Organisation criminelle ou pas: verdict attendu pour le parti néonazi grec, Aube dorée


La cour pénale d’Athènes doit donner son verdict mercredi dans le procès fleuve du parti néonazi Aube dorée, accusé d’être une « organisation criminelle », au cours duquel son chef et plus d’une soixantaine de dirigeants et de membres du parti ont été jugés pendant cinq ans et demi.

Très attendu en Grèce, ce verdict sera prononcé à 08H00 GMT par Maria Lepenioti, qui a présidé plus de 400 audiences et vu défiler 150 témoins et une cinquantaine d’avocats.

Le mouvement antifasciste, syndicats et partis de gauche ont appelé à un rassemblement mercredi matin devant la cour, dans le centre d’Athènes, sous le slogan « Ils ne sont pas innocents » alors que d’importantes forces policières seront déployées.

Trois affaires sont jugées.

En premier lieu, le meurtre du rappeur et militant de gauche Pavlos Fyssas, assassiné à l’arme blanche dans la nuit du 18 septembre 2013, à l’âge de 34 ans, devant un café de son quartier de Keratsini, une banlieue de l’ouest d’Athènes.

Son assassin qui a avoué le meurtre, Yorgos Roupakias, membre d’Aube dorée, risque la prison à vie.

Yorgos Roupakias, accusé du meurtre du rappeur Pavlos Fyssas en 2013, comparaît devant la cour pénale d’Athènes le 18 juillet 2019 (Eurokinissi/AFP/Archives – TATIANA BOLARI)

Les deux autres affaires concernent deux « tentatives d’homicide » impliquant elles aussi des membres d’Aube dorée: l’une à l’encontre de pêcheurs égyptiens le 12 juin 2012, l’autre visant des membres du syndicat communiste PAME le 12 septembre 2013.

C’est le choc provoqué par le meurtre de Pavlos Fyssas, dans une Grèce alors en pleine crise financière, qui a poussé les autorités à arrêter et à traduire en justice dirigeants et membres de cette formation, responsable de nombreuses violences contre migrants et militants de gauche.

– L’enjeu –

Soixante-huit personnes sont jugées dont une vingtaine sont d’anciens députés et cadres du parti, y compris son fondateur et chef Nikos Michaloliakos. Ceux-ci accusés de « direction d’une organisation criminelle » encourent des peines allant de cinq à quinze ans de prison.

Quarante-cinq personnes sont accusés pour « appartenance » à une telle organisation et risquent cinq à dix ans de prison, tandis que trois autres sont poursuivis pour d’autres chefs relatifs aux affaires jugées.

Le principal enjeu du verdict « est de savoir si la cour va condamner la direction et les membres du parti pour le crime de +constitution et/ou appartenance à une organisation criminelle+ », explique à l’AFP Me Kostas Papadakis, avocat des pêcheurs égyptiens.

Monument à la mémoire du rappeur grec Pavlov Fyssas, mortellement poignardé en 2013, en avril 2019 à Athènes (EUA/AFP/Archives - Aris MESSINIS)

Monument à la mémoire du rappeur grec Pavlov Fyssas, mortellement poignardé en 2013, en avril 2019 à Athènes (EUA/AFP/Archives – Aris MESSINIS)

Car en décembre 2019 la procureure Adamantia Economou a requis leur acquittement en estimant que l’existence d’une « organisation criminelle » n’avait pas été prouvée.

Un réquisitoire qui a suscité de vives critiques de juristes et d’une grande partie de la société grecque.

« Il est juridiquement très difficile pour la cour d’éviter de qualifier ce parti d’organisation criminelle », a estimé Nikos Alivizatos, constitutionnaliste et professeur à l’Université d’Athènes, lors d’une visioconférence organisée récemment par la Ligue grecque des droits de l’homme.

– Procès « historique » –

Petite formation depuis les années 90, Aube dorée a été créée par Nikos Michaloliakos, 62 ans, négationniste et admirateur du national-socialisme.

La débâcle socio-politique après la crise financière de 2010 a profité à Aube dorée, dont des représentants entrent pour la première fois en 2012 au Parlement grec.

Nikos Michaloliakos, fondateur du parti d'extrême droite Aube Dorée, comparaît devant la cour pénale d'Athènes le 6 novembre 2019 (AFP/Archives - Aris MESSINIS)

Nikos Michaloliakos, fondateur du parti d’extrême droite Aube Dorée, comparaît devant la cour pénale d’Athènes le 6 novembre 2019 (AFP/Archives – Aris MESSINIS)

A l’époque, des groupes d’hommes en noir sillonnaient les rues d’Athènes, tabassant leurs opposants à coups de pied ou de barres de fer et scandant « Sang, honneur, Aube dorée ».

Représentés la plupart du temps par leurs avocats, les accusés ont nié les chefs d’inculpation.

Mais pour la partie civile, les pièces à conviction, photos et vidéos montrées au procès prouvent qu’Aube dorée a bien une structure strictement hiérarchique, entraînait ses membres au maniement des armes, avait des +milices+ et utilisait les symboles nazis.

Qualifié d' »historique » par le monde politique et la partie civile, ce procès a entraîné progressivement le déclin de la formation dont la direction renie actuellement l’idéologie nazie. Aux dernières législatives de juillet 2019, Aube dorée n’a obtenu aucun député.

Pour Me Chryssa Papadopoulou, avocate de la famille de Pavlos Fyssas, le verdict sera « une étape clé pour la justice et pour le mouvement antifasciste » en Grèce et en Europe.

« L’impact du verdict de ce procès emblématique » dépassera « largement les frontières de la Grèce » et devra signifier que « les crimes de haine ne seront plus tolérés », a estimé aussi Niels Muiznieks, directeur en Europe d’Amnesty International.



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