Test Blu-ray : Maxime | Critique Film


France : 1958
Titre original : –
Réalisation : Henri Verneuil
Scénario : Henri Jeanson, Albert Valentin, Henri Verneuil
Acteurs : Michèle Morgan, Charles Boyer, Arletty
Éditeur : Coin de mire Cinéma
Durée : 2h03
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie cinéma : 26 novembre 1958
Date de sortie DVD/BR : 4 septembre 2020

Jacqueline Monneron, une riche et élégante célibataire, mène une vie brillante et mondaine dans ce Paris de la fin de la Belle époque. Elle est courtisée par Hubert, un jeune homme mal élevé qu’elle rejette et évite. Celui-ci charge Maxime, son homme à tout faire, vieux parisien spirituel, ironique et philosophe, de lui «?arranger?» une entrevue avec Jacqueline…

Le film

[4,5/5]

Résolument tournée vers le cinéma grand public, la carrière d’Henri Verneuil se divise en deux grandes périodes, liées à une poignée d’acteurs fort différents les uns des autres : Fernandel durant les années 50, puis Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo durant les deux décennies suivantes. Pile à l’intersection entre ces deux parties de la carrière de Verneuil, en 1958, on trouve Maxime, qui n’appartient ni à l’une, ni à l’autre. Film assez unique, même dans la filmographie du touche-à-tout Henri Verneuil, Maxime ne bénéficie pas aujourd’hui de la même aura que d’autres films du cinéaste. Pourtant, le film avait réuni à sa sortie rien de moins que deux millions de français dans les salles obscures, alors pourquoi cet oubli prématuré ? Qu’est-ce qui fait que l’on est obligé de nos jours de « redécouvrir » Maxime, pourtant de très loin supérieur à certaines œuvres de Verneuil bien mieux considérées ?

Peut-être est-ce lié au mélange des genres, que les auteurs de Maxime pratiquent avec la joie la plus simple et la plus évidente ? Difficile en effet de ranger le film de Verneuil dans une « case » ou un genre en particulier. Le film commence en effet de la plus singulière des manières, en invectivant directement le spectateur afin de lui proposer quelques sauts dans le temps, de 1957 à 1914 avec un arrêt par 1938. Après avoir commencé son récit en brisant le quatrième mur de la façon la plus espiègle qui soit, Maxime bifurque ensuite vers la comédie de mœurs, gentiment misogyne et rythmée par les dialogues frais et souvent drôles d’Henri Jeanson. A mi-parcours, le film s’orientera avec un talent vers la bluette romantique destiné à illustrer un amour impossible entre amants de classes différentes, pour enfin se vautrer dans son dernier acte dans le mélo pur jus, bien noir et bien désespéré même si l’épilogue semble traiter la détresse du personnage principal clairement par-dessus la jambe.

Mais le plus étonnant à la découverte de Maxime est l’aisance avec laquelle Henri Verneuil parvient à faire basculer le récit d’un genre à l’autre, d’une tonalité à une autre. Si le jeu de Michèle Morgan et Charles Boyer est premier degré (à l’image de leurs personnages, tous deux un peu rigides), Arletty et Félix Marten rivalisent de fantaisie et provoquent souvent le rire. Cette façon de slalomer entre le rire et les larmes résonne d’ailleurs avec une des thématiques fortes de Maxime : la confrontation entre le présent et le passé, par ailleurs absolument cohérente avec l’ouverture du film. Ainsi, les personnages de Maxime (Charles Boyer) et de Gazelle (Arletty) sont présentés comme deux solitaires incapables de tirer un trait sur le passé, comme le prouve cette photo d’Hôtel du Nord qu’Arletty montre à son ancien amant.

Peut-être le désamour du public est-il lié au côté ouvertement misogyne de l’œuvre, dans le sens où Maxime présente réellement le personnage incarné par Michèle Morgan de façon très ambiguë, abandonnant sans vergogne son amant après avoir découvert qu’il était pauvre pour courir dans les bras du bellâtre qu’elle détestait à priori… mais qui s’avère quant à lui extrêmement riche. Néanmoins, ces deux personnages « négatifs » seront puni à l’issue d’un faux happy-end annonçant – non sans une certaine ironie – à la fois les prémisses de leur relation et celles de la Première Guerre mondiale.

On pourra donc longtemps s’interroger sur les raisons qui font que Maxime n’est probablement pas célébré à sa juste valeur de nos jours. Toujours est-il qu’il s’agit sans le moindre doute possible de l’un des films les plus originaux, les plus réussis et les plus attachants de la carrière d’Henri Verneuil. On espère que cette nouvelle édition Coin de Mire Cinéma lui permettra de retrouver ses lettres de noblesse et d’être vu / réhabilité par le plus grand nombre !

La collection « La séance »

Voilà bientôt deux ans que Coin de mire Cinéma propose avec régularité au public de se replonger dans de véritables classiques du cinéma populaire français, tous disponibles au cœur de sa riche collection « La séance ». En l’espace de ces deux années de passion, le soin maniaque apporté par l’éditeur à sa sélection de films du patrimoine français a clairement porté ses fruits. Ainsi, Coin de mire est parvenu à se faire une place de tout premier ordre dans le cœur des cinéphiles français. L’éditeur s’impose en effet comme une véritable référence en termes de qualité de transfert et de suppléments, les titres de la collection se suivent et ne se ressemblent pas, prouvant à ceux qui en douteraient encore la richesse infinie du catalogue hexagonal en matière de cinéma populaire. Une telle initiative est forcément à soutenir, surtout à une époque où le marché de la vidéo « physique » se réduit comme peau de chagrin d’année en année.

