Coronavirus: effets pervers du ballon d’oxygène de la BCE


C’est un record depuis 1945. La dette publique devrait atteindre 117,5 % du PIB fin 2020, selon les prévisions du projet de loi de finances présenté le 28 septembre. Certains redoutent une crise de la dette comme l’Europe en a connu au début des années 2010.

La récession avait fait déraper les finances publiques des pays du Sud, comme l’Italie ou l’Espagne, provoquant de fortes tensions sur les marchés financiers et une hausse des taux d’intérêt. En réponse, les gouvernements avaient mis en place des politiques de rigueur budgétaire, empêchant la croissance de redémarrer. Même en France, pourtant moins ciblée que ses voisins du Sud, François Hollande avait massivement augmenté les impôts, plombant là aussi la reprise. Mais ce cercle vicieux ne se reproduira pas avec la crise du Covid.

En effet, l’essentiel de la hausse de la dette publique a été absorbé par la BCE, qui a acheté les obligations émises par les Etats pour financer leur déficit, pour plus de 2 000 milliards d’euros. Dans chaque pays, les banques centrales nationales ont acheté ces obligations pour le compte de la BCE. Or, à l’exception de l’Italie, ces banques sont détenues par les Etats eux-mêmes, à qui elles reversent leurs profits.

Politique salvatrice

Ce n’est donc pas un sujet d’inquiétude. La dette détenue uniquement par les investisseurs privés ne devrait atteindre que 75 % du PIB dans la zone euro fin 2020 (voir graphique) , en baisse par rapport au pic de 90 % en 2014. En France, elle approcherait les 100 %, à peine plus que son niveau de 2015. Il n’y a pas de raison, cette fois, de craindre une hausse des primes de risques demandées par les investisseurs.

Cette politique salvatrice a toutefois des effets pervers. En poussant les taux d’intérêt réels à des niveaux proches de zéro, la BCE ponctionne les actifs des épargnants pour leurs vieux jours, notamment ceux qui souscrivent de l’assurance-vie, dont le rendement s’est effondré. L’injection de monnaie dans l’économie a également tendance à faire gonfler le prix de certaines classes d’actifs, en premier lieu l’immobilier.

Le gouvernement a beau promettre qu’il n’est pas question d’augmenter les impôts, la politique de la BCE aboutit bien à une forme de double taxation sur les épargnants et sur les ménages désirant devenir propriétaires.

Des impôts d’autant plus injustes qu’ils sont peu visibles et ne font l’objet d’aucun débat démocratique. En procédant ainsi, la BCE perd également une partie de son indépendance puisqu’elle est contrainte de se mêler de facto de politique budgétaire.

Une attitude qui pourrait avoir des répercussions sur la confiance dans la solidité de l’euro.

 

Le niveau contenu de la dette détenue par les investisseurs privés ne fait pas craindre, cette fois, de hausse des taux.

(SOURCES : DATASTREAM, BCE, PRÉVISIONS NATIXIS)

 

C’est un record depuis 1945. La dette publique devrait atteindre 117,5 % du PIB fin 2020, selon les prévisions du projet de loi de finances présenté le 28 septembre. Certains redoutent une crise de la dette comme l’Europe en a connu au début des années 2010.

La récession avait fait déraper les finances publiques des pays du Sud, comme l’Italie ou l’Espagne, provoquant de fortes tensions sur les marchés financiers et une hausse des taux d’intérêt. En réponse, les gouvernements avaient mis en place des politiques de rigueur budgétaire, empêchant la croissance de redémarrer. Même en France, pourtant moins ciblée que ses voisins du Sud, François Hollande avait massivement augmenté les impôts, plombant là aussi la reprise. Mais ce cercle vicieux ne se reproduira pas avec la crise du Covid.

En effet, l’essentiel de la hausse de la dette publique a été absorbé par la BCE, qui a acheté les obligations émises par les Etats pour financer leur déficit, pour plus de 2 000 milliards d’euros. Dans chaque pays, les banques centrales nationales ont acheté ces obligations pour le compte de la BCE. Or, à l’exception de l’Italie, ces banques sont détenues par les Etats eux-mêmes, à qui elles reversen…



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