Le vote sur l’allongement du délai d’accès à l’IVG divise les députés LREM et le gouvernement


Les femmes pourront-elles bientôt avorter jusqu’à la 14e semaine de grossesse ? Cette demande forte d’associations débattue ce jeudi 8 octobre – et votée en première lecture – à l’Assemblée nationale divise les praticiens, elle se retrouve également propulsée au cœur d’un bras de fer entre le gouvernement et sa majorité.

TRIBUNE. « Il faut allonger les délais de l’IVG ! »

L’allongement de deux semaines supplémentaires du délai légal pour avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) pour éviter notamment d’aller à l’étranger, issu d’une proposition de loi du groupe Ecologie Démocratie Solidarité, portée par la députée Albane Gaillot, a été étudié dans le cadre de la niche parlementaire de ce groupe d’anciens « marcheurs ».

Une majorité de députés LREM votera « pour »

Les députés LREM lui ont donné un premier feu vert en commission et le patron du groupe Christophe Castaner a déclaré qu’il voterait pour, comme « un grand nombre de députés de la majorité ». Mais le gouvernement joue la prudence.« Vous êtes importantes. Devenez prioritaires » : le testament de Gisèle Halimi

Au pays de Simone Veil, l’avortement, auquel une femme sur trois a recours dans sa vie, reste un sujet potentiellement explosif. « C’est un sujet difficile, sensible, sur lequel chacun peut avoir une opinion », a déclaré Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement.

Avant le vote dans l’Hémicycle ce jeudi, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a indiqué que le gouvernement fera valoir une « position de sagesse », s’en remettant « à la décision des parlementaires ».

« Le gouvernement était moyennement chaud »

Plus que le fond, c’est la méthode qui a irrité. « Le gouvernement était moyennement chaud » et « le groupe lui a un peu forcé la main », reconnaît ainsi un député LREM.

« Le gouvernement estime qu’on n’en a pas assez fait un débat au sein de la société. Certains le comparent même à la PMA. Mais l’IVG a été voté il y a quarante-cinq ans. Là, on parle de leviers à actionner pour qu’il soit un droit effectif ! », expose la députée Cécile Muschotti, cheffe de file LREM sur ce texte.

Faut-il autoriser l’avortement jusqu’à neuf mois pour « détresse psychosociale » ?

Le gouvernement attend en outre l’avis du Comité consultatif national d’Ethique (CCNE), saisi mardi 6 octobre par le ministre de la Santé et qui devrait être rendu avant le passage du texte au Sénat.

« Ce n’est pas un débat éthique que nous avons aujourd’hui, celui-ci a déjà eu lieu il y a quarante-cinq ans. La Délégation aux Droits des Femmes de l’Assemblée nationale a déjà largement consulté », a réagi la députée Albane Gaillot dans un tweet après l’annonce de cette saisine.

Un texte qui fait « consensus »

« Le dépassement des délais légaux est davantage le reflet des difficultés de parcours et d’accès des femmes à l’IVG que celui de leur difficulté à faire un choix », souligne dans un tweet Albane Gaillot.

« Ce n’est pas le texte d’un parti mais pour les droits des femmes », qui fait « consensus », plaide la députée. Avant l’été, médecins et associations avaient alerté sur des difficultés d’accès à l’avortement exacerbées pendant le confinement. Des députés avaient alors poussé pour allonger le délai, mais sans obtenir l’aval du gouvernement.

« J’ai l’impression que cette fois on a entendu les femmes et on a vu les fragilités », veut croire Sarah Durocher, coprésidente du Planning familial.

Le texte propose également de permettre aux sages-femmes de réaliser des IVG chirurgicales jusqu’à la 10e semaine de grossesse et de supprimer la clause de conscience spécifique à l’IVG pour les médecins, des demandes récurrentes d’associations féministes pour garantir « un égal accès à l’IVG » sur tout le territoire.

Du fait d’un manque de praticiens et de la fermeture progressive de centres IVG, il s’écoule souvent plusieurs semaines entre le premier rendez-vous et l’intervention. Chaque année, entre 3 000 et 4 000 femmes « hors délai » partiraient avorter à l’étranger, estimait un rapport parlementaire publié en 2000.





nouvelobs

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