Chaque titre de la collection « La séance » édité par Coin de mire s’affiche donc dans une superbe édition Combo Blu-ray + DVD + Livret prenant la forme d’un Mediabook au design soigné et à la finition maniaque. Chaque coffret Digibook prestige est numéroté et limité à 3.000 exemplaires. Un livret inédit comportant de nombreux documents d’archive est cousu au boîtier. Les coffrets comprennent également la reproduction de 10 photos d’exploitation sur papier glacé (format 12×15 cm), glissés dans deux étuis cartonnés aux côtés de la reproduction de l’affiche originale (format 21×29 cm). Chaque nouveau titre de la collection « La séance » s’intègre de plus dans la charte graphique de la collection depuis ses débuts à l’automne 2018 : fond noir, composition d’une nouvelle affiche à partir des photos Noir et Blanc, lettres dorées. Le packaging et le soin apporté aux finitions de ces éditions en font de véritables références en termes de qualité. Chaque coffret Digibook prestige estampillé « La séance » s’impose donc comme un superbe objet de collection que vous serez fier de voir trôner sur vos étagères.

L’autre originalité de cette collection est de proposer au cinéphile une « séance » de cinéma complète, avec les actualités Pathé de la semaine de la sortie du film, les publicités d’époque (qu’on appelait encore « réclames ») qui seront bien sûr suivies du film, restauré en Haute-Définition, 2K ou 4K selon les cas. Dans le cas de Maxime, il s’agit d’une restauration 4K réalisée par TF1 Studio avec la participation du CNC et de Coin de Mire Cinéma, dans les laboratoires VDM à partir du négatif original.

La cinquième vague de la collection « La séance » a atteint les linéaires de vos revendeurs préférés le 4 septembre. Les six nouveaux films intégrant la collection la portent aujourd’hui à un total de 31 titres. Les six films de cette nouvelle vague ont de quoi mettre l’eau à la bouche des cinéphiles, puisqu’il s’agit de Les évadés (Jean-Paul Le Chanois, 1955), Maigret tend un piège (Jean Delannoy, 1958), Maxime (Henri Verneuil, 1958), Maigret et l’affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959), Le diable et les 10 commandements (Julien Duvivier, 1962) et Maigret voit rouge (Gilles Grangier, 1963). Pour connaître et commander les joyaux issus de cette magnifique collection, on vous invite à vous rendre au plus vite sur le site de l’éditeur.

Le coffret Digibook prestige

[5/5]

Même s’il s’avère mal connu, Maxime n’en était pas pour autant inédit sur support DVD en France : il avait déjà fait l’objet d’une abominable édition René Chateau en 2006, ainsi que d’une autre nettement plus fréquentable sous les couleurs de TF1 Studio en 2015. Aujourd’hui restauré en 4K et intégrant les prestigieux de la collection « La séance » de Coin de mire Cinéma, Maxime retrouve donc toute sa splendeur visuelle passée : l’image est tout simplement magnifique. Le niveau de détail est excellent, avec un piqué d’une précision inédite et une gestion des contrastes tout à fait remarquable. L’absence de filtrage superflu permet également à l’image de s’offrir une patine argentique respectée à la lettre, ce qui est toujours très agréable. Côté son, Maxime est mixé en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine), et nous propose une expérience acoustique solide et équilibrée, qu’il s’agisse des dialogues ou de l’intégration des effets sonores, il n’y a vraiment rien à redire.

Au programme des suppléments de cette édition Blu-ray de Maxime, on retrouvera la possibilité – et c’est la particularité de cette collection – de reconstituer une séance de cinéma complète de l’époque, avec les actualités Pathé, une bande-annonce et une page de réclames présentées par Jean Mineur. Il ne manque plus que l’ouvreuse ! On commencera donc la séance avec les actualités de la 48ème semaine de 1958 (14 minutes). Le journal commencera avec un intéressant sujet sur la « présence » et le rayonnement français à travers le monde, dans le monde des Arts bien sûr mais également de la technologie et de l’import/export. On y apprend notamment qu’en 1958, la France était le premier fabricant de briquets à gaz – on s’en grillerait bien une pour fêter l’occasion ! On continuera ensuite avec l’atterrissage d’un Boeing 707 comptant à son bord le Roi Léopold de Belgique et la Princesse De Réthy, avec le petit Lucien Gruss dresseur de chevaux, mais également – sujet plus sérieux – avec la grève des étudiants de la Sorbonne. Sans transition, on passera ensuite aux évolutions de la traction des trains SNCF, au premier tour des élections françaises. On terminera avec une poignée d’informations internationales et avec la deuxième partie d’un sujet consacré à la ville de Hong Kong, « charnière de deux mondes », l’Orient et l’Occident – un sujet passionnant nous donnant à voir de bien belles images.

Après la bande-annonce des Grandes familles (Denys de la Patellière, 1958), on enchaînera avec la traditionnelle page de publicités, ou plutôt de réclames comme on les appelait à l’époque (8 minutes). Les glaces Miko, les bonbons Mint’Ho, le dentifrice Super Colgate « phosphaté », le café Flip, les assurances de L’union, les chewing-gums Hollywood (à la « chlorophyll » curieusement orthographié sans « e » au bout), les gaines Peter Pan, l’atelier Jancyr (décors de cinéma) et le savon Camay rose. Une excellente page de pubs, toutes plus désuètes et amusantes les unes que les autres.



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