s’en sont emparés pour faire une arme par destination. A tir tendu, il peut blesser quelqu’un et en pleine figure, c’est la même chose qu’un LBD [lanceur de balle de défense, NDLR] », ajoute le syndicaliste.

  • Les tirs de mortier d’artifice sont-ils dangereux ?

Oui. Si l’attaque du commissariat de Champigny-sur-Marne n’a pas fait de blessés, des policiers sont régulièrement blessés par ces engins. Le syndicaliste Unité SGP complète :

« Ça présente un vrai danger, ça peut provoquer des acouphènes et des blessures sur les personnes qui peuvent les recevoir comme chez celles qui les projettent et qui peuvent perdre des doigts, ce qui arrive fréquemment quand ils n’en maîtrisent pas l’usage, voire un incendie si ça tombe par une fenêtre ouverte dans un logement ou un véhicule. »

Les blessures, en particulier les brûlures, peuvent être « assez graves ». En mai, lors d’une intervention de routine sur la voie publique à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), trois policiers avaient été brûlés, l’un au cou, l’autre au bras, l’autre à une main par des mortiers lancés contre leur véhicule dont les vitres avaient volé en éclats.

En raison de leur manque de précision, les mortiers d’artifice peuvent aussi blesser ceux qui les manipulent, relevait cet article du « Parisien » en 2019. Cela peut aller jusqu’à l’amputation.

Par ailleurs, tirés dans des appartements, les tirs de mortiers d’artifice peuvent provoquer des incendies. C’est ce qu’il s’est passé le 14-Juillet au premier étage d’un immeuble du 13e arrondissement de Paris, comme l’indiquaient nos confrères du « Parisien ».

  • Est-il facile de s’en procurer ?

Si leur vente est réglementée au-delà d’un certain diamètre, précise Franceinfo, on peut s’en procurer facilement sur internet. « Ce n’est pas très cher », souligne Rocco Contento.

L’utilisation de ces mortiers d’artifice est devenue « une tradition dans les cités », où « les voyous les utilisent contre les policiers », pour Rocco Contento. En juillet, trois commissariats des Yvelines, aux Mureaux, Fontenay-le-Fleury et Plaisir, ont été pris pour cible.

Alors qu’il y a quelques années, ces tirs étaient principalement observés pour la Saint-Sylvestre ou le 14-Juillet, ils sont devenus très courants. Par exemple, en août, après la défaite du PSG en finale de la Ligue des Champions, des tirs de mortiers d’artifice ont visé les forces de l’ordre à Paris.

« L’utilisation des mortiers d’artifice s’est intensifiée ces derniers mois. Cela a commencé durant les deux mois de confinement où les patrouilles étaient accueillies dans les cités par ces tirs », explique Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat Alliance.

« Ils sont utilisés comme des armes pour viser des actions de la police, par exemple quand on veut faire des interpellations », dit une source policière en banlieue parisienne.





nouvelobs

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