Test Blu-ray : Prête à tout


États-Unis, Royaume-Uni, Canada : 1995
Titre original : To die for
Réalisation : Gus Van Sant
Scénario : Buck Henry
Acteurs : Nicole Kidman, Joaquin Phoenix, Matt Dillon
Éditeur : Elephant Films
Durée : 1h46
Genre : Thriller, Comédie
Date de sortie cinéma : 6 décembre 1995
Date de sortie DVD/BR : 15 septembre 2020

Suzanne Stone rêve de devenir une star du petit écran. Déçue par son mariage avec Larry, elle parvient grâce à sa ténacité à se faire embaucher par une station de télévision locale. A l’occasion d’un reportage, elle noue des liens étroits avec un trio d’adolescents, et décide de les manipuler pour éliminer son mari devenu gênant…

Le film

[4/5]

Avec les années qui passent, les souvenirs de cinéma s’estompent toujours un peu, et les bandes originales également. Cependant, quand vous entendez un morceau de musique à la radio, que ce dernier n’a pas été écrit pour le cinéma mais qu’il demeure irrémédiablement lié dans votre esprit à un film en particulier, c’est que ce dernier a fait son trou, envers et contre tous. Un des meilleurs exemples que l’on pourrait citer est le morceau de Stealers wheel « Stuck in the middle with you », enregistré en 1972, mais qui serait immortalisé vingt ans plus tard par Quentin Tarantino dans Resservoir dogs. On pense aussi à la chanson de Queen « Don’t stop me now » (1979), qui rappellera aux amateurs d’humour et de zombies la séquence du juke-box de Shaun of the dead. Et puis il y a, aussi, la chanson de Donovan « Season of the witch », sortie en 1967, mais qui sera forcément, pour tous ceux qui l’ont vu, lié à l’image d’Illeana Douglas faisant du patin à glace sur un lac gelé, image finale de Prête à tout.

Cinquième long-métrage de Gus Van Sant, Prête à tout marquait, en 1995, la rencontre du cinéaste avec le succès international. En effet, avec 30 millions de dollars de recettes au box-office, le film pulvérisait en effet le succès d’estime de My own private Idaho, et lui ouvrirait en grand les portes d’Hollywood. Son long-métrage suivant, Will Hunting, cumulerait 225 millions de dollars de recettes en 1998.

Prête à tout marque donc un tournant dans la carrière de Gus Van Sant, mais également dans celle de son actrice principale Nicole Kidman, qui pour la première fois de sa carrière accédait à un premier rôle au lieu de jouer les faire-valoir à destination de Tom Cruise ou de partager l’affiche avec une star masculine (Sam Neill, Alec Baldwin, Michael Keaton…). Gus Van Sant a donc su déceler chez l’actrice australienne la capacité et les épaules pour soutenir, sur son seul nom, un long-métrage tout entier. Car la réussite de Prête à tout est en partie à mettre au crédit de Nicole Kidman, qui est parvenue à créer avec ce personnage de Suzanne Stone Maretto une des cinglées les plus hautes en couleurs du cinéma des années 90.

Nicole Kidman assure donc dans Prête à tout une de ses performances les plus mémorables. Une anti-héroïne grandiose au cœur d’un récit ô combien prémonitoire adapté d’un roman de Joyce Maynard consacré à une « bête » médiatique qui fera tout – et littéralement n’importe quoi – pour devenir une célébrité. On saluera d’ailleurs la finesse d’esprit de la romancière US qui avait su capter l’air du temps bien avant Facebook, YouTube et les réseaux sociaux – bien avant l’ère de l’Internet tout puissant d’ailleurs. Si la satire est colorée et d’une agressivité de bande dessinée, elle n’en demeure pas moins impitoyable. Le rire chez Gus Van Sant est en effet grinçant, et l’humour très noir : le film nous affirme en effet dès le départ qu’un brave type est mort dans mare de sang et que des adolescents ont vu leur vie complètement ruinée suite aux événements qui vous nous être relatés.

Prenant la forme d’un documentaire, Prête à tout nous propose de découvrir les événements par le biais d’une série d’entretiens avec les protagonistes du drame, entrecoupés de flashbacks. Les codes du genre sont remarquablement retranscrits à l’écran par Gus Van Sant, qui pousse juste le bouchon un chouïa trop loin dans les excès et les à cotés inhérents au genre. Les mécanismes des différentes manipulations du personnage incarné par Nicole Kidman ne tarderont pas à être mises à jour par la juxtaposition de témoignages, mettant en scène trois jeunes gens incarnés par Joaquin Phoenix, Alison Folland et Casey Affleck – ici dans sa toute première apparition au cinéma.

Jouant brillamment du contraste entre les témoignages subjectifs et ceux dits objectifs, Prête à tout apportait en 1995 une fraîcheur bienvenue au genre du Néo-Film Noir qui, s’il a quasiment disparu aujourd’hui, était très populaire à l’époque, ce serait-ce que grâce aux films de John Dahl (Red Rock West, Last seduction) ou des frères Coen (Fargo). Avant de terminer, on notera également que le film nous donne à voir deux apparitions inattendues : George Segal et David Cronenberg, qui apparaîtront chacun à l’écran le temps d’une séquence.

Le Blu-ray

[4/5]

Très attendu par une poignée d’amoureux du film, Prête à tout débarque enfin au format Blu-ray chez Elephant Films. Cela valait néanmoins le coup d’attendre : aussi bien côté image que côté son, le master proposé par l’éditeur français s’avère d’excellente tenue, et risque à priori de mettre tout le monde d’accord : le film est proposé au format respecté et encodé en 1080p, le piqué est d’une belle précision, le grain argentique a été préservé et la gestion des contrastes semble avoir fait l’objet d’une attention toute particulière. L’ensemble est donc excellent. Du côté des enceintes, le mixage audio est proposé en DTS-HD Master Audio 5.1 en anglais, et en DTS-HD Master Audio 2.0 en français. Le mixage multi-canal de la VO impose un dynamisme assez étonnant, surtout si l’on tient compte de l’âge du film (25 ans déjà).

Côté suppléments, l’éditeur nous propose, outre une série de bandes-annonces, une intéressante présentation du film par David Mikanowski (Le Point Pop). Le critique remet Prête à tout dans son contexte de tournage : premier film de commande, premier gros budget, premier film qu’il réalise sans en être le scénariste. Il évoquera également le roman à l’origine du film, le talent du scénariste Buck Henry, le choix de Nicole Kidman, le tournage, etc. On continuera ensuite avec une petite compilation de moments volés sur le tournage (5 minutes), sans voix off ni commentaires. L’occasion de saisir au vol l’ambiance sur le plateau.



Critique film

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