Pascal Canfin : « La loi sur le climat va structurer l’action climatique de l’UE pour les trente prochaines années »



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09.10.2020

Propos recueillis par Alexandra Lesur

Afin d’être climatiquement neutre d’ici 2050, l’Union européenne doit s’accorder sur un objectif de réduction des émissions à l’horizon 2030 plus ambitieux. C’est le principal message adressé cette semaine par les députés européens aux chefs d’Etat et de gouvernement, qui se rencontreront la semaine prochaine lors d’un Conseil européen.

Pascal Canfin, président de la commission Environnement du Parlement européen. Crédits : Parlement européen

Avec 392 voix pour, 161 contre et 142 abstentions, les députés européens ont adopté leur position sur la loi climat qui vise à faire respecter les engagements européens dans le cadre de l’accord de Paris pour lutter contre le réchauffement de la planète. Entretien avec l’un des principaux acteurs du Pacte vert pour l’Europe au Parlement européen, Pascal Canfin, président de la commission ENVI.

Toute l’Europe : Le Parlement européen vote cette semaine la loi européenne sur le climat. A quoi sert-elle ?

Pascal Canfin : C’est la première loi européenne sur le climat. Elle fixe d’abord l’objectif de neutralité climatique pour 2050 et va fixer le nouvel objectif de réduction des gaz à effet de serre pour 2030. Par ailleurs, elle va renforcer la façon dont toutes les politiques publiques européennes, comme par exemple la Politique agricole commune ou la politique commerciale commune, sont en phase avec les enjeux climatiques. Ne serait-ce que pour ces trois raisons là, c’est une loi historique, un élément clé du « Green deal » qui va structurer l’action climatique de l’Union européenne pour les trente prochaines années.

Le Pacte vert, au coeur de l’action européenne

Après cette étape, il faudra convaincre les 27 d’adopter ces nouveaux objectifs. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?

La balle est maintenant dans le camp d’Angela Merkel, qui préside le Conseil de l’Union européenne jusqu’à la fin de l’année. Lorsque la chancelière fera un tour de table la semaine prochaine avec les chefs d’État et de gouvernement, je pense qu’elle constatera qu’il y a une majorité qualifiée au Conseil pour soutenir un objectif de réduction des émissions de 55 % pour 2030 par rapport à 1990, contre 40 % aujourd’hui. Maintenant que le Parlement européen a tiré l’ambition vers le haut avec un objectif de réduction des émissions de 60 %, il faut qu’Angela Merkel acte cette majorité qualifiée pour une réduction d’au moins 55 %, et qu’elle donne ensuite le feu vert pour les négociations avec le Parlement européen.

Unanimité, majorité qualifiée, minorité de blocage… comment les décisions sont-elles prises en Europe ?

Concrètement, la chancelière donnera son aval à sa ministre de l’Environnement pour finaliser la version de la loi sur le climat qui sera discutée par les ministres européens de l’Environnement le 24 octobre prochain. Ensuite, dès fin octobre, les négociations entre le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne pourront débuter. De cette façon, nous pourrons nous donner toutes les chances de conclure un accord le 12 décembre, pour les cinq ans de l’accord de Paris. On ne peut pas imaginer que l’Europe arrive les mains nues à l’occasion de cette séquence historique, qui marque aussi l’entrée en vigueur de l’accord de Paris.

Il faut souligner également que la Chine a adopté récemment un nouvel objectif très ambitieux de neutralité climat pour 2060. D’autre part, si Joe Biden est élu à la place de Donald Trump le 3 novembre prochain, les États-Unis devraient revenir dans l’accord de Paris. Si l’Europe est absente de ce moment parce qu’elle n’a pas finalisé sa loi climat, nous serons vraiment à côté de l’histoire.

La loi propose également la création d’un haut conseil européen sur le climat. Quel sera son rôle ?

Pour le Parlement européen, cette institution sera très largement inspirée du haut conseil français pour le climat. Sa mission sera assez simple : il s’agit d’évaluer la cohérence (ou l’incohérence) des politiques publiques européennes avec l’accord de Paris. Ce que ce conseil européen ne doit surtout pas faire, c’est remplacer le GIEC et produire des analyses scientifiques. J’étais opposé à cela, pour ne pas déconstruire le consensus international du GIEC. Si chaque pays créait un GIEC, il n’y aurait plus de science climatique, le politique dominerait la science et empêcherait cette dernière de s’exprimer.

L’un de vos amendements adoptés prévoit des « stress tests » climatiques dès qu’un financement européen est mobilisé. Comment fonctionneront-ils ?



Malgré tous les événements climatiques tels que les feux de forêt, les sécheresses ou les inondations comme dans le sud-est de la France et en Italie la semaine dernière, nous continuons de financer des infrastructures qui ont une durée de vie de deux, trois ou quatre décennies, sans tester leur résilience au regard des chocs climatiques. C’est le constat de départ. Nous construisons par exemple des routes côtières sans mesurer si, selon les scénarios climatiques dans trente ans, elles pourront se retrouver sous l’eau. Je suis toujours frappé qu’on ne le fasse pas, en refusant de voir la réalité.

Ce mécanisme de « stress tests » consiste à faire passer un test d’adaptation à tous les projets d’infrastructures financées avec de l’argent européen, c’est à dire à peu près tous les grands projets d’infrastructures en Europe. Il s’agit ainsi de savoir s’ils sont viables, afin de s’adapter à un monde où le climat se réchauffe de deux ou trois degrés et les impacts climatiques sont de plus en plus dramatiques.

Cet amendement n’est une ligne rouge pour personne, mais il faut le décider pour toutes les régions et départements qui sont le plus impactés par le dérèglement climatique. Si nous y parvenons, étant donné que les financements européens proviennent par exemple du budget européen ou de la Banque européenne d’investissement, la totalité du marché sera couverte et nous aurons créé un nouveau standard qui s’appliquera partout en Europe.

Plusieurs industries, comme l’automobile, s’inquiètent des répercussions économiques liées aux engagements du Pacte vert. Que prévoit la loi climat pour y faire face ?

D’autres textes européens vont accompagner l’industrie automobile dans la transition, et je pense bien évidemment d’abord au plan de relance européen. Avec 37 % de ses dépenses favorables à la lutte contre le dérèglement climatique, celui-ci va entraîner un peu plus de 200 milliards d’euros d’investissements « verts » dans les trois prochaines années. A cette occasion, nous allons aider les entreprises à accélérer leur propre transition. Dans le secteur de l’automobile en l’occurrence, le déploiement du véhicule électrique, le déploiement des bornes de recharge ou encore l’utilisation de l’hydrogène seront soutenus. 



Ceci est valable pour tous les autres secteurs. Nous allons mettre plus d’argent public pour accélérer la transition. L’idée n’est pas d’opposer les entreprises privées et les pouvoirs publics mais, au contraire, de les faire travailler en bonne intelligence pour atteindre nos objectifs climatiques. Certaines d’entre elles le font déjà, elles sont à la pointe de cette innovation et de ce combat, d’autres sont très en retard. Tant pis pour elles, en quelque sorte. Moi, je travaille avec celles qui veulent évidemment avancer le plus rapidement possible.

Plan de relance européen : les étapes de sa mise en oeuvre



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