Test Blu-ray : River of grass


États-Unis : 1994
Titre original : –
Réalisation : Kelly Reichardt
Scénario : Jesse Hartman, Kelly Reichardt
Acteurs : Lisa Bowman, Larry Fessenden, Dick Russell
Éditeur : Extralucid Films
Durée : 1h16
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 4 septembre 2019
Date de sortie DVD/BR : 7 octobre 2020

Derrière les Everglades, la « rivière d’herbe », vit Cozy, seule, dans un mariage sans passion, ignorant ses enfants. Elle rêve de devenir danseuse, acrobate, gymnaste. Une nuit dans un bar, elle rencontre Lee, un jeune homme sans emploi qui vient de récupérer une arme à feu…

Le film

[3,5/5]

Présenté à Sundance en 1994, River of grass est un film indépendant américain réalisé par Kelly Reichardt. S’inscrivant dans la lignée de ce cinéma « indé » typique des années 90, le film de Kelly Reichardt rappellera le travail de cinéastes tels que Hal Hartley (pour qui elle a tourné en tant qu’actrice en 1989). Puissante et évocatrice, River of grass est également une œuvre qui préfigure, avec une quinzaine d’années d’avance, l’œuvre d’Andrea Arnold, évoquant des films tels que Fish tank (2009) ou American honey (2016).

River of grass est donc un film important, que beaucoup de cinéphiles auront pu découvrir et apprécier dans les années 90 mais qui, à l’image des films de Hal Hartley, Atom Egoyan, Gregg Araki ou encore Gus Van Sant, semblent aujourd’hui quelque peu retombés dans l’oubli. En effet, pour les spectateurs les ayant découvert il y a 25/30 ans, le souvenir de ces films reste vivace. Des films puissants, très émouvants, tels que The crying game (Neil Jordan, 1992), ou développant une rage et une énergie incommensurable, tels que les films de Gregg Araki The living end (1992), Totally f***ed up (1993) et surtout The doom generation (1995). On pense aussi à des cinéastes tels qu’Atom Egoyan (The adjuster, Exotica) ou Hal Hartley (Trust me, Amateur), qui signaient également à la même période des œuvres fortes et personnelles, qu’on était persuadé, en tant que cinéphile, de ne jamais oublier. Mais la « pérennité » en termes de cinéma a ses raisons que la raison ignore, et la plupart de ces films sont aujourd’hui, et contre toute attente, largement oubliés, invisibles. « Cultes », peut-être, pour certains d’entre eux. Tous sont à redécouvrir en tous cas.

Kelly Reichardt fait également partie de ces cinéastes ayant su développer, en l’espace de quelques films, un remarquable sens de l’observation de ses contemporains. Ses films sont peuplés de personnages isolés de la société – des laissés pour compte du rêve américain. Son premier long-métrage, River of grass, tourné en 16mm avec les moyens du bord, est un film singulier : à la croisée des chemins entre le policier, le road movie et la chronique sociale, le film est porté par son personnage central, une femme au foyer et mère d’une trentaine d’années nommée Cosy (Liza Bowman), dont l’intonation plate et le visage sans expression traduisent instantanément son sentiment de détachement par rapport aux autres et à la société en général. Le film suit sa trajectoire aux côtés de Lee Ray Harold (Larry Fessenden), un autre loser à moitié clodo, et leur volonté de s’échapper, de quitter le marasme du quotidien pour aller… « ailleurs ». Où, on ne sait pas trop, dans le sens où ces deux personnages ne vont nulle part en particulier ; dans leurs errances, le spectateur sera également amené à rencontrer le père de Cozy, Jimmy (Dick Russell), flic et musicien raté, n’attendant plus rien de l’existence.

River of grass déroule son semblant de narration en suivant le quotidien de Cosy et Lee Ray, qui boivent, nagent, s’enregistrent et essaient de vendre leur CD, vivotent et tentent sans enthousiasme de commettre de petits larcins afin de récolter quelques billets. Alors qu’ils errent sans but dans une Amérique désolée faite d’autoroutes et de centres commerciaux, ils semblent surtout attendre que quelque-chose se passe enfin. Paradoxalement fascinant dans la façon dont Kelly Reichardt parvient à rendre attachantes ces silhouettes se débattant avec la vie dans un no man’s land mi-urbain mi-sauvage, River of grass parvient à communiquer au spectateur le sentiment de désenchantement qui anime ses personnages, à les faire exister. A leurs côtés, le film raconte entre autres que le fait de basculer dans le crime n’est pas forcément toujours un choix, mais peut s’avérer un malheureux concours de circonstances. Des tranches de vie criantes de vérité qui font du film de Kelly Reichardt une belle réussite.

Le Blu-ray

[4,5/5]

Afin de fêter comme il se doit la redécouverte de River of grass (deuxième titre de la collection « Extra Monde »), Extralucid Films se devait de nous livrer une galette Haute-Définition exemplaire, et c’est le cas ici. Le format 1.37 est respecté, le film a été restauré, et si l’on excepte quelques plans un poil plus abîmés que les autres, l’ensemble affiche une belle pêche, avec un grain scrupuleusement préservé, un piqué accru (dans la limite d’un tournage en 16 mm) et des couleurs et des noirs très intenses et soignés : c’est très réussi. Côté son, la VO anglaise est proposée en DTS HD Master Audio 2.0 d’origine. La bande sonore est stable, nette et équilibrée, même si, et comme d’habitude avec Extralucid Films, elle semble mixée à une niveau sonore assez bas.

Côté suppléments, et outre la traditionnelle bande-annonce, on trouvera une présentation du film par Judith Revault D’Allonnes, auteure d’un livre consacré à Kelly Reichardt (22 minutes). Elle remettra le tournage du film dans son contexte, de l’écriture (très autobiographique) au tournage. Très complet et passionnant !



Critique film

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