Les députés réautorisent les néonicotinoïdes pour sauver une filière à l’avenir incertain



Publié le 06 octobre 2020

La filière betterave est soulagée. Elle pourra continuer à utiliser des néonicotinoïdes pour faire face à la jaunisse qui ravage les cultures. C’est ce qu’ont décidé les députés dans la nuit du 5 octobre. Reste que la crise que traverse la filière va bien au-delà du virus auquel elle fait face. Avec la fin des quotas européens et l’ouverture à la concurrence des géants indiens et brésiliens, les fermetures de sucrerie s’enchaînent dans l’Hexagone, jetant un voile sur l’avenir de la filière. 

Dans la nuit de lundi à mardi, les députés ont voté la disposition clé du projet de loi permettant la réintroduction jusqu’en 2023 des néonicotinoïdes, seule « alternative » pour sauver la filière betterave, selon le gouvernement. Depuis plusieurs mois, les cultures de betteraves sont en effet ravagées par la jaunisse. Les parcelles les plus touchées ont perdu jusqu’à 40 % de leur rendement, mettant la filière à genoux. Mais pour Delphine Batho, ancienne ministre de l’environnement, cette autorisation illustre surtout la puissance des « lobbys du sucre ». 

« La filière subit une dérégulation du marché souhaitée par les industriels du secteur pour casser les prix. Et ce sont les paysans qui doivent répondre aux injonctions de productivité », dénonce notamment la Confédération paysanne dans une tribune. « En choisissant d’aller dans le sens de l’industrie sucrière et de l’éthanol, vous choisirez de les emprisonner encore un peu plus dans cette course sans issue, fondée sur l’agrochimie« , défend la fédération.

Depuis la fin des quotas européens en 2017, la filière traverse en effet une crise. Jusqu’à cette date, les producteurs européens étaient protégés, les prix du sucre étaient stables, largement supérieurs au marché mondial. En sortant de sa bulle, la filière betteravière française s’est retrouvée face à des géants mondiaux brésiliens et indiens l’obligeant à casser ses prix. « Est-ce que notre modèle c’est d’être compétitif avec des pays qui ne respectent pas les normes environnementales et sociales, ou de faire une filière pour les Européens, avec des revenus décents, avec des prix décents et la protection de l’environnement ? », s’est interrogé le député européen Yannick Jadot sur Europe 1. 

La filière apicole aussi en danger

En attendant, les fermetures d’usines dans la filière se multiplient. Avec la division par deux des prix du sucre au niveau mondial en deux ans, quatre sucreries viennent de mettre la clé sous la porte en France, dans le Puy-de-Dôme, le Calvados, l’Eure-et-Loir et la Somme. D’autant que la consommation de sucre, qui représente 75 % de la récolte française, a tendance à diminuer dans l’Union européenne. 90 000 emplois directs et indirects dépendent de la bonne santé de cette filière. Pour le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, il y a un double enjeu. D’abord préserver les emplois mais aussi assurer la « souveraineté » agroalimentaire de la France. 

« Nous sommes tous favorables à l’arrêt des néonicotinoïdes, nous sommes tous favorables à la transition agroécologique », a-t-il déclaré le 5 octobre. « Mais cela ne peut pas être au prix de tuer une filière française pour importer des sucres polonais, allemands ou belges », ajoute-t-il. Les députés ont donc suivi l’avis du gouvernement, au détriment des alertes de la filière apicole. L’Union nationale de l’apiculture française estime que depuis l’apparition des néonicotinoïdes en France, il y a 30 ans, ce sont plus de 300 000 ruches qui disparaissent chaque année. Les mortalités seraient passées de 5 à 30 %. « Les rendements de miel par ruche ont été significativement réduits divisant la production de miel français par deux en 25 ans. Dans le même temps, les importations françaises de miel ont explosé », conclut l’UNAF. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





novethic

A lire aussi

Laisser un commentaire